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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 17 novembre 2020 21:10:12
Blog
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17/11/2020 – Je dis les choses

De plus en plus clairement. De plus en plus précisément. De plus en plus spontanément. Mike dit les choses et il l’affirme. L’âge. L’assurance. La maturité. L’aisance qu’il acquiert au fil des mois dans son statut d’adolescent autonome. Je remarque qu’il se nourrit de chaque détail de progrès pour se parer d’attributs que nous ne remarquons plus. Pour acheter son médicament contre l’épilepsie, j’ai dû lui emprunter sa carte vitale. Il m’a fallu le supplier de me la prêter ne serait-ce que le temps du trajet à la pharmacie ! Doté d’une collection phénoménale de casquettes, il s’applique chaque matin à sélectionner celle qui correspond le mieux à son humeur. Descend les escaliers, encore tout endormi. Pointe son nez et affirme avec assurance, aujourd’hui je prends celle-ci convaincu de l’évidence partagée de son propos. Dans la routine des gestes matinaux, enchainant les étapes du processus qui le mène au bus, il ne souffre aucune aide dans sa préparation. Il demande quasiment chaque jour à préparer le repas. Conteste nos choix. Revendique le privilège de sélectionner, au même titre que nous, selon ses désirs, la composition de notre alimentation. Réclame la parole. Suscite la discussion. Donne son avis. Constamment. Sur des sujets où nous ne l’attendions plus. De manière élaborée bien que souvent décalée.

Il trouve peu à peu sa place et s’y installe. Posément. Totalement et pleinement. A sa façon. Sans effet d’annonce. Irrémédiablement selon une évolution qui nous échappe de différer de ce que nous connaissons mais qu’il semble maitriser. Patiemment. Presque savamment. Avec l’assurance de ceux qui ne doutent de rien. Ce qui pourrait passer pour de l’inconscience, mime l’aplomb pour mieux nous étonner. Qualité rare d’être libre du poids des préjugés. L’exercice périlleux de s’accepter tel que l’on est ne le tiraille pas autant qu’il nous empêche. Fort d’ignorer le poids de nos sinuosités, il poursuit son chemin hors de nos filets. Assoit sa personnalité. Laisse libre court à ses considérations. Exprime son point de vue. Protège son intégrité. Transige bien moins qu’il ne s’extasie.  Ne censure aucune de ses idées. Embrasse sa singularité comme la marque de fabrique que nous lui avons imposée au diagnostic et qu’il a fini par intégrer. Être lui tel qu’il est a fini par devenir sa signature. De le stigmatiser, nous l’avons libéré. Ne plus devoir prétendre à être accepté revient à s’absoudre d’avoir à ressembler, à plaire, à se conformer à autre chose que ce que l’on est. Affranchi par cette subtilité, il s’exprime tel qu’il est. Apprécie ce qu’il veut. Libère ses perceptions. Avoue ses convictions.

Difficile à décrire parce que totalement intégré au quotidien de nos journées, ce glissement subtil s’opère sous notre nez sans que je n’aie encore pu le nommer. Je m’en rendais compte par intermittences. Comme le sentiment diffus d’un changement insignifiant mais présent. J’avais voulu capturer plusieurs fois, dans les récits de ses aventures, l’illusion de l’éveil de son affirmation sans jamais savoir comment illustrer ses manifestations. Jusqu’au jour où inconsciemment, il me livra le secret de sa transformation. Nous avions regardé l’Arme Fatale la veille à la télévision. Désireux d’enseigner aux enfants les classiques de notre adolescence, nous aimons de temps en temps leur montrer de vieux films. Il avait semblé apprécié sans pour autant s’être trop manifesté. Le lendemain matin au réveil, la première chose qu’il nous dit fut : « j’ai bien aimé le film sur Roger ! ». Après quelques secondes d’hésitation, devant l’aplomb de son jugement, nous nous rendîmes à l’évidence. Pour Mike, le personnage principal du film était indiscutablement Roger ! Pas Mel Gibson et son charisme légendaire ! Roger ! L’anti-héros par excellence avait retenu toute l’attention de Mike dans ce film d’action faisant l’apologie d’une tête brûlée de muscles et de contradictions. Nullement abusé par la détresse de cet individu, Mike admirait le père de famille tranquille, ayant fait la paix avec l’âge et aspirant à la sérénité. Loin des clichés. Libre de penser. En totale adéquation avec la vision qu’il projette de son avenir.

Je me suis soudain souvenu de lui agacé, alors qu’il venait d’affirmer une de ses pensées que nous ne prenions la peine de considérer : « je dis les choses ! » avait-il lancé avec emphase ! J’avais senti sur le moment la profondeur du message sans avoir compris ce qu’il signifiait. Ce n’était pas une contestation mais une affirmation. Celle de sa personnalité. Son unicité.

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A la découverte de Michael... comme si , après avoir constaté et accepté ce qu'il ne pouvait pas , il nous disait tout ce qu'il peut ! un monde de possibles que nous n'avons pu imaginer et qui nous rend heureux , comme lui ...

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