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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 16 février 2021 10:48:05
Blog
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16/02/2021 – Je suis un guerrier ou pas ?

Samedi matin, premier jour des vacances pour Mike. Le programme ne peut être plus réjouissant. Il doit se rendre au rugby pour un entrainement avec ses copains avant de retrouver ses cousins dans la maison de vacances où il aime tant aller. Depuis une semaine, nous répétons tous les jours le scenario de cette journée qu’il attend avec une impatience folle. Ce foutu décalage dans les vacances des institutions rend la dernière semaine à l’IME si difficile alors que tous les autres sont déjà en congés. Je ne sais pas si nous allons finir par nous y habituer. Nous sommes fin prêts. Il ne reste plus qu’à faire les valises. Le réveil a sonné pour que nous soyons à l’heure. Avant de nous lancer, nous prenons un petit déjeuner. Il me regarde les yeux tous mouillés. Il tousse. Je lui touche le front. Il me semble chaud. Il tousse. Se gratte la gorge. Tousse encore. Les symptômes frappent à mon cerveau qui les rejettent feignant de ne pas entendre le vacarme dont ils nous narguent. La routine de la préparation des céréales, du Kepra, du verre d’eau et des histoires qu’il aime tant me raconter le matin lorsque nous ne sommes que tous les deux nous offre un dernier répit. Je le prends sans hésiter. Les minutes s’égrènent sans y penser. Le bol vide. La toux persiste. Le temps presse. Je ne peux plus fuir. Il me faut réagir. Lui dire. Que les plans ont changés. Qu’il va falloir s’adapter. Risquer de tout changer… Lui qui n’attend que ça depuis de nombreuses journées !

Lui prendre la température. Trouver le centre le plus proche et qui acceptera de faire le test en urgence. Trois refusent avant qu’une femme très gentille accepte à condition que nous y soyons avant 11h. Il est 10h15. Il a neigé hier. La voiture recouverte d’une épaisse couche de neige glacée met un temps fou à se dégivrer. Les mains nues je gratte le givre. Les essuies glaces refusent de fonctionner. Mike m’encourage. Je le sens stressé. Il pense pouvoir gérer le test et arriver à temps au rugby. Tout habillé dans sa tenue d’entrainement, il attend. Nous partons. Le GPS indique 24 minutes de trajet. Nous devrions arriver 10 minutes avant l’ultimatum fixé. C’est court mais possible. Attentive aux moindres détails de la circulation à l’itinéraire en passant par le compte à rebours du temps précieux qui nous reste, je ne suis pas très à l’écoute. Mike me parle. Je ne l’entends pas. Il veut m’aider. Me montrer qu’il sait. Me rassurer. Trop préoccupée par l’enjeu du rendez-vous, je lutte pour ne pas céder au désespoir de devoir lui annoncer qu’il faut attendre lundi. Que son rêve d’indépendance, loin de nous pendant ces quelques jours où il sera grand de s’éloigner de ses parents, fond comme neige au soleil. Je m’accroche au progrès de la distance sur le temps. Je grapille une minute en accélérant. J’en perd deux au feu qui bloque notre progression. Je soupire de peur d’échouer. Il dit « je suis un guerrier ou pas ? » Tout s’arrête. J’oublie où nous sommes ? où nous allons ? L’impérieuse nécessité de faire ce test absurde. Je le regarde. Il me sourit. En plein contrôle. Serein. Tellement fort qu’il rend mon stress caduc. Il ajoute « Sans rire, je fais la guerre contre le Covid ! »…

Il a raison. Il gère. Je m’agite dans tous les sens pour tenter de compenser, de corriger, de conjurer une injustice qui lui échappe. Je me débats seule face à ce qu’il ne fuit pas. Il a accepté la réalité dont je tente de l’extirper. Il la vit. Alors nous nous garons enfin sur ce parking immense. Le sol gelé manque de nous faire glisser mais nous courrons de portes en portes à la recherche de la bonne. Un homme nous dit que nous nous sommes trompés d’endroit. Heureusement nous ne l’écoutons pas. Un groupe de femmes plus loin nous dit qu’il faut faire le tour complet du bâtiment. Nous courrons sur la glace, l’un derrière l’autre, sans hésiter. L’heure tourne. 10h55. Plus que cinq minutes avant qu’il ne soit trop tard. Nous entrons dans un nouveau hall. A l’accueil la réceptionniste est occupée. Je n’ai pas le temps d’attendre. Je risque de l’interpeler. C’est la femme que j’ai eu au téléphone il y a une heure. Elle me reconnait. M’adresse au guichet C. Mike file au WC. Je l’enregistre. Nous sommes le dernier patient. Une infirmière nous accueille. Il entre sans moi. Deux minutes après c’est fini. Nous aurons les résultats dans 24 heures. Il est trop tard pour le rugby mais nous avons sauvé le reste. En rentrant dans la voiture il pose sa main sur la mienne. Pas besoin de parler. Il vient de m’enseigner une nouvelle leçon. Celle du guerrier. De celui prêt à tout pour y arriver et surtout à ne pas renoncer. S’apitoyer. Perdre du temps à comparer ce qui aurait pu ou dû se passer par rapport à ce qui est. Mike ignore ces futilités. Sa vie lui permet d’éviter ce travers dans lequel nous sombrons. Lui le guerrier. Lui sait. Il ne sert à rien de se plaindre. Il faut avancer….

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