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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 17 août 2021 12:25:16
Blog
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17/08/2021 – Je suis un viking papa !

Quête identitaire dans le dédale des émotions suscitées pour ses dix-huit ans. Durant cet été où nous le fêtons à chaque nouveau rassemblement familial ou amical. Auprès de ses cousins. De ses oncles et tantes. De ses grands-parents. Des amis de ses parents. Expérience inédite d’une émancipation bornée. Mike traverse ses vacances en s’affirmant. Au rythme de la transformation du duvet de sa moustache en poils parsemés qu’il apprend à raser. De prises de paroles en actions. Toujours prompte à réagir. Il s’empare des expressions des uns pour conquérir l’espace de tous. Lors d’une discussion d’adultes sur ses origines paternelles, il crie « je suis un viking papa » avec la conviction de ceux qui trouvent chaussures à leur pied. Fier d’arborer ce statut. Il s’y glisse incidemment. L’usurpe goulument. Puis, passe à autre chose rapidement.

Dans la voiture un autre jour, alors que Lola raconte les histoires terrifiantes de serial killers qu’elle visionne sur YouTube, il fait à nouveau irruption. S’improvisant conteur, il annonce fièrement « je vais vous raconter une histoire qui va vous glacer le sang ». Intrigués nous l’écoutons. Il s’agit d’une prison pour enfants différents ! Ils sont punis à laver la cuisine, à dormir dans des lits sales et à faire des trucs horribles. On les oblige à travailler et s’ils s’échappent on les conduit au cachot. S’ils s’évadent plusieurs fois, ils sont séparés et transférés dans une autre prison. Analogie ? Allégorie ? Etrange histoire qui nous inquiète par son sujet plus que par son intrigue. Pourquoi ce traitement infligé à ces enfants ? Existe-t-il un lien entre la différence des protagonistes et sa condition ? Quand je lui demande d’où elle vient, il répond que c’est un copain qui la lui a racontée. Il n’en est rien. Nous le savons. Sans frémir de peur, nous accusons le coup d’un récit dissonant. Plus "hitchcockien" que "carpenteresque", il décrit une crainte sous-jacente. Un manque d’autonomie. L’incertitude d’un futur condamné. Le devenir d’êtres soumis au vouloir d’autres malveillants. La discussion se meurt. Un autre sujet chasse celui embarrassant qui s’efface de se taire.

Parmi d’autres enfants. Entre ceux qui se baignent et ceux qui pèchent. Ne sachant à quel groupe se fier. N’appartenant à aucun. Il butine pour se mélanger. Obligé de quitter la compagnie d’adultes dont le délai de tolérance dicté par la convenance venait d’être dépassé, il essaie de s’intégrer aux filles sans insister. Nous l’observons glisser sur la surface lisse du lac. Petit bouchon qui flotte calmement. Il dérive vers le barrage en silence lentement. Loin. Seul. Sa tête plonge puis ressort constamment. Ses bras s’agitent à peine. Je finis par le rejoindre de peur que la fatigue le gagne et qu’il ait du mal à revenir. Il ne s’était jamais aventuré si loin. Quand j’arrive à sa hauteur, il m’annonce fièrement préparer une blague. Il s’approche discrètement de son cousin. Il veut se faire passer pour un poisson. Mordre à l’hameçon pour échapper au piège et confondre le pécheur de se jouer de sa ligne. Tentative désespérée autant qu’insensée. Maladresse exacerbée par la naïveté d’un cœur prisonnier des codes relationnels. Entre humour et tristesse, je le convaincs d’abandonner. Il revient consolé par la perspective de rentrer en quad. Sans conduire. Accompagné. Encore un pas qui lui reste à franchir…

Alors il s’applique à aider. Volontaire. Discret. Il change son comportement. Offre ses services. Gère ses frustrations. S’isole seul pour être plus disponible. Participe davantage aux discussions. Patiente. Partage. Attentif, il connait ses limites. Evite de se mettre en difficultés. Refuse la pétanque et le Loup-garou. Se réserve pour ce qu’il sait mieux faire. Aide les hommes dans les travaux. Gère seul ses affaires. Respecte les codes de la maison. Anticipant les changements, il s’enquiert très régulièrement du programme pour contrôler ses réactions. J’observe ses progrès. La maturité conférée par sa majorité. Le chemin parcouru pour gagner cette sérénité. Route que d’autres empruntent à peine. Dans son ombre. Différemment. De pleurs que l’épaule des parents soulagent à peine. Une détresse que rien ne soigne parce qu’il faut l’accepter pour la dépasser. Un devenir qui échappe aux schémas classiques qui régissent la norme. Quête identitaire de ceux qui à défaut d’être assimilés doivent s’assumer pour exister.

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Vicking guerrier ... terme bien choisi par Michael tant il a su si bien s'adapter et partager ces dernières vacances . Aucun de nous , je crois , n'avait imaginé qu'il fût ainsi à sa majorité . Quels progrès , quelle réussite , quel espoir ...

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