Aller au contenu principal
Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 29 décembre 2020 23:25:14
Blog
57 visites

29/12/2020 – Jouer seul…

De l’être ou de le vouloir ? Devenons-nous seuls à force de nous isoler ? Ou sommes-nous seuls, forcés de nous rassembler ? Je me suis toujours posé la question. L’envie me dictait l’isolement. Le raisonnement l’inverse. Regarder autour de moi m’enseignait de chercher la compagnie d’autrui pour ressembler à la majorité agglutinée dans le tout qui permet d’exister. Pourtant, dès que j’en avais l’occasion, j’appréciais la solitude plus que l’amplitude d’un groupe auquel appartenir. Les sollicitudes ressemblaient à des servitudes. Le silence servait ma plénitude. Je comprenais la nécessité de partager pour compléter. Mais privilégiais la médiation à la relation. Lire me suffisait à gouter à l’autre sans m’y trouver mêlée. Les effusions des fêtes peinaient à égaler les chimères de mon imagination. Parcourir les pages des romans valait cent fois n’importe quelle aventure collective. De rares entorses permettaient l’intrusion d’une personne à la fois pour susciter l’illusion de l’intensité dans l’exclusivité. Je suis ainsi. Je l’ai accepté. J’ai même trouvé des semblables. Muets pour ne pas attiser les remarques qui les contraindraient à s’exposer. Ils éprouvent les mêmes réticences à s’unir. Comme moi, Ils se prémunissent d’un tout dans lequel ils se perdraient de ne savoir y être.

Alors, quand de voir Mike jouer seul m’attriste, je m’interroge encore sur cette fatalité. L’est-il ou le veut-il ? Dans son cas, le dilemme semble plus évident par manque d’options. Sans ami, il est difficile de choisir entre la solitude et la multitude. Le trouble de la gestion émotionnelle, et l’itinéraire sur lequel cette différence l’a conduit, ne facilitent pas l’amalgame. Si ce n’est celui des préjugés dont justement il convient de se méfier. Mélange du charisme contagieux de son père et de la complexion sociale de sa mère, il aspire à s’entourer autant qu’à s’isoler. Cependant, pour l’avoir vu trahir sa condition de vouloir ce dont elle le privait, je crois que si l’amitié était son vrai souhait, il aurait depuis trouvé comment se la procurer. Nous l’incitons d’ailleurs souvent à cela. Notamment lorsque désemparé de voir sa sœur en jouir, par mimétisme, il nous supplie d’inviter. Mais, comme pour moi, l’autre est bien trop lourd à porter. Pour des raisons évidentes à comprendre. Il faut alors se maitriser. Dépasser les troubles dont il est affecté. Surpasser ses frustrations pour composer sans opposer. L’espoir d’uniformité devient l’échec de la réciprocité. Ce qui convient à l’autre peut ne pas nous aller.

Alors pourquoi persister ? Je l’observe en train de jouer. Que ce soit dans la facilité du digital où il lui suffit de zapper pour rencontrer autant de richesses qu’il peut supporter. Ou dans le calme de scènes improvisées que lui seul sait imaginer. Je le vois heureux. Comblé par la diversité qu’il invente sans se lasser. Il alterne entre les conversations téléphoniques, les vidéo YouTube toujours très variées, sa fascination pour les voitures miniatures et la manipulation de cartes, pailles, branches ou feuilles mortes. Toujours plus ingénieux, dans toutes ses disciplines, il repousse les limites de l’imagination. Suscite de nouvelles découvertes. En stimulant ses interlocuteurs d’introspection savamment retenues. En navigant comme personne sur le moteur de recherche qui doit perdre son temps à tenter de le profiler ! En améliorant sans cesse ses simulations qui, de simples exutoires de trop de sollicitations, deviennent de vrais scenarii de fictions. Sa dernière trouvaille à été de réquisitionner le jouet du chat pour upgrader son jeu de cartes. Il ne s’agit plus simplement de les déplacer. Elles accompagnent désormais ce ballon improvisé sur un terrain qui l’est tout autant. Il peut s’amuser des heures à cette diversion. Sous nos yeux ébahis. Sans que nous ne puissions rien comprendre à l’univers ludique sous nos pieds. Il joue de tout.

Il aura dix huit ans dans 6 mois. Nous entamons les démarches d’habilitation familiale. Tous nos efforts doivent tendre vers ce futur meilleur à dessiner pour lui. Sans nous. A son image. Il me faut pour cela quitter tous les préjugés qui encombrent sa liberté. Les sentiers de nos devenirs sont tellement chargés des reflets de la société. Or, elle n’envisage pas sa destinée. Pour inventer ce qui lui faudra, la page blanche s’impose. Commençons par accepter que ce qui semble évident ne l’est pas forcément. Il aura la chance de choisir. Libre de n’être compris dans le tout qui nous englobe, qu’il ait au moins l’avantage de ne s’y trouver piégé.

Veuillez vous connecter pour évaluer la page.

Ajouter un commentaire

Il me semble que , pour apprécier l'autre ou le groupe , il faut être assez riche pour savoir vivre seul . Et , il n'y a de véritable vie sociale intéressante et enrichissante que pour celui qui peut vivre sans les autres ... Tel est le cas de Mike , tel est mon cas . Nous sommes tous différemment handicapés !!

Les blogs les plus appréciés par la communauté

par Emilie Weight
2588 visites 11 commentaires
par Emilie Weight
Rating : 4 / 5 1890 visites 8 commentaires
par Emilie Weight
Rating : 5 / 5 2052 visites 2 commentaires
facebook Twitter Youtube Instagram
Les derniers articles commentés
Les derniers articles commentés
  • La Gadgeto-canne
  • Jeton de caddie adapté pour personne handicapée ayant des problèmes de préhension
  • Établissements Handicap - foyer de vie : une bonne idée pour votre enfant ?
  • Détente, Loisirs, Vacances Culture et handicap : le théatre pour tous

© 2018 Plateforme Hizy