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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 08 décembre 2020 15:52:17
Blog
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8/12/2020 – mais papa, c’est la vie !

Alors que Brendan se plaint des embouteillages, son fils surpris le regarde et dit d’un air désinvolte : «  mais papa, c’est la vie ! » Simple comme cela. Naturel. Libre. Lucide. Limpide. Il se dégage de son positionnement toute la sérénité de quelqu’un en paix. L’avantage suprême d’une résilience extrême. Un instant les rôles s’inversent. L’enfant devient adulte tandis que ce dernier s’enlise dans l’immaturité d’une résistance stérile. D’un caprice puéril. D’une répétition inféconde d’erreurs que nous commettons tous sans savoir nous corriger…. Alors que ceux que nous jugeons retardés, s’en accommodent aisément entrainés par le reste des irrégularités qu’ils ont appris à accepter. Sans autre choix que de s’y faire. Forcés par une réalité subie dont ils font leur force. L’acceptation de leur condition. Le contournement de l’adversité. L’adhésion plus que la rébellion. La construction plus que la critique. Avancer pour ne pas reculer. Composer pour survivre. Se plier plutôt que rompre. Complémentaires. Complices plus que complaisants. Caméléons contraints pour n’être vilains.

Nous réprimons nos sourires pour ne pas le vexer. Admiratifs et dubitatifs face à cette sagesse spontanée. Sans réaliser la puissance de ce qu’il vient d’avouer. Il sent qu’il nous a ému. Demeure perplexe sur ce qui a bien pu nous interpeler. Nous touchons du doigt cette vérité énoncée par les neurologues et qu’il est si délicat d’interpréter. Ces vies si différentes que nos comparaisons échouent à en comprendre les contours. Autres plus qu’opposés. Leur réalité échappe à nos analyses empruntes de référentiels impuissants face à leurs potentiels. Incapables de s’exprimer dans l’espace que nous leur laissons, ces manifestations sont trop rares pour être notifiées. Alors, leurs irruptions, dans nos quotidiens aseptisés de la richesse de leur diversité, détonnent de fulgurance. Simples. Naturelles. Libres. Lucides. Limpides. Aussi claires que nos contours sont flous. Obscurs. Opaques. Noircis des compromis dont nos idéaux ont souffert jusqu’à se taire. Soudain, par le simple géni de cette banalité, Mike prend l’ascendant. Sans luter. Sans même vouloir s’imposer. De maitrise sans emprise. Il dit ce qui est sans que nous n’ayons rien à ajouter.

« mais papa, c’est la vie ! » et oui ! Rien d’autre et pourtant tellement plus que l’inconfort d’une attente raisonnable bien qu’irritable. La mise en perspective. Le sens de l’essentiel. Cette philosophie de vie dont il détient un secret que je lui envie. Cette facilité à ne pas tomber dans les pièges de la société. Cette faculté à voir, au-delà de ce qui semble, tout ce qui est, simplement d’y goûter. Sa liberté. Son insouciance. La juste mesure de son arbitrage. Une logique imparable. Vierge d’écarts d’égard pour autre chose que soi. En adéquation parfaite avec son ressenti, il exprime l’unisson de son rapport au monde. Sans détour. Les bases oubliées de la futilité. Tout n’étant pas utile. Le temps peut être perdu. Vivre suffit à le prendre. Pourquoi se débattre contre ce qui ne peut être changé ? Exister suffit. Rien ne peut surpasser la magie des promesses d’une journée à condition d’y être disposé.

« C’est la vie » tend autant à convaincre d’une fatalité qu’à l’accepter. Comme lorsque plus jeunes, je goûtais mon quotidien en Irlande tel le cadeau précieux d’une nouvelle aventure. D’être expatriée m’apprenait à ne rien attendre de plus que vivre chaque journée sur ce sol étranger. Comblée d’avoir osé partir et me reconstruire, je ne prétendais à rien d’autre qu’apprécier. Comme lui, dans ce discernement inné. Débarrassé du poids de jugements surfaits. Guidé par la seule envie de profiter. Sans s’embarrasser d’autre avis que le sien. Percevant l’essentiel de n’attendre autre chose. « mais papa » montre son étonnement. Presque une réprimande. Tellement évident qu’il n’en revient pas que ce père si perspicace soit tombé dans le panneau ! Ébahi de comprendre sans vouloir y croire qu’il puisse, lui aussi, conseiller son ainé. Mélange de fierté et de peine à l’énonciation d’une vérité durement apprise. Les rides sur son chemin le hissent à hauteur de l’homme qui le porte. Un bref instant seulement. Un bref instant pourtant. Dans leurs regards croisés, ils se complètent sans s’opposer. L’acceptation de l’un dilue la rage de l’autre. Et réciproquement. D’être tel qu’ils sont suffi à les unir. Semblables et différents. Humains tout simplement.

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Magnifique texte par ce qu'il montre et par son écriture ... Merci de nous ouvrir la porte de la singularité de Michael qui ne cesse de nous enrichir ...

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