Aller au contenu principal
Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 10 août 2021 17:34:41
Blog
128 visites

10/08/2021 – Mégas Guns

Il a dix ans. Il en a dix-huit. La mise en place de leurs interactions a pris du temps. Pas facile de faire comprendre à l’un qu’il pourra s’amuser avec l’autre. Encore plus dur de convaincre le second d’oser jouer avec son rival. La journée avait mal commencée. Lever tôt pour une séance de surf pour Lola. Nous passons la matinée sur la plage à la regarder. Laborieux travail qui consiste à s’extraire de l’eau assez vite pour se redresser sur la planche et dompter la vague naissante, bien souvent bouillonnante et surtout plus rapide que la propulsion de ses bras. Mike sur le sable encourage sa sœur avant de se lasser. Il oscille entre enthousiasme et mauvaise humeur. Conscient de l’inaccessibilité d’un sport qui met son modèle en déroute, il rechigne à s’effacer même pour une demi-journée au profit de celle qu’il admire et jalouse. Retombant en enfance, il enchaine les caprices. D’accident en fugue, il attire l’attention de ses parents par tous les moyens. Embolisant. Grognant. Nous sommes obligés de le gronder.

Dépités de l’échec de sa stratégie, il échoue en boudant après, qu’à sa sœur, ai succédé le filleul de son père. De loin, longeant la falaise, il suit ceux qui vivent libres de ses frustrations. Il comprend la circonstance qui pour une fois l’oblige à passer après. Il reconnait bénéficier souvent de cette première place qu’il regrette à présent. Il ne peut cependant se résigner à céder sans manifester son mécontentement. Nous ignorons son air bougon. Nous vaquons à nos occupations semblant ne plus lui prêter attention. Sur la serviette, il s’assied dépité. Je lis quelques pages à ses côtés. Un bruit m’alerte. Il pleure en silence. Secoué de sanglots, il ne peut totalement taire son désarroi. Je m’approche de lui tendrement. Il me repousse trop fier pour avouer sa détresse. Trop triste pour la dissimuler. J’engage le dialogue. Il me dit toutes ces choses qui se bousculent dans sa tête. Sa joie de voir sa sœur heureuse. Son envie de pratiquer les mêmes activités tout en sachant ne pas y arriver. Son impuissance face à la colère qui monte et l’empli trop pour y résister. Sa peine de constater les dégâts de ses débordements. Son incompréhension face au renversement de situations qui l’érigent en coupable alors qu’il s’en croit victime.

Il demande à rester seul. Il veut se calmer et changer. Je le laisse jouer avec le sable. Il le malaxe. A travers ses doigts, les grains tombent tel le temps qui passe et qu’il retient. De poignées en poignées, le mal semble quitter son corps moins agité. Il se redresse. Je le regarde du coin de l’œil. Dire que je voulais écrire une chronique sur ses mauvais côtés. Pour raconter l’intégralité de sa personnalité, je m’étais résignée à parler un peu de l’exaspération dans laquelle il sait nous plonger. Moments rares autant qu’insupportables où sa mauvaise foi, son entêtement, son égoïsme, sa maladresse peuvent nous pousser à bout. Ces occasions où, sachant ses difficultés, nous ne pouvons nous empêcher de l’engueuler sans tenir compte des circonstances atténuantes dont il pourrait bénéficier. Par soucis d’honnêteté, je voulais décrire aussi ces aspects de sa réalité. Pourtant, en le voyant ainsi, si démunis face au mal qui l’assaille et twiste sa réalité au point de transformer sa souffrance en outrance, je renonce à l’accabler davantage. Certes, comme chacun d’entre nous, Mike loin d’être un saint, irrite, blesse, ennuie et contrarie. Pourtant, la plupart du temps, quand les conditions s’y prêtent, il peut aussi être le plus aimant des êtres. Sa bienveillance englobe les instants passés avec lui quand, maître de ses agissements, il se montre tel qu’il est vraiment.

Comme cet après-midi avec cet enfant de 8 ans son cadet. Passé la crainte de ne savoir comment l’aborder, tous deux dans la piscine finissent par se retrouver dans la simplicité des jeux. Pour ne pas le brusquer, Mike l’imite d’essayer. L’alchimie prend. D’une intuition, j’ouvre un coffre regorgeant de jouets. Rapidement, l’eau s’emplit de pistolets, de ballons, de bateaux,  de ventouses et cerceaux. Lassés de l’un, ils passent à l’autre pendant plus d’une heure sans s’arrêter. Heureux de partager le ludique qui prive de l’ennuie. Satisfaits de s’être trouvés. Capables l’un comme l’autre d’apprécier la situation plus que l’illusion de ce qu’elle pourrait être stigmatisée par les préjugés. Assise non loin, je veille. Prête à intervenir je me sens inutile et vile. Les jets d’eau de leurs méga guns sont bien moins piquants que mon jugement. J’allais le condamner pour son comportement omettant d’observer mes propres agissements. En le voyant ainsi construire son bonheur de brics et de brocs croisés sur son chemin, je réalise soudain que lors de ses débordements il manque sans doute les occasions qu’il sait saisir à condition de les fournir.

Alors, de mes 48 ans à ses dix ans, ce jeune venu jouer à la maison transforme une journée gâchée en leçon !

Veuillez vous connecter pour évaluer la page.

Ajouter un commentaire

Pourquoi le surf est-il inaccessible à Michael ? L'a t'il essayé ? Ou , a t'il renoncé par crainte ou par paresses ? Il aurait sans doute besoin d'un coach particulier , mais la liberté qu'il pourrait ainsi acquérir , et surtout s'il doit vivre bientôt au pays basque , en vaut la peine , il me semble . Michael va souvent au-delà de ce que nous avons imaginé ... Pourquoi ne pas tenter ?

Les blogs les plus appréciés par la communauté

par Emilie Weight
3071 visites 11 commentaires
par Emilie Weight
Rating : 4 / 5 2312 visites 8 commentaires
par Emilie Weight
Rating : 5 / 5 2621 visites 2 commentaires
facebook Twitter Youtube Instagram
Les derniers articles commentés
Les derniers articles commentés
  • Habitat TOILETTES MOBILES
  • Démarches Jeune adulte handicapé : le passage de 18 à 20 ans
  • Street UP - L'écharpe multifonctions
  • Apprentissages A la rentrée, mon enfant a une AVS mutualisée : on fait comment ?

© 2018 Plateforme Hizy