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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 01 décembre 2020 11:36:43
Blog
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1/12/2020 – merci maman, tu es gentille maman, merci maman

Tout ceci pour une soupe ! Parce que je l’aide à la boire pour qu’il n’en mette pas partout. Parce qu’alors qu’il se trouvait démuni, face à l’assiette creuse dans laquelle le liquide fluide menaçait de déborder, mes mains ont saisi les bords pour l’assister. Sans qu’il n’ait rien demandé. Sans avoir prononcé le moindre mot qui l’aurait rabaissé. Sans même le sermonner. Comprenant sa détresse, en toute discrétion, je suis intervenue alors qu’il se croyait perdu. Soulagé et surpris, au lieu de taire cette aide délicate qui le sauvait sans l’exposer, il dit « merci maman, tu es gentille maman, merci maman » tout fort. A découvert, nous finissons notre dégustation à quatre mains. Dans le silence de l’âge qui échoue à tenir ses promesses.

Le temps ne s’arrête jamais longtemps sur ce genre d’incident. Avide de la suite, il s’arrange pour distraire ceux qui s’y seraient pris et fuit l’instant présent pour tout ce qui l’attend. Nous oublions aisément ces moments tendrement douloureux où l’enfant prisonnier d’un corps muri nous regarde comme avant. De peur de nous perdre dans une réalité que nous préférons oublier ? Du mal que, de l’admettre, cela pourrait susciter ? De ne savoir comment composer avec cette vérité inadaptée au cours de nos vies qui continuent d’avancer ?  Ce jour là pourtant, je ne su m’en défaire. Pourquoi ? L’intonation de sa voix ? La caresse molle et lasse de sa main ? L’air triste derrière sa gratitude ? Quelque chose reteint mon attention assez pour que le souvenir de ses mots hante ma mémoire : « merci maman, tu es gentille maman, merci maman ».

Trois fois « maman » dans une seule tirade. Deux fois « merci ». Dire que je suis gentille comme si cela n’était pas évident. Je sais depuis longtemps qu’avec Mike le hasard n’existe pas ! Il est bien plus subtil que ça. Son expression est construite. Son intention aussi. Dans le tourment de sa dépendance, il me laisse percevoir sa détresse en refusant que je l’y laisse. Cette fois-ci. Comme d’autres avant. Certainement plus encore. Quand il dit : « reste ». Quand il s’efface, las de lutter contre ce qui ne change jamais. Quand il retient le bras qui court plus qu’il entoure. Quand il s’immisce dans le bureau dont je ne sors plus depuis le confinement. Quand il interroge le sens d’heures passées à décrire ce qu’il peut apporter en me privant par la même d’y gouter. Une partie du raisonnement m’appartient plus que je le lui dois. Mais ses réactions me poussent à réfléchir au sens des actions que je mène. A l’hypocrisie du rythme de nos vies. A l’antagonisme du vouloir au faire qui trop souvent s’opposent. Au pragmatisme d’une simplicité indemne des artifices qui nous servent de prétextes. Aux contradictions de nos horizons. A l’absence des siens.

Alors, pour conjurer le sort, j’essaye de me rattraper. J’invente de nouvelles activités. Je me rachète dans les jeux de société. Je lutte pour maintenir cette vision qui peut m’être reprochée. Cette lubie de toujours rappeler le supplément d’âme dont il est doté. Même lorsqu’il nous donne envie d’hurler. Quand son caractère dépasse son diagnostic. Qu’il abuse de notre compréhension. Que d’égoïsme il piétine nos indulgences. Qu’il s’attribue l’espace que nous lui préservons sans considération pour nos ressentiments. Qu’il prend plus que ce qui est accordé aussi parce qu’il reçoit tellement moins que ce que nous sommes prêts à sacrifier. L’équilibre instable entre notre bienveillance et son bienêtre occupe notre quotidien. De reproches en regrets. De leçons en trahisons. A contre pieds. Ensemble et seuls. Au singulier comme au pluriel, nous dansons cette valse saccadée du précipice de la tristesse aux cimes de l’allégresse.

« merci maman. tu es gentille maman. merci maman » m’exhorte à ne pas lâcher.  A croire sans faille à l’intuition d’une dimension à révéler pour qu’elle puisse exister. Tout tend à la taire à jamais. La connexion qui me relit à lui permet de l’exprimer. Renoncer pourrait la condamner. Par ces mots, il m’encourage et reconnait. Pas l’aide que je venais de lui procurer mais l’espoir d’une complémentarité. Celui que nous nous complétions au-delà de nos imperfections. Dans l’acceptation de nos besoins sans trahir nos liens. Mon fils enfant et grand. X Fragile adolescent. Turbulent. Gourmand. Capricieux. Ambitieux. Curieux. Secret. Courageux. Aussi fort qu’imparfait. Unique. Entier.

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Merci Mily pour ce rappel d'une réalité que nous ne savons pas tout le temps comment vivre !! Ce soir , je viens de lui relire l'histoire de Charles Quint qu'il m'a demandée . Mais , contrairement à ce que je ressentais il y a quelques mois , j'ai terminé insatisfaite pour lui , comme pour moi et je me demande depuis quelques jours comment combler son attente , comment lui apporter ce qu'il ne trouve pas seul ? Je suis preneur de toute proposition que je pourrai essayer .

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