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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 19 janvier 2021 14:11:43
Blog
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19/01/2021 – Mon stage à l’armée…

Dimanche midi. Nous mangeons tous à table avec un invité de marque. Le copain de Lola est face à Mike qui ne perd pas une parole des échanges. La conversation change de l’ordinaire pour inclure notre hôte. Nous abordons de nouveaux sujets auxquels Mike essaye de s’intéresser. Il connait par cœur la vie de sa sœur qui est l’héroïne d’un univers qu’il n’explore qu’à moitié du fait de sa particularité. Il observe chaque mouvement du couple qu’il admire sans envier un bonheur qu’il attend patiemment. Un jour lui aussi goutera à cette joie simple de partager une journée aux côtés de celle qu’il aime. Il en est persuadé. Sa tranquillité à cet égard est si pleine que nul ne doute de sa conviction. Attentif aux signes. Curieux des gestes. Friant d’histoires. Il participe facilement à l’instant. Respecte les codes. S’introduit dans les débats. La cellule familiale légèrement élargie s’accoutume sans mal à son nouveau contour. Pablo nous connait depuis longtemps. Il comprend la différence de Mike et l’accepte. Il sait le lien spécial qui l’uni à Lola. A l’écoute des besoins, il anticipe les interactions. Vigilant sans être crispé, il veille à ne pas briser la sincérité du moment.

Je constate le bouleversement de nos vies. Nos enfants devenus grands. Le départ des au-pairs. L’arrivée des amis, puis des petits amis. Le temps qui passe et change immuablement ce qu’il prend. Sauf pour lui. Mike, sur un chemin de traverse, parcourt les mêmes distances différemment. Le cursus scolaire porte d’autres noms de lieux. Les amis, moins nombreux, peinent à arriver jusqu’aux portes de la maison. Nous lui connaissons deux histoires d’amour dont une seule retient encore vraiment son attention. Il rêve éveillé à ce que sera demain. En parle à volonté. Se projette plus qu’il avance sans sembler s’en inquiéter. Ses progrès nous rassurent. Ils permettent d’espérer. Nous nous y reposons fatigués de lutter. Mais la vie continue et les échéances aussi. Celle de l’habilitation familiale. Celle du permis de conduire. Celle d’un travail. D’un logement. D’une vie sociale épanouie aussi. Celle de quitter le nid … Celle que nous abordons à foison avec sa petite sœur qui l’a depuis dépassé. Celle des stages et de l’avenir professionnel. Nous en parlons aussi. Heureux de constater que cette perspective d’avenir ait lancé Lola sur une trajectoire assumée. Qu’elle s’y retrouve et découvre l’autonomie recherchée. Le soulagement de parents inquiets se déverse dans l’assemblée. Nous sourions enjoués. Lola sait où elle va. Nous allons pouvoir souffler.

La conversation l’a complétement oublié. L’extrapolation du devenir de Lola retient toute l’attention. Dans le rythme accéléré de l’exaltation, j’oublie qu’il est à mes côtés. Silencieux. Résigné. Sans perdre une miette de ce qui est échangé, il patiente sagement. J’entends à peine sa phrase. "C’est comme mon stage à l’armée !" L’assimilation justifiée sonne le glas du regret. Inutile de culpabiliser. Il ne s’est pas senti exclu. La dissonance que nous envisageons n’effleure pas sa pensée. Se considérant semblable, il compare le stage de troisième de sa sœur à sa journée défense et citoyenneté. Tous les yeux sont désormais sur lui. Pablo se souvient soudain qu’ils ont le même âge pour avoir lui-même été convoqué cette année. Lola sourit de sa spontané naïveté. Je ne regarde pas Brendan pour ne pas pleurer. J’enchaine sur son souhait de devenir policier. Son père l’interroge sur la différence qu’il perçoit entre militaires et policiers. Son avis tranché rejette l’armée. Pas question de se frotter au terrorisme. Lui, ce qu’il veut c’est arrêter les voleurs. Nous suggérons qu’il fasse un stage dans un commissariat. Il dit « pourquoi pas ? ».

Je réalise que ce que nous comparons, il se l’accapare. Ce que nous négligeons, il l’apprécie. Ce que nous oublions, il le retient. Ce que nous abandonnons, il le garde. Ce que nous refusons, il le prend. Ce que nous rejetons, il le tolère. Ce que nous craignons, il l’accepte. Comme ce matin quand nous parlions de nos vieux jours. Il pensait que Jagger nous accompagnerait. En comprenant qu’il ne vivrait pas si longtemps, il dit tout simplement ; « tu vas nous manquer ». Ce qui nous semble injuste est sa vérité. De s’en accommoder l’aide à la supporter. La perception vaut réalité. La sienne assimile sans complexe nos peurs de ses faiblesses. De ne les voir, il les contourne. Nous devrions en faire autant !

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C'est formidable .... quelle leçon !! et l'espoir du possible . Quel merveilleux adolescent tu es Micky et comme tu nous apprends à vivre .

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