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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 27 avril 2021 12:14:51
Blog
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27/04/2021 – Parlons de la fratrie

L’enfant différent est souvent le centre de l’attention. Pas par amusement. Par nécessité. C’est celui qui requiert le plus de soins. Celui pour lequel le chemin non tracé demande aux parents l’énergie folle des pionniers à l’assaut d’une terre vierge à conquérir. Se faire respecter sur un terrain nouveau où il leur faut apprendre en même temps que guider. Alors, avec un bâton de pèlerin en carton, ils prennent la route incertaine d’un avenir semé d’embuches qu’ils doivent surmonter pour élever. Pas le temps de réaliser ce qui leur arrive. Il faut faire face. Avancer. Quand tout ce qui coule de source devient un défi au quotidien, la vie change tout simplement. La vie change et eux aussi. Dans ses rouages, les entrainant, elle les façonne au grès des situations dans lesquelles elle les place sans prévenir. La propreté qui tarde et s’éternise. Les rendez vous médicaux dont il leur semble ne jamais sortir. Les crises d’épilepsie et les frayeurs de nuits sans dormir lorsque le thermomètre monte sans s’arrêter… Les portes closes. Les plaintes des uns. L’incompétences des autres. L’administratif. L’exclusion et la souffrance qui se dessine peu à peu sur ce visage, qui bien que différent, comprend le sort qui lui est réservé. Il faut apprendre. Accompagner. Patienter. Endurer. Recommencer aussi beaucoup et toujours comme s’il s’agissait de monter une colline sans fin. Chaque victoire cache une nouvelle bataille. Ils en sortent plus forts. Plus fatigués aussi. Sans avoir le temps de souffler, il leur faut enchainer.

Les autres enfants, ceux qui fonctionnent, sont vite mis dans les cases du système. Parce qu’elles les accueillent mais aussi parce que toute solution trouvée est un problème de moins à résoudre. Dans la somme des tâches d’une journée, quand les heures ne suffisent plus à faire tout ce qu’il faudrait, le luxe de se reposer sur ce qui roule sans assistance devient une évidence. Au point de finir par abandonner au pilote automatique ceux qui lui ont été confiés. Alors, par intermittences, ils sortent de l’anonymat. En trébuchant, consciemment ou non, leur chute vient alerter. Par les mots qui laissent parfois échapper leurs maux. Ceux qu’ils feignent d’ignorer pour ne pas rajouter au reste. Dans l’échec où ils se réfugient pour réclamer, sans l’avouer, leur part de considération. Par mimétisme. Par instinct. Parce qu’ils en ont tout simplement besoin. De tomber ils entrainent l’ensemble plus loin sur le chemin du désespoir. Celui dont l’issue semble fatale. Dans lequel les couples se défont. Où ils perdent leurs repères et finissent par vouloir tout détruire pour éviter de subir. Quand la culpabilité s’en mêle. Celle de les avoir abandonnés. Celle de croire ne pas y arriver. Celle de devoir tout sacrifier sans certitude de réussir. Celle de les voir souffrir. Celle que tout s’échappe. Celle des victimes qui perdent pied. Celle de vouloir capituler. Celle du regard de la société. Celle de la futilité de tout ce qui entoure sans compter.

Pour les parents, les sacrifiés de la fratrie sont les meilleurs alliés. Les plus fidèles amis. Ceux qui, mieux que quiconque, savent ce que personne d’autre ne comprend. La vie de l’intérieur de ces cellules contractées. Des spasmes de ce qui leur est arrivé, ils sont les premiers concernés. Alors que les uns ont vécu sans cette vérité, elle accompagnera les autres à jamais. Pour eux, pas d’avant ni d’après. Leur identité porte le sceau de la différence de leur ainé ou de leur cadet. Qu’ils l’acceptent, où pas, ils sont frères ou sœurs d’un autre handicapé. Avec tout ce que cela peut leur apporter. Comme ce que cela va leur couter. Sans que l’un et l’autre s’équilibre. Chacun doit trouver comment intégrer ce paramètre grandissant dans sa propre équation. Pendant que les parents veilles au détriment de leur propre temps. Une fois adolescent quand il faut partager avec, ou ignorer, l’autre privé de l’émancipation rêvée. Adulte aussi en comprenant trop tôt la dépendance et les responsabilités. C’est à ce tournant que fratrie et parents se confondent. Les descendants n’ont rien choisi mais portent la culpabilité sournoise d’avoir été épargnés. De profiter de ce dont l’autre est privé. De pouvoir y échapper. De devoir assumer la décision d’aider ou d’abandonner l’autre défavorisé.

La fratrie cumule les vies. Celles de parents abimés. Celle de l’enfant différent. Celle d’un destin contrarié d’avoir reçu l’humanité en héritage. Une force autant que leur faiblesse. Ils pâtissent d’empathie. Ils grandissent de compassion. Sages trop jeunes pour être compris, ils nous devancent sans juger. Dans le microcosme de familles adaptées, ils savent ce que nous n’arrivons encore à accepter. La vulnérabilité de notre condition. La futilité de nos quêtes sans fond. L’alternative qu’il faudrait oser. Le chemin à emprunter pour plus d’égalité. Parons de ces fratries. Donnons leur la parole. Aidons-les à exercer le super pouvoir d’échapper au nombrilisme de notre société.

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