Aller au contenu principal
Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 25 août 2020 09:24:10
Blog
103 visites

25/08/2020 – phacochère !

Pour cette première chronique coécrite avec Mike le titre sort de l’ordinaire. Tel un leitmotiv, ce sobriquet squatte notre espace sonore depuis la mi-juillet. Il y a élu domicile à l’occasion d’un weekend entre amis où Mike a réussi à initié une relation plus soutenue avec certains adultes du groupe. Principalement les garçons. Fier de son statut d’adolescent qui l’extrait des enfants. Entre deux mondes auxquels il n’appartient pas entièrement. Il construit des ponts suspendus, aussi fragiles qu’inattendus, pour retenir sans appartenir. Nombreux sombrent dans l’oubli. Certains résistent et persistent. Phacochère perdure depuis. Dans les mémoires. Devenu une habitude. Il qualifie moins qu’il identifie. Sa récurrence, sans pertinence, n’offense plus ceux qu’elle convoite. Bruit familier plus qu’injurieux, il signale l’identité de celui qui en abuse et fait rire ceux qui l’inspirent. Marque de fabrique. Signe distinctif. Anecdote et connivence. Il suffit de le prononcer pour qu’il rebondisse sur tous ceux qu’il vient toucher. Héritage collectif savamment cultivé. Il est la preuve d’un passé partagé. D’une aventure commune ayant existée. Une histoire qui se raconte à profusion. Un clin d’œil malicieux et délicieux. Le témoignage d’un vécu assumé. Une réciprocité. La contagion de l’illusion d’y croire. Sa réussite.

A la fin de l’été, malgré l’absence prolongée, l’appellation garde tout son panache. A l’occasion d’une seule soirée, le groupe reformé en use et abuse à nouveau. Usurpée par ceux à qui elle s’adressait, elle pourchasse désormais l’auteur comblé. Mike goute à sa nouvelle notoriété. Celle qu’il mérite d’avoir su inventer des liens qui n’étaient pas tracés. Une relation improbable auquel lui seul croyait. La preuve que de vouloir aide à pourvoir. La générosité et bienveillance mêlée de ceux qui ont exhaussé cette volonté. De l’humanité. De l’humilité. L’amitié et ce qu’elle permet.

Le besoin aussi qui l’a suscitée. Evident de conformité, il prend cependant une toute autre vérité lorsque Mike, sans s’en douter, avoue manquer. Dans le cours de la soirée, au fil des histoires racontées, voulant exister aussi dans les récits, il se met à fantasmer en empruntant des bouts de ce qu’il comprend. Allant chercher dans le passé des traces auxquelles se raccrocher, il puise au fond de ses souvenirs pour inventer quoi dire en simulant. Lui aussi a voyagé avec Mathilde et valises. Ils ont vomi dans la rue et nettoyé… de ne concevoir qu’il puisse en être autrement ! Ils étaient fous et ne savaient plus où aller. Ils s’aimaient et voulaient s’amuser. Il parle et ceux qui écoutent savent que les situations décrites n’ont pas existées. Il parle sans s’arrêter. Il s’identifie aux identités qui le font rêver. Il voudrait sans comprendre ne pas y arriver. De l’entendre s’approprier ainsi la narration d’autres destins, je me demande s’il regrette le sien ? Lucide ? Il doit l’être pour calquer ses mensonges sur ce qu’il entend. Et pourtant ? Aucune tristesse ne transparait. Personne n’ose l’interrompre. Il continue et semble se délecter de l’illusion de ses chimères. Mais donne le change sans sauver la face. Il est seul à ignorer la falsification. Le laisser continuer revient à le condamner. Ce monde feint ne pourra le contenter. Ne rien dire serait l’encourager. Aussi cruel que ce soit, je dois briser le charme du moment. Dévoiler la supercherie pour l’éveiller à la réalité. Lui dire ce qu’il ne veut entendre pour l’inciter à construire plus qu’à emprunter ce qui lui manque encore dans l’existence. Des rencontres. Des aventures. Le ciment de nos relations. Ce qui nourrit nos amitiés. Les briques de son identité ne peuvent être faite de vent.

Je l’interromps. Aussi tendrement que possible, je l’invite à cesser. Je dévoile sa tromperie tout en protégeant son intégrité. Nous savons tous la tentation de sublimer ce que nous souhaiterions vrai au détriment de ce qui est. Nous savons aussi ne pas nous abuser. Lui pourrait s’y perdre. Oublier de vivre satisfait d’observer. Le rôle de figurant qui leur est réservé n’est cependant pas une fatalité. Par phacochère il prouve pouvoir le dépasser. C’est un début à encourager. Tu auras tes histoires mon fils. Celle de cet homme qui va chaque weekend en couple choisir sa voiture d’occasion chez un garagiste bienveillant. Celle de cet autre qui trouve l’amour et partage jusqu’à la fin de sa vie ses jours avec sa bien-aimée. Celle de celui qui devient la mascotte de son club de sport, de son village, de sa communauté. Peu importe du moment qu’elle soit tienne. Vraie. Pleine. N’abandonne pas. Tu sais déjà. Phacochère n’est qu’un début. Bien d’autres aventures t’attendent. Va les chercher. Ne laisse pas tomber. Jamais.

Veuillez vous connecter pour évaluer la page.

Ajouter un commentaire

Beau récit ....belle histoire , comme la vie , riche , douloureuse et pleine d'espoir . Il faut offrir tous les possibles ...

Les blogs les plus appréciés par la communauté

par Emilie Weight
2381 visites 11 commentaires
par Emilie Weight
Rating : 4 / 5 1721 visites 8 commentaires
par Emilie Weight
Rating : 5 / 5 1822 visites 2 commentaires
facebook Twitter Youtube Instagram
Les derniers articles commentés
Les derniers articles commentés
  • Démarches Comment percevoir la PCH - aide animalière ?
  • Démarches PCH ou AEEH, comment choisir ?
  • Apprentissages Trisomie 21 : quelques méthodes d'apprentissages
  • Habitat Gamme d'aide à la préhension sans solliciter les doigts

© 2018 Plateforme Hizy