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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 02 février 2021 11:25:23
Blog
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2/02/2021 – Quand la joie déborde…

C’est comme une bouteille que l’on rempli trop d’eau. Au début tout se passe comme prévu. Le liquide monte, monte le long du verre large à la base. Puis, le mouvement s’accélère lorsque le goulot se resserre. Plus c’est étroit et plus ça va vite. Jusqu’au bout avant de régurgiter violemment tous ce qui ne peut plus être contenu. Alors ça gicle dans tous les sens. Se repend partout en éclaboussant tout le monde. Incontrôlable réaction en chaine que l’on a vu venir sans pouvoir l’arrêter. Comme sur le canapé, devant la télé, samedi soir alors que nous regardions « l’arme fatale 4 » en famille. Pris dans l’intensité du film, Mike peu à peu nous échappait. Il avait franchi le mur qui sépare le spectateur de la scène. En plein dans l’écran, il faisait corps avec les acteurs. Nous regardions un spectacle en trois dimensions où l’un des antagonistes évoluait dans notre salon. Réagissant à chaque réplique. Vivant l’action aussi intensément que si les coups, les rires, l’émotion le touchaient réellement. Debout, agité de spasmes impossibles à contrôler, il sautait, il hurlait, il jouissait du moment au point d’être plus parmi eux qu’entre nous assis à ses côtés !

La puissance de ce qui l’emplissait alors ressemble à ce qui nous submerge dans un manège à sensations. A la peur de mourir dans un accident. Au bonheur à la naissance d’un enfant. A la tristesse d’un décès. Rien ne contient un tel élan. D’un instant à l’autre, il est trop tard. La machine s’emballe si vite que nous ne pouvons que subir ce qui suit. Heureusement, rares sont les occasions de tels débordements. Sauf pour lui. C’est sa chance et sa croix. Il vit cela régulièrement. Dans tous les sens. Pour n’importe quoi. Hier un film. Demain la parole de quelqu’un qui aura dépassé le seuil de ce qu’il peut supporter. Une odeur. Un bruit. La vue d’une scène inappropriée. Ses capteurs sont tellement aiguisés, sans bouclier pour les protéger, ils s’affolent au moindre stimulus. L’envoient dans un univers dont il ne revient jamais indemne. Transporté d’émoi au sommet de l’intensité, il retombe aussi tôt de ne rien maitriser. Abrupte. Insensé. La transition se noie dans l’incompréhension. Comme dans le coït animal. Sonné d’en sortir sans sommation, il traine sur les traces que laissent les sensations dans son corps envahi. Vide de ce qui vient de le terrasser, il reprend peu à peu connaissance. Titube. Tousse en guise de transition. Continue comme avant ne sachant faire autrement.

Je l’envie de tant de plénitude au moment où la joie le traverse. J’appréhende ce que ce doit être lorsque d’autres émotions gagnent l’intégralité de ses connexions. La peur. La tristesse. La colère. Le vertige du vide d’un devenir incertain. Le doute de réussir ce qu’il entreprend… Alors je me rapproche de lui tout doucement. J’essaye de comprendre le sortir de cet état. Je l’interroge tendrement sur la chute de ses émotions. Il ne comprend pas mes questions. Trouve pénible mon comportement. S’ennuie de mon insistance. Préfère continuer le cours de son existence sans prendre le temps de descendre pour interpréter. Comprendre. S’interroger. Résilience ou résignation ? Eternel dilemme le concernant. Tellement de choses restent enfouies dans le mystère de ce qu’il ressent. D’apercevoir soudainement ce qu’il ne parvient plus à cacher, permet difficilement de cerner ce qui nourrit une telle intensité. Partie visible de l’iceberg qui dort enfoui en lui ? Irruption spontanée comme la soupape de sécurité d’une jauge trop instable pour s’emplir et qui fuit des failles qui la cisaillent ? Ses secrets m’échappent encore plus d’apercevoir leurs manifestations irrépressibles.

Je revois ses bras s’agiter. Ses sauts sur place répétés. Ses cris aigus. Son doigt mordu au sang pour contrôler un flot que seule la douleur semble endiguer. Quand la joie déborde, la réaction en chaine qu’elle entraine illustre qu’il est possible de ressentir plus que nous ne pouvons contenir. Contraste absurde avec ce qu’il est autorisé de montrer. Les regards complices des témoins de la scène, plus admiratifs que répressifs, dévoilent l’inverse d’une condamnation. L’approbation de ce comportement qui libérerait ses agissements et lui permettrait d’être tel qu’il est. Sa sortie abrupte vient d’un manque de communion. Si nous étions tous à l’unisson pris dans les mêmes tourbillons, notre capacité à goûter aux cimes des sensations en serait décuplée. Il pourrait pleinement en profiter. Nous serions délivrés de la peur de dépasser. Le rang qui nous est donné. La place qu’il nous faut tenir. L’image à respecter. Quand la joie déborde elle permet l’humanité d’individu non bridés. Nos vérités. Ce que nous n’aurions jamais dû quitter et qu’il parvient à nous montrer sans que nous ne sachions encore l’imiter !

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