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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 09 février 2021 09:37:51
Blog
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9/02/2021 – Rencontre d’un autre type

Idée folle et néanmoins faisable de les mettre en lien. Permettre qu’ils échangent. Organiser des rendez-vous téléphoniques durant lesquels, encadrés par nos soins, ils pourraient partager. Pas longtemps. En fonction de ce qu’ils seront en mesure de supporter. Ce qu’ils auront envie de dire. Entre le malaise et l’excitation d’être au centre de l’attention. Passé l’inconfort de l’exercice imposé. Ils entrent peu à peu dans le jeu. Maladroitement, nous les guidons. Suggérant des sujets. Contenant leurs fuites. Assises à côté, tentant de rester au second plan d’une scène que nous tenons à bout de bras. Equilibristes attentives. Complices engagées. Tous leurs gestes, à dix ans d’écart, se répondent et nous confondent. Je me revois alors. Elle se projette demain. Les minutes passent et leur débat s’installe. Timidement. Les ressemblances tombent. Bowser. Les casquettes. Les supers héros. L’iPad. Les maillots de l’équipe nationale. Les amis chauffeurs de taxi. Le sport en palliatif d’une vie sociale vide du reste. Emotionnellement troublés par cette proximité distante. Ils se répondent sans se parler. Juxtaposent leurs expressions. En pointillés. Les faire venir. Les faire rester. Les focaliser sur la nécessité d’interagir. Les rassurer. Les intéresser tout simplement.

L’espace que nous leur réservons, de nôtre devient progressivement leur. Sans qu’ils s’y imposent totalement. Incidemment. Dans l’expression d’une réplique qui leur ressemble. Dans la réponse à nos questions. La puissance de leur logique expie nos prétentions. A cours d’imagination, je demande où il est à l’école ! Sur ma chaise, me répond-il avec le génie de ceux qui se jouent de nos platitudes ! Au concours de celui qui montrera le plus de super héros, il gagne de dévoiler là où nous n’aurions oser chercher. Leur sincérité surpasse nos futilités. Entrainés à suivre les sentiers que nous avons mis tant de temps à respecter, nous oublions d’être nous-même. Eux ne savent faire autrement. Alors, lorsque nous prétendons les guider dans la relation humaine, il arrive que nous nous trouvions dépassés par ceux que nous sommes venus aider. Ils nous précèdent d’oser ressentir plus qu’imiter. Sans prétendre. Libres des simagrées dont nous ne savons plus nous passer. Leur vérité brille sans aveugler. Elle rassure. Elle dure. Nous la savourons sans l’évoquer. Il est où ton mari ? J’attends le grand amour. Tu répareras ma voiture. Quand j’irai au lycée. Moi j’ai Hulk avec ma tête. Sans préméditation ils dessinent le chemin de leurs interactions. De poussif l’échange devient fluide. Nous glissons au second plan. L’âge n’a aucune importance. Ils se reconnaissent autrement. Leurs regards obliques se répondent.

Nos médiations fanent. De trop, nous ne parvenons à quitter une scène qu’il nous faut cependant laisser. Avec le temps. Patiemment. Les progrès viennent d’essayer. Ce premier pas franchi nous libère du passé. Demain, d’autres reflexes nous seront permis. Ceux qu’ils nous inspirent de les en voir capables. Ceux dont le deuil était hier encore notre obsession. L’illusion que leur différence nous condamnait à autre chose. Et pourtant. La complexité de nos culpabilités échappe à leur vérité. A l’absolu de ce qui est. Quand le déodorant devient gel parce qu’il glace les aisselles. Quand ils savent que ce jeu nous rassure et s’y plient pour nous contenter. Quand l’amour dont ils nous comblent s’efface devant notre besoin de les couver. Prêts à nous satisfaire au détriment de leur propre plaisir, ils nous inondent de confiance. Nous suivent aveuglément. Dépassent nos attentes, médusés que nous ayons pu en douter. Entre eux comme avec d’autres. Cette simplicité rayonne sur Christine et Jérôme. Nous ne nous étions pas vus depuis presque dix ans. Il ne les connaissait pas et pourtant. Au bout de trente minutes de conversation, nous étions, par son intermédiaire, aussi proche que parents. Trait d’union. Catalyseur d’un partage si pur qu’il mélange ceux qui s’y prêtent.

Ces rencontres d’un autre type sont celles qu’ils autorisent. Des faveurs que nous croyons leur faire, ils inventent de nouveaux rapports. Ceux du cœur. L’essence de toute relation. Totalement désintéressés, ils s’installent dans l’échange à reculons puis s’y lovent profondément. Simplement. Miraculeusement. Au point que lorsqu’ils terminent, le sentiment d’avoir partagé plus que ce que nous étions venu chercher domine les souvenirs de l’instant. Appelle à recommencer. J’ai hâte d’une prochaine fois. Qu’il m’apprenne cette spontanéité. Que je l’y laisse s’y distraire. Sans moi à ses côtés. Il me restera son exemple. L’espoir de moi aussi y arriver. De rencontrer l’autre vraiment. Sans faire semblant. Intensément tout simplement.

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Pourquoi d'un autre type ? .... N'est-ce pas plutôt une vraie rencontre , comme il nous arrive d'en avoir aussi au milieu de toutes celles que nous "ratons"!! Et comment savoir si la rencontre a eu lieu pour l'autre et ce qui l'a touché dans l'échange ? Ce qui est bonheur ... ce sont les aventures humaines que vit Michael ...

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