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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 27 octobre 2020 08:51:50
Blog
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27/10/2020 – Tu me fais penser à Clémenceau !

Nous sommes assis à table en train de discuter. Un invité de marque est parmi nous. Mike boit ses paroles. Il apprécie la présence de nos amis à la hauteur de l’absence des siens. Captivé par nos histoires, auxquelles il essaye de s’identifier par intermittence, il écoute attentif et muet. Je l’observe en prenant soin de ne pas brimer l’application qu’il met à exister, grand parmi les adultes attablés. Je réprime l’envie d’intervenir pour répartir une parole qu’il a du mal à réclamer. Son attention curieuse me semble aussi studieuse. Attentif aux moindres intonations de voix, il parait attendre le bon moment. Puis plus rien. Sa tension disparait subitement. Comme s’il venait de louper son tour. Il se détend en retombant avachi sur le dossier de sa chaise. En retrait, accablé par l’occasion manquée mais prêt à recommencer. Son œil vif suit la conversation. Discret, il limite ses interactions pour servir sa concentration. Son corps se raidit progressivement. Se décollant peu à peu du siège, il avance vers la table. Pose ses coudes. Dresse son torse. Tend les mains. Prends enfin la parole : « tu me fais penser à Clémenceau ! »

Le temps suspend son court. L’équilibre du mouvement qui l’excluait, l’instant d’avant, le place au centre du débat par l’alchimie incongrue de son intrusion. A contrepied. Il déstabilise les convives rassemblées.  Entre surprise, étonnement et incompréhension ; un moment d’hésitation gagne l’ensemble anesthésié. Seul aux commandes d’un cahot improvisé, il savoure l’effet de son intervention. Son visage rayonne de satisfaction. Le plaisir lui donne un charisme radieux. Il brille d’exister au sortir d’un silence subit non mérité. Skatos, à qui s’adressait sa remarque, peine à comprendre l’allusion. Il interroge du regard Mike qui lui fait face. Amusé de lire de l’incompréhension dans les yeux de ceux qui d’ordinaire dispensent les explications ; il joue à retenir l’énigme. Il y parvient quelques secondes avant de céder à la tentation de reprendre la parole. « Avec ses moustaches, le tigre … des brigades du tigre ! »

A mille lieux de se douter de ce genre de référence venant d’un adolescent de 17 ans, Skatos marque une pause admirative. « Je suis flatté » finit-il par dire à court d’autre argument… Une fois de plus, Mike nous amène ailleurs. Dans un univers parallèle qu’il construit d’ennuie et de passions. Un monde qui lui appartient de bénéficier du temps qui nous manque. La fantaisie d’emplir ses journées d’autres sujets que ceux imposés. La nuance qui le caractérise au-delà de son diagnostic médical. Une personnalité affirmée qui se nourrit d’histoire et d’actualité. L’envie d’apprendre plus que ce qui lui serait donné du fait de sa spécificité. Plus aussi que nous le croirions capable limités par l’image réductrice de sa pathologie.  Alors qu’au fond, de vouloir déclenche le pouvoir bien plus que réciproquement. Dans l’ordre de ce qui permet, Mike goute aux joies de s’accomplir plus que d’appartenir. Loin des obligations sociales qui l’assimileraient à ses semblables et le classeraient dans la catégorie de ceux son âge, il s’aventure à la recherche de ce qui l’inspire. Il conquiert des contrées inconnues d’où il revient chargé de trésors que nous avons depuis longtemps oubliés mais qui résonnent alors tel un héritage commun dont nous aurions pu le spolier. Sa soif de connaissance le hisse sur un palier dont l’accès nous avait été servi et qu’il a dû voler.

La musique entêtante du générique de la série tourne en boucle dans ma tête… « M’sieur Clémenceau, Vos flics maintenant sont dev’nus des cerveaux … » Je me souviens de l’excitation qui nous gagnait alors que les premières notes de piano donnaient le tempo. Du délice de suspens des épisodes. Je retrouve cette délectation dans le regard étincelant de Mike qui nous parle de Clémenceau. Je cherche la dernière fois où les saveurs intactes de l’enfance m’ont mis ainsi en haleine. Je mesure ce que nous perdons en nous fondant dans le moule. Je comprends ce qu’il gagne à en sortir de choisir ce qui lui plait. Je constate souvent sa détermination à essayer d’autres choix pour ne se laisser enfermer dans ceux qui viendraient le conditionner. Au restaurant. Sur YouTube. Dans la vie en général comme en particulier. Il est libre, Mike !

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et heureux de la vie qu'il se choisit lorsque nous lui en laissons le loisir !! Il goûte le temps alors que nous lui courons après ...

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