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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 13 octobre 2020 10:07:29
Blog
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13/10/2020 – Tu ne me connais pas…. Appelle moi ROCKY !

Incroyable mais vrai. C’est ainsi que Mike s’adresse à moi ce lundi soir alors qu’il entre dans la voiture après le foot. A peine installé dans le siège passager, il se tourne légèrement et dit : « Tu ne me connais pas… appelle moi ROCKY ! ». Sorti de nulle part, cette mise en scène me scotch ! Je le regarde, un sourire aux lèvres car garder son sérieux dans ce genre de moment requiert une étanchéité surhumaine… Stoïque. Imperturbable. Il ne s’éternise pas sur l’instant. Afin d’arrêter toute effusion en réaction à son affirmation, il me menace même gentiment d’un avertissement. « Comme le boxeur et si tu m’embêtes gare à toi ! » Le reste du chemin vers la maison, je songe à la subtilité de cet humour spontané. L’inattendue de ses répliques. Leur identité saugrenue. Leur saveur sucrée bien que brusque. Les marques qu’elles laissent dans les journées qu’elles viennent égailler. Des égratignures sans épines. Des courants d’air sans souffle. Le passage d’ovnis à basse altitude qui nous touchent sans que nous les saisissions. Etranges manifestations. Moments inopinés issus de réactions qui semblent pourtant contrôlées.

A table, quelques heures plus tard, encore absorbée par son show, je l’interpelle pour qu’il répète à son père ce qui aurait pu être une illusion. Sans réfléchir, avec la même expression, droit comme un piquet il reprend mots pour mots ce qu’il m’avait dit.  « Tu ne me connais pas… appelle moi ROCKY ! » Nous manquons de nous étouffer. Le rire, prisonnier par respect, sort de nos yeux percés. Nous ne pouvons dissimuler l’amusement que sa pitrerie suscite. Il ne sourcille. Sérieux. Presque vexé. Sans rien dire il attend. Nous l’interrogeons… « Comme le boxer ? » « Oui ! » Brendan l’invite sur un ring improvisé. En garde, face à sa détermination, il s’apprête à contrer les poings d’un combattant aguerri. Mais le spectacle est plus sombre que drôle. Désarticulé et gauche, Mike arme ses coups sans viser. Il frappe de manière désordonnée. Son intention trahit un mimétisme imaginé plus qu’imité. Sans qu’il l’exprime, la dichotomie entre son interprétation et notre perception dessine le chemin du fantasme au réel. Une vérité implacable et coupable où sa confiance vient s’éteindre au pied de ses capacités. Du héros au clown. Des rires aux pleurs. Ses traits s’assombrissent. La joie fane dans le décore figé. Nous baissons les yeux. Le spectacle s’arrête. Par pudeur, chacun reprend sa place à table. La parenthèse est refermée. L’humour rangé jusqu’à la prochaine irruption sur laquelle nous trébucherons.

Depuis je raconte enjouée le début de cette farce. Je tronque l’histoire de sa suite pour préserver sa légèreté. Pourtant, je le vois encore accablé par le principe de réalité. Lui que la chimère avait porté jusqu’à avouer devenir le héros qu’il voudrait incarner. De son aplomb au trou sans fond où il m’a semblé sombrer en réalisant la vérité. De son audace au désastre du ridicule qu’il a dû ressentir. Je me souviens de mes rêves d’enfant. De toutes les désillusions qui jonchent le sol de mon adolescence. De la rage du refus d’abdiquer pour prouver que l’espoir entrevu d’y croire reste plus fort que le verdict avéré.  Je ne retrouve pas la colère qui m’emportait dans son regard résigné. Son calme dissone avec la violence du parjure. Entre tristesse et patience, il continue. Comme ce soir où pour la seconde année il rentre bredouille des élections des délégués. Face aux mêmes adversaires, il adopte la même stratégie. Part persuadé de les devancer. Rentre battu mais pas désabusé. Je lui pose la question gentiment. Il me dit ne pas avoir encore les résultats, puis se ravise. « Maxime a gagné, mais si nous avions fait égalité il y aurait eu un second tour et j’aurais pu gagner ! » C’est ainsi qu’il vit. Tout n’est que partie remise. Il a la conviction qu’un jour viendra où ce sera son tour.

Est-ce cela la résilience ? Cette capacité à percevoir l’adversité comme dépassée pour poursuivre. La faculté d’avancer vers des lendemains sereins. Ce qui pousse cet autre X Fragile à revenir chaque weekend chez ce concessionnaire, dont les voitures ne lui appartiendront jamais, pour prévoir d’en acheter. Ce qui me force à croire que la société un jour leur ouvrira les bras. Entre illusion et persuasion. L’écart de ce déséquilibre suffit à nous précipiter vers l’avant. Ce mouvement nous sauve du repli. Pour le moment…

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Nous rêvons tous de l'impossible et , le jour où nous ne rêvons plus , nous sommes vieux !! Les blessures sont cruelles et , plus encore , lorsque nous les voyons chez nos enfants . Mais , quelle chance d'être doué de ce bel humour qui enchante la vie .... Bravo Micky pour ce rêve éveillé .

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