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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 02 octobre 2020 10:22:40
Blog
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22/09/2020 – Bonne chance maman !

Je m’apprête à présenter le TED à l’assemblée générale de l’ALGED devant une centaine de personnes. Le téléphone sonne. C’est Mike qui vient de sortir de l’IME. Il m’appelle sur le chemin du funiculaire. Me raconte rapidement sa journée. En vient à m’annoncer, des rires dans la voix, que ce soir il y a à la télévision un match Lyon/Montpellier qu’il souhaite regarder. Il jubile déjà à cette perspective. Il s’en délecte à distance au point de rendre l’envie contagieuse. N’ose me demander la permission. Appréhende le retour à la maison et la discussion avec son père pour obtenir ce que l’émotion l’empêche de contenir. Après avoir tourné autour du pot, pour une raison que j’ignore, il s’arrête brusquement. Un court silence sert de transition. Il dit « bonne chance maman » et raccroche promptement.

Pas le temps de lui répondre. Je comprends qu’il se souvient de mon intervention. Hier soir il m’écoutait répéter sous la douche, en rentrant du sport, le texte appris par cœur en anglais puis en français. Il rechigne toujours à ce que je livre nos secrets mais est fier et réconforté que ce soit désormais dans sa langue maternelle. Alors que je le trouvais pris au piège de l’excitation du match, il me surprend une fois de plus en affirmant son soutien dans ce qu’il comprend mieux que nous l’imaginons. Mon dévouement à la cause. Le temps que je passe à lever le voile sur son existence. Les mots que j’emploie. L’énergie que je déploie. L’envie que je mets à trouver des solutions pour changer sa destinée. Observateur silencieux et discret, il sait toujours trouver les signes pour m’encourager sans me pousser.  Me porter sans m’encombrer. Même lorsque l’incertitude s’immisce et que de nouveaux obstacles surgissent.

Le déséquilibre permet d’avancer. Au bord de ne plus croire en mes démarches pour l’aider, de tomber je me rattrape aux moindres pistes ébauchées. Dans chaque belle histoire se cache l’ombre du doute. Pour arriver il faut échouer, recommencer, persévérer, ne rien lâcher. Prête à abandonner, je trouve l’envie d’y croire et la force de faire. Les prétextes du peu dont je me suffisais avant ne me serviront plus d’excuses. Je réalise que jusqu’à ce jour, je posais des briques pour les contempler et me satisfaire de les avoir fabriquées. Devant moi, elles demeurent immobiles, inutiles. Des objets sans sujet. Des projets avortés. Une somme de gestes vains. Les alibis de mon repli. En les mettant en avant je prétendais plus que j’agissais. L’inertie de leur nature morte n’est pas perdue cependant. Je vais les rassembler, les animer, les transformer pour qu’ensemble elles forment les bases de la prochaine étape : une troisième vie.

Celle dans laquelle je n’ai plus peur de l’énergie cinétique qui m’emporte plus vite que le temps pour les suivre. Les projets s'enchaînent et s'entraînent. D’un livre à l’autre, le TED tisse les liens qui amènent à la BD et conduisent au tout encore diffus mais dont les contours n’arrêtent de pousser. Coquille vide d’un cadre qu’il me faut combler. Du concept à sa réalité, inventer les manques qui l’empêchent encore d’exister. Une formation. Des compétences en devenir qu’il me faut acquérir. Une course contre la montre d’un âge qui le pousse au bout de nos bras. Dans le vide que je n’ai encore construit. Cette réalité qui prend vie au fur et à mesure où il grandit. La peur de ne pas arriver à tout mener de front n’est rien à côté de celle qu’il ressent à ne trouver personne à ses côtés. L’envol de sa sœur rend la situation encore plus aigüe. Heureuse pour elle, je ne peux que constater. L’écart se creuse. La détresse s’installe. Les frustrations des derniers jours illustrent l’angoisse de sa conscience. Nous allons trouver le docteur qui canalisera ses peines de l’expression à l’acceptation. Nous intensifions le sport. Nous l’entourons de bienveillance malgré la violence de ses offenses. Plus nous le soutenons, plus il nous repousse. Il chasse ce que nous substitutions à l’abysse qu’il refuse de subir. Nos tentatives atténuent ce qui le tue. Sa révolte, sourde des bruits que font d’autres que lui, rugit autrement dans les tourments qui l’assaillent. Debout. Fier. Il continue sur la route qui le mène vers demain. Munis de son portemonnaie, il décide de m’échapper pour s’octroyer un plaisir sucré. J’enfouie l’appréhension de sa disparition. Je patiente le temps qu’il me retrouve. De loin je l’observe penaud. Il avance, tête baissée, comme si le poids du monde l’oppressait. Une bouteille de Pepsi à la main, lorsqu’il me voit, il me sourit. Je demande s’il a bien récupéré la monnaie. Il n’ose répondre. Hésite puis avoue ne pas avoir payé ! Une dame dans la queue vers la caisse, le voyant en difficulté avec son billet, paya pour lui avec une pièce de 2€. Prévenance et bienveillance. La croix rousse est un endroit rêvé pour être aidé. Heureux de s’en être sorti, Mike est cependant triste de ne pas avoir réussi. On lui a volé sa détermination parce qu’il avait une hésitation.

Le temps ! Encore lui. Ce facteur aggravant dont nous sommes malades et qui les condamne ! Je l’applaudis pour son exploit. Il recommencera. Je retiens la sympathie de celle qui, faute d’empathie, le priva de son envie…

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