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Michel Sorine
par Michel Sorine
Blogger
Modifié 19 décembre 2018 18:23:28
Blog
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Ensemble, tout devient possible ?
Billet publié le 1er octobre 2014

En mai 2008, dans le cadre de la première Conférence nationale du handicap, Nicolas Sarkozy déclare, lors de son discours d'ouverture, avec le naturel qu'on lui connaît, et sous le regard consterné de Roselyne Bachelot, sa Ministre de la Santé : "Quand je vous vois, je réalise la chance que j'ai de ne pas être handicapé..."

Mis à part l'extrême délicatesse du propos, -chacun appréciera- plutôt commune de la part de l'ex-président, il faut néanmoins en reconnaître la justesse. Oui, c'est un fait indéniable, le statut d'handicapé est globalement assez peu enviable.
Sorti du cadre hospitalier où le handicap est norme et les espaces suffisamment larges, aseptisés et lisses pour se mouvoir harmonieusement en fauteuil roulant, l'environnement extérieur est une jungle inextricable pour celui qui est privé (entre autres) de sa faculté de locomotion naturelle. J'en ai fait l'amère expérience lors de mes premières permissions et sorties en ville ( j'imagine qu'à la campagne, c'est bien pire). Des trottoirs pratiquement toujours en dévers quand ils sont suffisamment larges, souvent défoncés par les travaux successifs, encombrés par les terrasses aux beaux jours ou un 4x4 spécial " 'j'en ai pour 5 mn" ; des pentes certaines, voire infranchissables (en fauteuil) à chaque traversée de rue, des pistes cyclables réservées aux vélos et aux dévers...
Malgré de vrais efforts d'accessibilité (transports, grands magasins, cinés...), la ville n'est définitivement pas conçue pour les personnes à mobilité réduite, certes très minoritaires. Mieux vaut programmer ses soldes ou achats de Noël sur Internet plutôt que de s'aventurer en centre-ville un samedi après-midi de grande affluence. C'est à l'extérieur du cocon sécurisant de l'hôpital que le néo-handicapus bascule réellement dans cette “autre dimension d’être” et vit alors pleinement le traumatisme de la prise de conscience du handicap, avec ses barrières artificielles ou naturelles. Dès lors, il n'est pas toujours simple de s'affranchir avec un sourire imperturbable du poids inouï des contraintes, des dépendances permanentes et multiples, et même du regard des autres. Pas simple de s'épanouir au sein d'une communauté dont les autres semblent issus d'une autre planète. Pas simple de vivre normalement, d'être partie prenante, actif, alors que vous avez un peu la sensation de faire partie du mobilier. Même les animaux domestiques apparaissent plus indépendants, ne sont pas forcément moins propres et amusent plus les jeunes enfants, c'est dire.Oui, Nicolas Sarkozy avait raison. Être handicapé est vraiment naze, pas très bling bling en tout cas. Et contrairement à la problématique de l'exploitation du gaz de schiste, il n'a pas encore officiellement changé d'avis sur le sujet. Moi non plus.
Comme souvent, c'est en perdant beaucoup que l'on mesure l'extrême richesse de ce qu'il vous reste. Dans mon infortune, j'ai la chance de pouvoir envisager une autre vie bâtie sur le socle d'un entourage exceptionnel. Depuis 6 mois, je mesure en effet à quel point ma compagne, ma famille, mes enfants, mes proches, mes amis, mes collègues de travail, mes connexions... sont exceptionnels. Merci à tous ! Tous ceux qui me permettent malgré tout d'envisager la suite avec une certaine sérénité.
A l'instar de Nicolas Sarkozy, vais-je réussir mon come-back ? L'avenir nous le dira. En attendant, j'ai repris progressivement la station assise et mes différentes activités, sous le regard impitoyable du staff médical qui scrute méticuleusement mon cuir fessier après chaque escapade en fauteuil. Je parviens aujourd'hui à cumuler plus de 5 heures par jour hors de ma chambre et je me suis même payé le luxe d'un nouveau grand week-end at home. Pas de doute, mes conditions de vie s'améliorent. Dans l'intervalle, j'ai réintégré le 1er étage et même si je je suis pas pressé de partager mes repas avec mes nouveaux voisins bien cabossés, j'ai retrouvé avec bonheur une équipe soignante plus attentive et homogène. Je retrouve Vance deux fois par semaine au sein du "groupe Fauteuil" où l'on apprend moults techniques de survie sur deux roues en milieu hostile. Petit dernier, je suis également le plus nul de ce groupe, ce qui m'ouvre un large champ de progression. En fin de journée (16h45 en Papoupléglie), je rejoins Agnès pour un tour de parc au soleil, équipés de nos roues à assistance électrique. De quoi s'échapper un peu sans céder à la fuite permanente dans la littérature (quoique le livre de V. Trierweiler,  fort médiocre, ne m'ait pas fait rêver ) ou les séries TV.
J'attends juste le retour de mon kiné préféré, lequel, après ses 3 semaines de congés estivaux, en a pris 5 autres pour achever sa thèse. J'aurais dû lui proposer mon aide. En matière de rédaction, comme en politique, on n'est jamais vraiment fini. Ce n'est pas JF Copé  (...), ou plutôt Alain Juppé qui me contredira. Laissons d'ailleurs à ce dernier le mot de la fin : Chiche !
 

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