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Michel Sorine
par Michel Sorine
Blogger
Modifié 19 novembre 2017 18:58:37
Blog
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Mon père est un vieux roulant !
Billet posté le 27 mai 2014

 

Fêter son cinquantième anniversaire et atteindre en quelque sorte le mi- mandat n'est pas une chose anodine. A cet âge charnière auquel statistiquement on était presque un cadavre plusieurs siècles en arrière, déjà un vieux con il y a quelques décennies et aujourd'hui souvent encore un jeune en sursis, une évidence s'impose : le meilleur est majoritairement derrière vous.

Dès lors, des questions existentielles obsèdent la ou le néo-quinqua : ai-je concrétisé mes ambitions de jeunesse ? Suis- je devenu celle ou celui que je voulais être ? Pour beaucoup de nos contemporains, cette pseudo réussite se justifie par une position sociale dominante et enviable, l'accès aux biens matériels et surtout à la notoriété qui vont avec (merci la télé-réalité).

Pour être « quelqu'un », l'homme  moderne dispose finalement de peu de moyens (hormis les voies criminelles, non évoquées ici). N'en déplaise à un publicitaire devenu sénile et sarkozyste, auteur de la "Farce tranquille", posséder une montre suisse à plus de 3700 euros (3900 francs suisses) ne saurait suffire.

Quels sont ces vecteurs d'aboutissement tant convoités?

L'argent : faire fortune en tant qu'entrepreneur, en affichant une réussite économique exemplaire, et solide.
Le pouvoir : pas de demi mesure, il faut viser la députation, les mairies de plus de 30 000 habitants, les présidences de régions, un rôle central et médiatique dans un grand parti, le gouvernement ou les grands syndicats (faire partie des 751 députés européens, c'est pas génial - Mélenchon et Marine Le Pen se sont fait davantage connaître en racontant n'importe quoi à Paris, qu'en ne l'ouvrant jamais à Bruxelles)
La notoriété : artiste ou acteur bankable, écrivain à succès, journaliste de télévision... pourvu que ça dure. La carrière d'un sportif est à ce titre trop éphémère. On se souvient de David Douillet en tant que gros con, pas tellement du champion et même un mec comme Schumacher s'est oublié tout seul paraît-il.
Si, à 50 ans, vous répondez à un de ces 3 critères (qui implique plus moins les 2 autres), vous pouvez mesurer votre réussite à la longue file de flatteurs, courtisans, prétendus amis, brancheurs, obligé(e)s, envieux, boulets, bavards, beaux-parleurs, suceurs, ex, ...qui s'agite en permanence dans votre sillage.

Malheureusement ces 3 privilèges ne sont accessibles qu'à une minorité (ce qui en constitue la valeur d'ailleurs). Pour tous les frustrés dépressifs, j'expérimente actuellement une nouvelle voie.

J'explique : A tout juste 50 ans, précédé d'une vague réputation de sportif excessif, hyperactif et un peu sympa quand même, enfourchez votre vélo et foncez tête baissée contre un mur. Équipé d'un casque homologué permettant d'éviter le pire, vous sortez quand même très amoché de l'impact. De quoi passer près d'un an sur un lit d'hôpital et sans doute quelques années en fauteuil. Certes les contraintes et sacrifices sont majeurs (préparez vous à renoncer a beaucoup, beaucoup de choses - liste complète sur demande - mais les résultats sont spectaculaires. N'hésitez pas à narrer vos mésaventures à travers un blog non dénué d'un certain humour 3ème degré, qui vous permet de relancer régulièrement l'intérêt de votre public. Vous n'avez jamais eu autant d'amis et vous recevez quotidiennement des dizaines de messages de soutien, de sympathie voire d'admiration, qui vous boostent considérablement le moral et l'ego. Si votre physique est largement diminué, votre statut a pris une dimension certaine. Outre le cercle rapproché qui n'a jamais été aussi proche et dense, votre réseau s'étoffe à grande vitesse : clients, fournisseurs, inconnus, perdus de vue, relations diverses, concurrents, confrères, journalistes, éditeurs… Tout le monde vous aime désormais. Et le phénomène ne semble pas faiblir (pas avant le mois d'août en tout cas) : bientôt vous allez parrainer des épreuves sportives, faire des télés, donner votre nom à un modèle de fauteuil roulant light en carbone ou à une piste cyclable souterraine. La gloire en quelque sorte.

Juste avant cette judicieuse idée d'auto-transformation en icône handisport à texte, j'avais envisagé d'autres options pour mieux vivre ma cinquantaine et m'accrocher à ma jeunesse déclinante. 15 jours avant le grand choc, j'apprenais par sms que ma candidature officielle à la néo paternité était retenue (ce qui constituait déjà un petit choc). Je négociais alors 3 jours de réflexion silencieuse à ma complice intime pour envisager objectivement l'avenir et ces nouvelles responsabilités (l'irresponsabilité du mâle ne diminue pas avec l'âge). L'âge du capitaine était forcément au cœur de cette réflexion purement égoïste. Était-ce bien raisonnable d'être un "vieux" père, qui aura passé les 70 ans quand sa progéniture fêtera son vingtième anniversaire ? J'avais finalement répondu oui à cette question, motivé et heureux à l'idée de connaître ma future et nouvelle descendance (Je kiffe tellement les 3 premiers).

En passant potentiellement de "vieux croulant" à " vieux roulant", la vision de ma paternité à plus ou moins long terme ne s'est pas franchement simplifiée.

Mais le fait de faire une copie juste avant destruction partielle de l'original montre à quel point la nature est bien faite. Faut reconnaître !

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