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par Nathalie Appert
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Modifié 15 octobre 2017 18:44:37
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Je suis devenue maman un jour de juillet 1997, vingt-quatre heures après avoir fait pipi sur un test de grossesse. Ce jour-là, en posant un pied par terre à peine réveillée, assise sur le bord de mon lit, à côté de mon chéri encore endormi, j’ai touché mon ventre et de savoir qu’à l’intérieur, un petit asticot commençait à gigoter, je n’étais plus la même. J’avais deux cœurs, deux foies, quatre reins, deux cerveaux. J’étais deux et cet autre moi non encore prénommé emplissait déjà ma vie. Etre enceinte, si l’on exclut la tristesse de la garde-robe que l’on doit adopter les derniers mois, est un véritable bonheur. Un bonheur unique, incomparable, inégalable. A la fin de la première échographie, mon chéri et moi avons foncé retrouver nos potes au Château, le bistrot de notre quartier qui était devenu notre QG. Nous leur avons montré le cliché. C’était une photo genre polaroïd. Même qualité médiocre mais l’essentiel y était. On distinguait un fœtus de quelques semaines et les amis en furent surpris car c’était inattendu.  Notre enfant serait le premier de la bande. J’en étais fière. J’ignore pourquoi. Au milieu d’un congé maternité rempli d’éclairs au chocolat, de viennoiseries et autres douceurs sucrées, Virgile naquit le 28 mars 1998 et me délivra d’un litre de larmes et de onze kilos en quelques douze heures. Il m’en restait encore treize à perdre. Mon fils avait été bien nourri dès sa conception ! Il était quatre heures du matin et on me l’enleva tout de suite pendant de longues minutes pour le nettoyer car il était gêné dans sa respiration. Je revois encore nettement mon chéri, debout dans l’encadrement de la porte qui me séparait de la salle où était Virgile, me dire en souriant « ne t’inquiète pas, tout va bien ». Mais cela ne me rassura pas. Ces minutes sans avoir vu ni touché mon enfant furent longues et douloureuses. Pourquoi ressentons-nous ça, nous les femmes ? Pourquoi souffrons-nous tant ? Puis on me le rendit et je n’ai plus voulu le quitter. Il était beau, en pleine santé. C’était la plus belle chose que je voyais. Il était parfait. Je suis rentrée à la maison 5 jours plus tard, épuisée, déboussolée. Mon rôle de mère m’apparaissait finalement assez compliqué. Je n’arrivais pas même pas à prendre mes repas du midi tellement j’avais du mal à gérer cette nouvelle organisation de ma vie. J’ai vite perdu mes treize kilos en trop sur la balance ! Puis le rythme s’est régulé. Mon chéri et moi avons trouvé notre équilibre. Nous avons même pu planifier notre mariage. J’étais redevenue mince. Je pouvais rêver à une belle robe de mariée. J’étais heureuse de me marier. J’aimais mon homme et j’allais porter le même nom que mon fils. Un détail important suite à une anecdote survenue à la maternité. J’entendis un matin, alors qu’on me ramenait mon bébé, l’infirmière dans le couloir demander « à qui est le bébé Appert ? ». Je venais de donner naissance à mon fils et personne ne faisait le lien entre lui et moi puisque je portais toujours mon nom de jeune fille. Cette injustice me transperça.

Puis, alors qu’il était âgé de deux mois et demi, j’ai repris mon travail. Comme toute maman à l’issue du congé maternité de base. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps ce jour-là. Cette séparation, c’était aller contre la nature à mes yeux. Quand je vous dis que les femmes souffrent ! Sauf Rachida Dati, trop pressée de chausser ses Louboutins et de retrouver ses dossiers.

Virgile grandit dans l’harmonie et la douceur. C’était un enfant gentil et calme. Un enfant tendre et doux. J’étais folle de lui. Je sentais mon amour pour lui grandir chaque jour un peu plus. A se demander jusqu’où ça pouvait bien aller. Est-ce que ça peut déborder comme une baignoire et faire des dégâts ? Je savourais chaque instant avec lui. Je courais le récupérer à la crèche en sortant du travail à 16h30. Avec son papa nous nous étions organisés ainsi : lui était présent le matin et moi, le soir. Virgile était mon soleil, mon horizon, ma lune, ma boussole, mon étoile. Il a aujourd’hui dix-neuf ans et je l’aime toujours autant. Toute sa vie, je n’ai entendu que de belles choses à son sujet. Les profs ont toujours vanté ses qualités. Plusieurs fois, j’ai entendu des éloges du style « Ah, si tous les élèves pouvaient être comme Virgile, ce serait formidable ! ». Virgile était sympa et en plus c’était un excellent élève. Que vouloir de plus ? Un autre enfant comme lui.

 

En juillet 2000, j’appris que j’étais à nouveau enceinte. Et hop, rebelotte, même bonheur, mêmes éclairs au chocolat, même viennoiseries et à huit mois de grossesse, je ressemblais à un thon qui ne pouvait plus mettre ses chaussures tellement ses pieds avaient gonflé ! Bon, en même temps, un thon, ça ne porte pas de chaussures…

Comme ce fut le cas pour Virgile, je n’eus pas la patience d’attendre l’accouchement pour savoir si mon bébé était une fille ou un garçon. Quand l’échographiste m’annonça que c’était un garçon, j’ai été déçue pendant environ 3 secondes. J’ai souvent entendu les gens autour de moi prétendre que connaître le sexe de l’enfant n’offre plus de surprise lorsqu’il naît. Comment peut-on penser ça ? L’arrivée d’un enfant est quoiqu’il arrive une surprise. Il ne peut en être autrement. Découvrir son visage, son petit corps, les petits sons qu’il produit déjà, constitue une surprise d’une telle ampleur !

Mon deuxième petit garçon eu la bonne idée de commencer à me faire mal vers 6 heures du matin le 7 avril 2001. Ayant dépassé le terme de quarante-huit heures, j’étais de toute façon « convoquée » à la maternité ce même jour à 9 heures pour un déclenchement. Sans le savoir, mon bébé m’épargnait la souffrance supplémentaire qu’entraine cette pratique non naturelle. Je patientai ainsi, faisant les cent pas dans le hall de l’hôpital tout en gérant mes contractions jusqu’en début d’après-midi, où une salle se libéra. L’enfant était bien descendu et je commençai à avoir sacrément mal en même temps que se jouait un France-Angleterre (ou l’inverse !) du Tournoi des 6 nations. Ce qui fit dire à mon mari : « ma puce, je me sauve voir le match chez mes parents et je reviens ensuite ». Je tentai mollement de protester mais il eut le sourire qui me rassura.

Pendant ce temps, chanceuse que j’étais, j’eus le privilège de voir défiler devant mon minou tout un bataillon d’internes venus voir comment se déroule le travail chez une parturiente multipare. Les femmes vivent de drôles de choses quand même !

Le papa revint vers 18 heures et une heure plus tard Lilian pointa le bout de son nez. La sage-femme me demanda de le saisir et de le poser sur mon ventre. Ces instants précieux que je n’avais pas pu vivre avec Virgile, je les vivais enfin avec mon deuxième fils. Un beau bébé de trois kilos six-cents et cinquante-trois centimètres. Cette jolie naissance, ce beau bébé me firent oublier l’angoisse survenue à sept mois de grossesse quand l’échographiste m’envoya consulter un professeur de médecine à l’hôpital Necker, afin de vérifier la rate de mon bébé qui saignait in utéro. Il parait que « c’était courant mais il fallait mieux vérifier ». Instantanément, je m’effondrai en larmes seule devant le médecin (cela paraitra peut-être curieux mais jamais mon mari n’assista aux échographies. Il vint cependant rencontrer ce professeur à Necker et nous en sortîmes complètement rassurés).

Après l’accouchement, je fis le plus court séjour à la maternité. Je déteste les hôpitaux. Mais ô combien ce fut une erreur de rentrer si vite chez moi dans la maison que nous avions achetée quelques mois auparavant pour y installer notre nid familial. J’étais épuisée.

Cet état de fatigue trouvant ses meilleurs alliés chez nos hormones bien décidés à nous chambouler émotionnellement de surcroît, je garde de ces premiers jours avec Lilian un souvenir au goût doux-amer. D’autant que je ne réussis pas à l’allaiter. Je n’avais pas réussi à allaiter Virgile non plus. Ce geste qu’on dit naturel se révèle tellement compliqué pour certaines femmes. Ce fut mon cas et ce fut par deux fois une vraie déception. Heureusement, vite oubliée.

 

L’arrivée de Lilian coïncida quelques mois plus tard avec l’entrée en maternelle de Virgile. Ce qui me permit de mieux « gérer » ce nouveau bébé. Au deuxième enfant, on a déjà tiré quelque expérience de la précédente naissance et je me revois encore dire à Lilian, installé dans son baby relax, le ventre plein mais pleurnichant encore : « eh oh, tu permets ? C’est à mon tour de manger maintenant ! ». Jamais je n’aurais pu dire ça à Virgile sans ressentir une abominable culpabilité ! Ayant harcelé (le mot n’est pas trop fort) la directrice de la crèche de notre petite ville, j’obtins une place pour Lilian et repris mon travail au quatre cinquième, deux mois et demi après sa naissance. Ainsi mes deux fils connurent la crèche et non les nounous parfois hasardeuses. J’étais pleinement rassurée et pris un nouvel abonnement chez le pédiatre car, tout comme son grand frère, Lilian attrapa méticuleusement toutes les maladies des petits copains de collectivité. L’avantage, c’est qu’une fois sortis de la petite enfance, mes loulous ne furent plus jamais malades.

Vers l’âge de dix-huit mois, Lilian commença à dévoiler un comportement inquiétant. Il s’isolait sans arrêt des autres petits de la crèche. Il ne supportait pas qu’on le touche. Il développait toutes sortes de rituels qui, s’ils n’étaient pas respectés par l’adulte le mettaient dans des crises de nerfs terribles, des hurlements que rien ne calmait. Un exemple, si je venais le chercher à la crèche alors qu’il était en train de prendre son goûter assis avec ses petits camarades autour de la petite table, il perdait tout contrôle car je perturbais sa routine. J’avais beau tenter de le calmer en lui disant « prends ton temps mon chéri, maman a tout son temps, finis ton goûter tranquillement », j’étais la goutte d’eau qui faisait déborder le vase car, nous l’ignorions encore, la journée entière à la crèche devait être pour lui bien fatigante. Trop de stimuli, trop d’enfants qui s’agitent… A la maison, le soir au moment du bain, il réclamait de se déshabiller tout seul. Mais enlever un body quand on a à peine deux ans, ce n’est pas chose aisée. Mais il essayait à tout prix et se retrouvait coincé avec le body étroit encore à moitié sur son corps et la tête prisonnière du jersey de coton, un bras en l’air, un bras en bas, paralysé. Il me fallait intervenir. Et bien souvent, une colère naissait car, ça aussi nous ne le savions pas encore, Lilian ne supportait déjà pas l’échec.

Commença alors notre long chemin…

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C'est très émouvant, on a envie de connaître la suite! nono
« Épisode » bien joyeux à lire ! Ton don pour écrire apparaît de plus en plus évident au fil des lignes. Bravo. JP

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