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Le Roi du Tranquille, le stress de la rentrée des classe.. (billet 15)

par Nathalie Appert
Blogger
Modifié 05 mai 2018 07:19:05
Blog
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Jusqu’à la fin de la primaire, nous n’avons pas eu trop de difficultés pour obtenir le nombre d’heures par semaine en « aide humaine » pour employer le terme officiel. Là où cela coinça souvent en revanche, c’était pour arriver à faire comprendre à l’administration que Lilian avait besoin de garder la même AVS d’une année sur l’autre. Et alors là, chacun dans le camp d’en face s’employait, lors des réunions ESS notamment, à essayer de nous démontrer qu’il était important que Lilian ne développe pas trop d’attaches affectives avec son AVS afin de ne pas souffrir d’une éventuelle séparation. Cela avait le don de m’agacer à un point ! Je bouillais d’autant plus que ces propos émanaient de la psy et du médecin scolaires, ces deux mêmes personnes qui « sévirent » tout au long de la scolarité de Lilian puisqu’elles couvraient tous les établissements sur le secteur de notre commune, personnes qui ont dû côtoyer Lilian en tout et pour tout quinze minutes !!! La psy avec son habitude d’arriver en retard, l’air de sortir de son lit et d’avoir fumé un pétard en venant, m’insupportait. Quant au médecin scolaire, elle a dû prendre la parole une ou deux fois en dix ans mais l’ayant vite renvoyée dans ses pénates tellement ses arguments ne tenaient pas la route, elle s’est faite beaucoup plus discrète les fois suivantes. In fine, on peut dire pour reprendre l’expression d’un célèbre nanard du cinéma français, qu’elle et la psy étaient comme le H de Hawaï, elles ne servaient à rien !

Pourquoi fallait-il que Lilian ait la même AVS d’une année sur l’autre ? Eh bien, pour éviter chaque année de reprendre à zéro, pardi !!! Ce qui nous aurait fait perdre facilement un mois ou deux. Comment penser qu’une personne nouvellement placée auprès de Lilian puisse comprendre comment il fonctionne instantanément ? Il faut du temps pour connaître Lilian et par conséquence pour commencer à lui apporter une aide efficace. Laisser la même AVS en place d’une année sur l’autre permet de capitaliser le travail fait par l’AVS. Et dans le cas de Nathalie C., le fait de la voir auprès de Lilian pendant trois années fut une bénédiction immensément profitable. La perdre dès la fin du CE2 aurait sans doute énormément influé sur la réussite de Lilian en primaire.

On dit que le bon sens est la chose la moins bien partagée. Je crois que c’est vrai. Tant de gens agissent en dépit du bon sens. Qu’il est pénible de devoir lutter simplement pour faire passer le bon sens avant tout !

Lilian termina son cycle de primaire avec deux autres enseignants formidables. Alors, petit à petit, j’ai commencé à croire, qu’en dépit des prévisions pessimistes entendues tout au long de sa scolarité, Lilian avait de belles perspectives scolaires devant lui.

Lorsque Lilian entra au collège, là encore, nous fîmes le dossier de demande d’AVS en temps et en heure. Rien ne manquait, toutes les pièces à fournir étaient fournies. Et pourtant, le jour de la rentrée en sixième, point d’AVS ! Panique au collège ! L’adjointe du principal essaie de joindre l’inspection académique, bizarrement inscrite aux abonnés absents ce jour-là. Il est drôle de constater qu’au sein de cette grande maison qu’est l’Education Nationale, ils n’arrivent même pas à communiquer entre eux ! En fin de matinée, la conclusion tomba : l’inspection académique avait « bouffé » le dossier pendant la période estivale !!! Lilian dut son salut à la bonne volonté d’une surveillante qui se proposa spontanément pour tenir le rôle durant toute l’année, partageant ses heures entre sa fonction de pionne et son nouveau rôle d’AVS. Elle s’appelait Véronique. Une fille vraiment sympa et dynamique. Parfaite dans son rôle. Lilian l’apprécia beaucoup. Elle n’aurait pas été contre le fait de « rempiler » l’année suivante. Seulement voilà, dans sa grande inaptitude à intégrer le changement, l’Education Nationale était incapable de régulariser la situation de Véronique et surtout d’officialiser dans son dossier son expérience d’AVS à raison de vingt heures par semaine, les vingt autres heures en tant que surveillante. Son contrat ne pouvait être modifié, juridiquement, on ne savait pas faire ! Aussi, ayant été une AVS clandestine, elle ne pouvait pas figurer dans les effectifs d’AVS existants et disponibles ou alors, il eut fallu qu’elle renonce à son contrat de quarante heures en tant que surveillante, pour signer un contrat de vingt heures en tant qu’AESH (accompagnant d’élève en situation de handicap) exclusivement. Si si, c’est vrai. Je ne mens pas. Tout cela est du vécu. Qui pourrait bien être volontaire pour troquer une rémunération sans doute déjà pas bien élevée contre un salaire mensuel d’à peine huit cents euros nets ?????

Un(e) nouvel(le) AVS serait donc placé(e) auprès de Lilian en début de cinquième.

Durant l’année, un jour de grand agacement et alors que j’étais au bureau, j’envoyai un email à la secrétaire d’Etat en charge des personnes handicapées, madame Marie-Arlette Carlotti. Un email d’une dizaine de lignes, simplement pour lui signifier notre exaspération face à l’immobilité de l’Education Nationale (les deux ministères étant censés travailler ensemble), ce mammouth, qui, s’il avait été une entreprise privée aurait mis sans doute la clé sous le paillasson, incapable qu’il était de s’adapter dans un environnement en pleine mutation. Un email jeté comme une bouteille à la mer, sans espoir de réponse.

Arriva le jour de la rentrée en cinquième. Et rebelotte, alors que comme d’habitude tout avait été fait dans les règles et délais pour le dossier de demande d’AVS, à nouveau, l’inspection académique avait égaré le dossier de Lilian pendant l’été et aucun(e) AVS n’avait été nommé(e) pour Lilian. Très vite, l’adjointe du principal du collège réagit et eut l’inspection académique au téléphone (un progrès déjà). Elle vint me parler (j’étais restée au collège un peu plus longtemps). Mauvaise nouvelle. Elle m’annonça que le recrutement de l’AVS n’ayant pas été fait, il fallait relancer la procédure et que cela prendrait sans doute deux mois avant qu’une personne arrive. Cette personne serait de surcroît une AVS du Pôle Emploi (c’est-à-dire possiblement sans qualification) car tous les AVS avec statut d’assistant d’éducation (et donc avec au minimum le bac en poche) étaient déjà en poste.

Je partis au bureau et pleurai de rage. Lilian ne pouvait pas se passer d’AVS pendant deux mois. C’était le mettre en grand danger.

Dans le milieu de la matinée, il se produisit un évènement que je qualifierais de presque jouissif… Mon téléphone portable sonna. Je décrochai et entendis une dame me dire : « Bonjour, vous êtes madame APPERT ? » Moi : « oui ». Elle : « Je vous appelle suite à l’email que vous avez adressé à madame Carlotti au printemps dernier. J’aimerais savoir comment se passe la rentrée de votre fils. » Moi : « eh bien, madame vous tombez bien, mon fils n’a pas d’AVS, le dossier a été perdu pendant l’été. »

Je passai presque une demi-heure au téléphone avec elle, lui relatant tout notre cheminement, la galère de l’année précédente également. Elle était vraiment très sympa, à l’écoute, compréhensive. Elle conclut la conversation par un : « Ok, je m’occupe de votre dossier, je vous rappelle demain matin ». Nous étions mercredi. Elle me rappela comme convenu le lendemain matin et m’annonça : « c’est bon, votre fils a une AVS avec statut d’assistant d’éducation qui arrive lundi prochain ! » Bénie soit cette femme !

Voilà où il faut en arriver pour faire avancer le schmilblick dans ce pays. Il faut « taper » plus haut. Faire des courriers sans cesse, se plaindre, réclamer et presque menacer. J’ai été interviewée il y a quelques années pour le magazine Déclic édité par Handicap International. A la journaliste qui me demandait si j’avais une devise, je lui répondis : « oui, mordre et ne pas lâcher ». Elle s’en amusa mais comprit bien le pourquoi d’une telle devise, un poil guerrière. Elle la publia dans son article.

Désormais, lorsque je suis en colère, insatisfaite, j’écris à des responsables. Ne dit-on pas qu’il vaut mieux s’adresser au Bon Dieu qu’à ses saints ? J’envoie toujours mes lettres en recommandé. On est obligé de fonctionner ainsi et pas seulement dans le domaine du handicap. Il y a quelques mois, j’ai eu un accident du travail qui m’a tenue éloignée de mon bureau pendant cinq semaines. J’ai repris mon travail fin février et je n’ai perçu la totalité de mes indemnités qu’en mai, après avoir adressé un courrier au directeur de la CPAM de mon département. Un courrier courtois, dans lequel je glissai avec humour quelques phrases moqueuses dénonçant ainsi l’inefficacité de ses services. Il reçut la lettre un mardi et curieusement, le jeudi de la même semaine, le reliquat de mes indemnités (presque deux milles euros) était versé sur mon compte bancaire. N’est-ce pas un scandale d’être obligé d’agir ainsi ?

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