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par Nathalie Appert
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Modifié 20 novembre 2017 10:35:44
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En cette année 2007, Lilian entra en CP. Il venait de passer trois années en maternelle, accompagné dès la petite section par Dalila, sa première et formidable AVS. Cette première expérience de scolarité avait montré déjà à quel point le milieu ordinaire était profitable pour lui. Pourtant il y eut beaucoup d’adaptation à mettre en place. Lilian n’allait pas à l’école l’après-midi. Il était trop fatigable. Durant son année de petite section, il fut gardé les après-midis pendant quelques mois au domicile d’une autre famille sur le mode « nounou partagée ». La nounou en question s’appelait Josiane Verrou*. J’aurais dû me douter qu’avec un tel patronyme, ça ne pouvait pas fonctionner. L’ennui, c’est que nous n’avions pas trouvé d’autres moyens de garde. Lorsque je la rencontrai pour la première fois, j’aurais dû là encore réaliser qu’une femme qui a de tels ongles, façon crochets jaunis par la cigarette ne peut pas être une bonne nounou d’enfant. Elle me prouva vite qu’elle était dans ce domaine peut-être pas ce qui se fait de pire mais presque. Elle fumait en présence des enfants et me balança, un jour où je venais chercher Lilian qui m’attendait debout derrière la porte d’entrée en pleurant, que mon fils n’avait pas de problème, qu’il était juste mal élevé. Par chance, moi j’étais bien élevée ce qui lui évita de ramasser une baffe dans la gueule (oups, pardon) !

Mon mari et moi étions donc contraints de trouver une autre nounou. C’était indispensable pour le bien-être de mon petit gars et indispensable aussi pour moi qui étais rongée par la culpabilité de laisser mon fils entre les mains de cette vieille sorcière. Lorsque je lui annonçai que nous avions trouvé une nouvelle et jeune nounou, elle me dit avec la méchanceté qui la caractérisait : « oh, eh bien, elle va se faire bouffer, la pauvre !! » Bougre d’idiote !

La providence vint d’une collègue de mon mari dont la fille tout juste diplômée en puériculture cherchait un premier emploi. C’est ainsi que Marion entra dans la vie de Lilian. La douce et belle Marion. Une sorte de fée qui mit en pratique immédiatement tout ce qu’elle venait d’apprendre à l’école de puériculture. Lilian était chaque après-midi choyé, dorloté par cette frêle petite blonde d’à peine 19 ans. J’étais tellement heureuse et rassurée.

Cependant, à l’école, bien que faisant l’objet de toutes les attentions de la part des enseignants, de la directrice, des atsem, Lilian vivait des situations absolument inimaginables et cruelles. L’enseignante me raconta un jour que pendant les récréations, Lilian n’arrivant pas à se mêler aux autres enfants pour partager leurs jeux, il avait coutume de s’allonger devant la porte sous le préau, comme un chien qui attend de rentrer dans la maison de ses maitres. Cette vision me fit tellement de mal ! Mon petit ange blond avec ses beaux yeux couleur noisette souffrait tellement de ne pas parvenir à jouer avec les autres, qu’il patientait ainsi, par tous les temps. Lorsque je demandai pourquoi aucun adulte de l’école ne le prenait-il pas avec lui pour le faire jouer ou dessiner dans une salle, on me répondit que les adultes n’avaient pas le droit d’être seuls avec un enfant. La peur des pédophiles empêchait tout bon sens de s’exprimer. Le soir venu, je couvrais Lilian de tout mon amour, espérant compenser ses moments de solitude. Malgré cela, nous mesurâmes très vite les progrès que Lilian faisait grâce à l’école. Il continuait à ne la fréquenter que le matin et l’après-midi il était à la maison. Mais Marion nous quitta à l’issue de la petite section car, et c’était bien naturel, elle avait envie d’avoir un vrai travail, plus rémunérateur. J’ai dit au début de mon histoire comme j’étais contente que Lilian et son frère aient fréquenté tous deux la crèche plutôt qu’être confiés à des nounous « hasardeuses ». Eh bien, après cette douce expérience avec Marion, nous n’étions hélas pas au bout de nos peines. Après la sorcière, nous eûmes la bimbo.

Nous rencontrâmes cette femme, nounou postulante, par le biais de notre voisine et amie, Françoise. Françoise était maman d’une petite fille un peu plus jeune que Lilian. Je ne sais comment elle avait recruté cette personne. J’étais sceptique. Rien à voir avec Josiane Verrou. Un genre tout à fait différent. Mais un genre tout à fait « sympathique » cependant. Surtout vis-à-vis des hommes ! 45 ans, (fausse) blonde, mince, bronzée toute l’année, french manucure. L’énoncé du CV ? Assez drôle. Avait été directrice commerciale dans la mode. Avait travaillé dans le milieu de la nuit. Et avait exercé d’autres jobs assez vagues. Moi, je traduisis ainsi : directrice commerciale = vendeuse dans un magasin de fringues ; travailleuse dans le milieu de la nuit = strip-teaseuse. Ça se sent quand quelqu’un essaie de vous rouler dans la farine. Encore une fois, elle était  plutôt sympa, le genre bonne copine qui vous traine sur les dance floor à Ibiza, mais quand je rentrais le soir et que je la trouvais sur ma terrasse assise en train de fumer et de pianoter sur son portable, Lilian jouant tout seul sur la pelouse, ça m’agaçait un peu. Mais Lilian semblait parfaitement heureux, c’était bien là le principal. Alors je n’ai jamais rien dit. Je me fis une raison : il ne fallait pas compter sur elle pour inventer des petits jeux avec Lilian comme l’eut fait Marion. Cependant, le pompon fut ce jour où, rentrant un peu plus tard que d’habitude, je la trouvai en train d’attendre le grand frère de Lilian à l’arrêt du bus scolaire devant la maison. Mais je faillis m’étrangler quand je vis la tenue que portait la nounou. Toute de cuir noir vêtue, moulée comme le serait un boyau sur une saucisse, perchée sur des talons hauts. Dieu sait que j’adore les talons hauts (surtout version Louboutin ou Jimmy Choo) et que j’aime aussi les vêtements de cuir, mais là, franchement, c’était plus que ce que mon esprit fashion ne pouvait encaisser. J’avais l’impression que mon fils était attendu par une pute !

Enfin, en même temps, une pute, c’est avant tout une femme et je refuse de jeter la pierre à ces femmes dont la vie me semble être tellement difficile. Donc, je décidai de ne rien dire et plutôt d’en sourire. Lilian et Virgile ne percevaient rien de cette situation. La seule chose que je pouvais craindre, c’était le regard des autres mères qui attendaient leurs petits à côté d’elle et là encore, je me dis que question fashion, peu d’entre elles avaient suffisamment d’arguments pour formuler une critique recevable. Ma nounou était funky, certes, mais Lilian avait l’air de bien l’aimer, surtout lorsqu’elle l’emmenait (rarement toutefois car je ne l’eus pas accepté) dans sa voiture décapotable. Quand je rentrais le soir, jamais il ne pleurait. Et puis un soir la nounou m’annonça qu’elle devait nous quitter pour trouver un « vrai » travail car la Caf venait de lui tomber dessus et lui réclamait un an de RMI. Ça sentait la fraude aux aides sociales…

 

De nouveau, il nous fallut nous mettre en recherche d’une autre personne pour garder Lilian les après-midis. Je posai une annonce à l’entrée de l’école maternelle et du foyer rural de notre petite ville. Ce fut une autre maman qui, quelques jours plus tard, vint me trouver pour me dire « vous devriez poser la question à madame C. Elle est à la retraite mais elle aimerait continuer à s’occuper d’enfants ».Je n’ai jamais eu l’occasion de remercier cette femme qui m’avait donné ce conseil. Et pourtant, elle l’aurait mérité.

Madame Christine C. était une des maitresses de la maternelle, fraichement retraitée. Une maitresse avec une formidable réputation. Je l’appelai donc illico et c’était ainsi que pendant les sept années qui suivirent, Lilian n’eut plus qu’une seule et formidable nounou. Christine. J’ai eu l’occasion de lui dire notre gratitude mais je ne sais pas si elle a mesuré à quel point nous avions apprécié qu’elle s’occupe de notre fils. C’est formidable de voir votre enfant confié à une femme avec qui une relation presque familiale se développe. Madame C. fut pour Lilian une troisième grand-mère. Elle le nourrissait bien, lui faisait faire plein d’activités. C’était idéal.

*le nom a été changé dans un souci d’anonymat.

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Les gens c’est comme la vie il y a du bon et du moins bon, des fois de l’admirable, des fois du détestable et tu navigues au milieu en essayant de pas attraper le mal « de mère «. JP
Que de rebondissement dans ta vie ma très chère Nath! On rit, on pleure avec tes histoires! nono

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