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par Nathalie Appert
Blogger
Modifié 04 janvier 2019 18:45:17
Blog
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Le Roi du Tranquille, lorsque l'école peut mieux faire...

Nathalie, maman de deux garçons de 19 ans et 16 ans, nous conte la vie d’une famille francilienne ordinaire confrontée au handicap sur son blog via Hizy. Ici, elle témoigne de ses rapports pas toujours faciles avec les enseignants, tout en rendant hommage à ceux qui ont été «absolument formidables» avec Lilian, son fils porteur d'autisme.

«L'école n'est pas un lieu de thérapie»

Durant le laps de temps où nous essayâmes de mettre en place avec cette psychologue un suivi digne de ce nom pour notre fils, elle suggéra de rencontrer une fois par mois pendant environ une heure, l’institutrice, madame N., afin d’apporter son aide à l’enseignante. Cela me semblait une excellente initiative que de vouloir mettre en place une forme de collaboration entre professionnels, histoire d’avancer dans le même sens. Mais pour cela, il fallait que j’aie l’aval du directeur de l’école. Je lui écrivis donc une petite lettre pour lui expliquer la démarche. La réponse ne se fit pas attendre. Un après-midi, à la sortie de l’école, Lilian courut vers moi, tout fier, un sourire parcourant son beau visage d’une oreille à l’autre, tendant dans ma direction une lettre. Je l’ouvris immédiatement. C’était un refus catégorique, explication (je cite) : « l’école n’est pas un lieu de thérapie ». Une fois de plus, j’étais bouleversée par ce refus car, cruellement, il m’était parvenu via la petite main de Lilian. Mon loulou tout fier d’être porteur d’un message important par lequel on lui enfonçait la tête sous l’eau ! J’avais une boule au ventre, envie de pleurer. Ces expériences, les unes derrière les autres, ou plutôt les unes sur les autres, empilées à la manière d’un millefeuille, ne faisaient qu’attiser ma rage et accroître ma détermination à ne jamais lâcher face à ces « gens-là » ! Cette corporation hermétique et méfiante.

«Votre gosse, on va le prendre, on est obligés !»

Je n’ai jamais vraiment apprécié ce directeur d’école. Dès le début, il s’était montré désagréable. Enfin, disons, qu’il affichait plutôt sa volonté de terminer sa carrière peinard, sans avoir à gérer des dossiers un peu contraignants. En même temps, je sais très bien qu'être directeur d'une école primaire, c'est beaucoup de travail pour peu de reconnaissance. 

Notre premier contact fut par téléphone. C’était avant l’entrée en CP de Lilian. Je l’avais appelé car, étant tout de même assez inquiète (mais surtout prévoyante) quant à la soi-disant incapacité de Lilian à continuer sa scolarité en CP, je souhaitais en parler avec lui. Aussi, je lui demandai comment il voyait la chose, s’ils avaient déjà eu de jeunes autistes à l’école. J’avais juste besoin d’entendre quelques mots rassurants du style : « ne vous inquiétez pas Madame Appert, nous sommes ravis d’accueillir Lilian et toute l’équipe fera de son mieux pour qu’il se sente bien à l’école. Etc. » Au lieu de cela, j’eus ce commentaire : « Ne vous inquiétez pas Madame Appert, votre gosse, on va le prendre, on est obligés ! ». Bonne entrée en matière !!!! Par la suite, chaque fois que nous eûmes des contacts avec lui, ce fut à l’occasion des réunions dites ESS (équipe de suivi de scolarité), réunions où toutes les personnes intervenant de près ou de loin autour de Lilian étaient censées être présentes. Il y avait donc l’enseignant(e), le directeur, la référente de scolarité, la psy de l’école, le médecin scolaire, l’orthophoniste et la psychologue qui suivaient Lilian « en ville » comme on dit et nous, les parents. En général, tous les membres de l’éducation nationale se plaisaient à nous apprendre la vie. Notamment la psy de l’école et le médecin scolaire. C’est marrant comme ces gens-là ont tendance à prendre les parents pour des imbéciles. Sans doute songent-ils que les parents, ne travaillant pas eux-mêmes auprès d’enfants, ne sont pas en mesure d’avoir un avis pertinent sur les adaptations à mettre en place pour l’enfant. Mais j’y reviendrai plus tard car j’ai tant à dire sur ce point-là précisément.

Une professeure de mathématiques qui refusait la présence de l'AVS dans sa classe

Par la force des choses, l’école va devoir changer. Elle ne doit plus se contenter d’enseigner. Elle doit à son tour apprendre elle-même, en ouvrant ses portes à d’autres types de professionnels. Les professeurs qu’ils soient en primaire, au collège ou au lycée, sont de plus en plus contraints d’accepter de travailler avec des AVS dans leur classe. Mais nous l’avons maintes fois constaté, ce n’est vraiment pas simple avec certains d’entre eux qui se sentent espionnés. Quelle idiotie ! Au collège, j’ai rencontré un jour une professeure de mathématiques qui refusait obstinément la présence de l’AVS dans sa classe. Elle n’avait d’ailleurs même pas eu envie de nous rencontrer. Je forçai la rencontre. Lorsque je discutai avec elle, je découvris qu’elle était totalement paranoïaque. Un esprit torturé. Mais bon, elle avait décidé de se débrouiller seule avec Lilian. Que pouvions-nous faire ? Nous n’avions pas le pouvoir de lui imposer l’AVS en classe. Fort heureusement, le niveau de Lilian était convenable. Mais si cela n’avait pas été le cas, c’eut été une autre histoire !

«Si j'étais une plante, je serais l'ortie.»

Et puis, à l’inverse, il y a aussi des professeurs qui réclament des AVS pour leurs élèves en situation de handicap. J'ai rencontré tout récemment une jeune professeure d'histoire en collège. Elle me racontait que dans son établissement, il a été décidé de regrouper dans une même classe trois jeunes autistes SANS AVS. Elle m’a dit toute la difficulté qu’elle rencontre à les faire travailler. Pour commencer, ces jeunes ne sont pas toujours en mesure de noter les leçons sur leurs cahiers ! Sans AVS, qui le fera à leur place ? Lilian a longtemps eu beaucoup de mal à prendre des notes. S’il écrivait, c’était au détriment de l’écoute. Il ne parvenait pas à faire les deux choses en même temps. Il pouvait donc revenir à la maison avec une leçon notée dans son cahier dont il n’avait pas compris le sens. Je suis toujours sidérée d’entendre des témoignages concernant des enfants scolarisés sans AVS. S’agit-il d’enfants dont les parents baissent les bras, ou de parents qui, en dépit d’une incessante lutte, ne parviennent pas obtenir cette aide si précieuse ? Personnellement, je ne peux envisager que Lilian aille en classe sans être aidé. Mon mari et moi serions prêts à porter l’affaire devant la justice. Jamais je ne baisserai les bras. Je suis trop têtue. Trop tenace. Si j’étais une plante, je serais l’ortie. Qui repousse tout le temps, qui pique mais qui en même temps est bonne et douce si on la consomme en soupe.

Lilian a eu de nombreux professeurs «absolument formidables»

Pour conclure ce billet, je tiens absolument à apporter une précision. Même s’il est vrai que certains professeurs de Lilian, plus spécifiquement au collège, ont fait montre de peu de bonne volonté, d’autres au contraire ont fait de réels efforts et se sont montrés très ouverts pour parler avec nous, ce qui a permis de « sauver les meubles ». Je sais que dans ce récit, je relate de nombreuses anecdotes mettant en avant des personnes pas très sympathiques, mais il faut rendre à César ce qui appartient à César : Lilian a eu jusqu’à présent de nombreux professeurs absolument formidables, jeunes ou expérimentés et ce serait injuste de ne pas leur rendre hommage.

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