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Zoé Viot
par Zoé Viot
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Modifié 06 mai 2019 17:27:00
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Partir en week-end avec plusieurs enfants handicapés
J'ai testé pour vous....

Rose a passé plusieurs années dans le même hôpital de jour que Valentine, une autre petite fille polyhandicapée. Je suis devenue amie avec ses parents, David et Gaëlle, et, bien que nos filles aient changé de structure d’accueil et soient devenues des grandes saucisses adolescentes, nous sommes restés en contact.

Un soir où nous dinions justement ensemble à Paris, nous avons parlé de la difficulté de partir en vacances avec nos deux ados pleines de manies, de tocs, de troubles autistiques en tous genres qui rendent difficile la cohabitation avec les amis peu habitués à tout ça. De fil en aiguille, on s’est dit que, tant qu’à gérer des gogos, on n’avait qu’à partir ensemble, après tout. On connait bien les problèmes, on sait à quoi s’attendre et comme y’en a pas une pour rattraper l’autre, ça ne nous fait pas peur. Allez, chiche, on loue un gîte et on programme un week-end tous ensemble : David et Gaëlle, Valentine et sa sœur aînée Morgane, Rose, Axel (mon chéri), ses enfants et moi.

Les enfants d’Axel sont mi-figue mi-raisin à l’idée de se coltiner deux gogos pour le prix d’une, mais on a bien prévu le coup avec une offre marketing étudiée : équitationtir à l’arcferme pédagogiquetélé dans les chambresmacDo sur la route, coca/nutella à tous les repas, tope-là. Je crois que David et Gaëlle ont dû aussi faire quelques promesses à Morgane pour qu’elle vienne (un smartphone ? deux semaines à Bali ? va savoir). On est partis, direction le gîte-loisirs de Méry-sur-Seine, dont les propriétaires sont un couple gogo-friendly qui nous accueille avec beaucoup de gentillesse.

Arrivés sur place, Rose et Valentine se retrouvent après plusieurs années et semblent contentes de se revoir. Je découvre que Valentine parle. Elle me demande l’heure, c’est très impressionnant. On lui donne même la vraie heure, la première fois ; Elle réclame aussi des pâtes et hurle « A BRAS OUVERTS » (une association qui s’occupe régulièrement de nos filles, qui partent en week-end avec des accompagnateurs motivés). Elles adorent ça et semblent bien trouver que ce week-end-là ressemble furieusement à un week-end ABO.

Quels progrès chez Valentine ! Je constate que Rose galope de joie, tout en retrouvant illico ses réflexes d’auto-défense envers sa copine qui adore lui chourer ses lunettes et lui coller des beignes par-ci par-là. Rose se marre et se protège du coude. Elles ont reformé le tandem infernal des années 2008-2015, toute leur jeunesse quoi.

Le week-end est bien lancé. Rose galope toujours, sans jamais s’éloigner de moi à plus d’un mètre, c’est son toc du moment. Valentine veut savoir quelle heure il est toutes les 20 minutes, les enfants d’Axel partent faire du tir à l’arc. David va jeter un œil et revient pour nous dire que l’aîné, Camille (qui a un bras dans le plâtre comme d’habitude), rate assez souvent son coup, ce qui pose un problème car Pauline et Antonin (les deux autres donc) sont de part et d’autre de la cible. Axel part en courant.

Valentine veut manger des pâtes et m’attrape les cheveux (elle n’aime pas les queues de cheval). On prépare le repas, je change la couche de Rose. On met la table, il faut exfiltrer Valentine qui pète les plombs si elle entend des bruits de vaisselle (ou des cloches, mais on n’avait pas l’intention d’aller à la messe là tout de suite). On prépare les lits : il faut une chambre seule pour mon gogo qui se lève à 2h du mat pour ne plus jamais se rendormir, une chambre sans point d’eau pour l’autre gogo qui ouvre en grand les robinets, sa passion nocturne. Une chambre pour Camille, Pauline et Antonin avec télévision, une chambre indépendante et isolée pour Morgane, conformément aux accords de branche négociés avec le syndicat des frères et sœurs de gogos, le FGU (fratries de gogos unies) canal historique dont la devise est : un gogo ça va, deux gogos bonjour les dégâts.

On prend l’apéro : Rose, toujours collée à moi en mode poisson-pilote, veut absolument boire le whisky-coca de Gaëlle. On lui propose un autre verre, mais non, elle tient absolument à celui qui contient du whisky, il faut que j’enquête sur le sujet. Le FGU fait mine de vouloir entamer les monsters munch et les Pringles mais les gogos contre-attaquent et récupèrent les paquets pour leur usage personnel et exclusif. Faut pas déconner avec l’apéro chez les gogos (« A BRAS OUVERTS », « APEROOOOOOOOO »).

Un bisou, une baffe, ça galope, Valentine a cassé une assiette, Rose en a profité pour boire le whisky coca, un bisou, une baffe, quelle heure il est, lunettes, « APEROOOOOOOOO », une baffe, ça galope toujours, on arrive à les faire dîner. Elles se marrent bien, toutes les deux, là, elles se croient vraiment en week-end de gogos ma parole, c’est le bordel. On les couche (et on ferme à clé les chambres).

Ouf, enfin tranquilles. On compare les avantages et les inconvénients de nos modèles respectifs de gogos et on se marre. Valentine n’a plus de couches et parle. Ok, mais, moi, quand j’en ai trop ras le bol que Rose me colle, je la fous dehors et elle reste derrière la porte. Si David et Gaëlle font la même chose avec Valentine, elle se tire direct à l’autre bout du monde. Rose aime bien la musique que j’écoute, alors que Valentine ne tolère que les Kids United (on s’est tapés les Lacs du Connemara en boucle tout le week-end). Match nul.

Le lendemain, séance d’équitation ! Rose, qui a une double (et lourde) hérédité de non-sportive totale ne veut évidemment pas en entendre parler, mais Valentine, elle, se met en selle et nous offre en toute décontraction un numéro de gogo-voltige assez impressionnant. Elle enlève ses étriers, s’allonge sur le poney (dont l’œil inquiet reflète une certaine perplexité), lui hurle dans les oreilles et arrache les poils de sa crinière – elle n’aime pas les queues de cheval, les crinière non plus 

Tout ceci sous l’œil attentif et bienveillant de notre hôte, qui coache aussi Pauline qui monte très bien à cheval, en bonne élève qu’elle est. Après le déjeuner nous partons en balade au bord du canal de la haute Seine, c’est très beau. David (1m90 au garrot) se prend une bonne baffe parce qu’il a prononcé un des mots interdits, par mégarde AH ! encore une petite manie créative de Valentine, je sens qu’elle est bien celle-là… Il a dit footing. Il y a un autre mot strictement interdit, c’est baleine. Pourquoi ? personne n’en a aucune idée.

Mais l’effet est immédiat. Pauline, bonne élève certes, mais joueuse, a envie de vérifier cette info : elle crie « BALEINE » à Valentine et s’enfuit en courant. Valentine colle direct une trempe à une autre gamine qui passait en vélo juste à ce moment-là. Oups. Désolée.

Rose ne veut plus s’arrêter de marcher et maintient mon bras dans un étau entre son mini-biceps de poulet et la résine de son corset. Valentine nous rattrape, me fait un bisou mouillé et m’arrache mes lunettes. Axel se marre, paf une baffe, il est quelle heure, il fait beau, on a passé un super week-end avec nos amis et nos gogos aussi.

APEROOOOOOOOO !

D'autres aventures sur mon blog : www.illustrateur.paris

 

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