Devenir le tuteur de son fils ou de sa fille atteinte de handicap semble logique et naturel. Et pourtant ! Mieux vaut s’interroger sur ses motivations avant de dire oui.

Quelle sera la charge de travail du tuteur ?

Avant d’accepter cette responsabilité, il est important d’évaluer le temps que vous devrez y consacrer. Il dépend de différents facteurs : la mesure de protection choisie, les capacités de compréhension de votre enfant handicapé, mais également sa situation sociale et son mode de vie. Exemple : s’il est sous tutelle et qu’il dispose d’un patrimoine conséquent, les actes conservatoires (souscription d’un contrat d’assurance d’un bien, paiement des charges de copropriété d’un logement, etc.) et les actes administratifs (déclaration fiscale, gestion du patrimoine immobilier, etc.) nécessiteront une grande disponibilité de votre part. S’il est sous curatelle, qu’il possède une carte de retrait et qu’il fait des achats réguliers, votre mission de surveillance et de contrôle sera nécessairement amplifiée.

En étant tuteur, suis-je prêt à rendre des comptes ?

La conduite de la vie matérielle du majeur protégé incombe au tuteur et passe par une gestion précise de ses biens. Chaque année, le tuteur doit récapituler les ressources perçues et les dépenses effectuées pour le compte de la personne protégée, avec un justificatif pour les sommes élevées. Une tâche qui occasionne parfois quelques tensions. « Quand je remplis ce compte de gestion, j’ai l’impression de gérer une entreprise », note Alain, qui assure la curatelle renforcée auprès de sa fille Camille. « C’est un des aspects les plus rudes de la mesure, parce que dénué d’humanité. » Par ailleurs, le tuteur a besoin de l’autorisation du juge (ou du conseil de famille créé par ce dernier) avant d’engager toute dépense importante ou de vendre des biens.

Fais-je le tuteur pour de bonnes raisons ?

Il arrive que la tutelle devienne l’enjeu d’un conflit affectif ou financier. « Certains couples divorcés se servent de la tutelle comme d’un moyen de pression sur leur ex-époux : “C’est moi le tuteur, c’est moi qui décide” », témoigne Sébastien Breton, responsable du service juridique de l’Unapei *(1). Outre le fait de trahir la volonté du législateur de placer l’intérêt du majeur protégé au centre des préoccupations, un tel comportement risque d’être perturbant pour lui. « En transformant le majeur protégé en objet de chantage ou de marchandage, les parents nient sa volonté et son autonomie, alors même qu’il est déjà fragilisé par la démarche de mise sous protection. »

Le conseil de famille

Le conseil de famille est une assemblée de parents ou d’« alliés » désignés par le juge des tutelles, en tenant compte des sentiments exprimés par la personne protégée. C’est un des organes de contrôle de la tutelle. Il nomme le tuteur et le subrogé tuteur, il règle le budget de la tutelle et autorise les actes les plus graves (actes de disposition).

L’avis du professionnel : certains tuteurs règlent leurs comptes

Denis Vaginay est psychologue au sein d’un IME.

« Inconsciemment, certains règlent leurs comptes. Être tuteur implique de savoir exercer son autorité, de délivrer de l’argent de poche, d’imposer des règles… sans devenir tyrannique. Cette tâche se complique lorsqu’un lien affectif existe entre le tuteur et le majeur protégé. Dans certaines familles, la mise sous tutelle fait remonter des rancœurs ou des frustrations enfouies depuis l’enfance. Inconsciemment, certains règlent leurs comptes. Le risque le plus fréquent est l’incapacité à considérer l’autre comme un adulte et de l’enfermer dans le rôle du mineur éternel. Cela peut aussi se traduire par un comportement autoritariste, des décisions prises à l’emporte-pièce. Certains tuteurs se transforment en véritable garde-chiourme, avec des effets dévastateurs sur le psychisme de la personne protégée ».

L’avis de la maman : être maman et curatrice

Angèle est curatrice de son fils Philippe, 43 ans, porteur d’un handicap mental associé à des troubles psychotiques.

« J’intervenais et j’arbitrais pour tout et n’importe quoi ! Philippe sait lire et écrire, il sait aller à la banque, mais il n’a aucune notion de l’argent. Un billet de 10 euro ne lui évoque rien, il préfère les pièces… Je suis sa curatrice depuis ses 18 ans. Il m’a fallu beaucoup de temps avant de trouver la bonne distance et de réussir à me positionner : j’avais du mal à gérer ma double casquette de maman et de curatrice ! Du coup, je passais mon temps à contrôler ses faits et gestes, rien ne m’échappait. C’est l’équipe éducative de son foyer de vie qui m’a alertée. Ils m’ont dit de prendre de la distance, d’accorder plus de confiance à mon fils. C’était devenu problématique dans la mesure où Philippe ne parvenait pas à s’intégrer dans son foyer… Je l’étouffais ».

 

*(1) En savoir plus sur l'Unapei.