Sympa, beau gosse, gourmand, équilibré, ouvert aux autres et au monde : tout lui sourit. À distance cathodique, Grégory Cuilleron semble presque trop lisse pour être vrai. Et pourtant… rencontre avec quelqu’un de bien, qui a un vrai point de vue – décomplexé – sur le handicap.

Grégory Cuilleron pour Hizy

Rappel pour ceux qui se seraient trouvés éloignés de la télévision ou des médias ces neuf dernières années : Grégory Cuilleron est le type sympa qui a crevé l’écran dans Un dîner presque parfait sur M6 en 2009. Il a été un candidat brillant et fair play dans Top Chef. Il a mèné depuis l’été 2014 La tournée des popotes, une série documentaire sur France 5. Le principe étant de mixer gastronomie française et découverte culinaire du Mexique, de l’Islande, du Liban, du Portugal ou de Madagascar. Entre-temps, il a succédé à Jamel Debbouze comme ambassadeur de l’Agefiph, et il a présenté les JO paralympiques sur TV5 Monde.

La télé et la réussite avec un handicap

Comment passe-t-on de candidat de téléréalité à animateur ? D’abord, Grégory a une personnalité bien trempée, pas du genre à se laisser manger tout cru. À la tête d’une petite boîte de communication sur la gastronomie avant son arrivée à l’écran, il avait l’expérience des médias.

 

Ma découverte de la télévision a été vraiment positive. Tout s’est passé au mieux.

Le choc et la surprise sont plutôt venus des téléspectateurs et singulièrement des parents d’enfants handicapés qui, dès son premier passage à l’écran, ont été très nombreux à lui écrire leur sympathie.

Beaucoup m’ont expliqué qu’ils voyaient en moi la preuve que leur enfant pouvait réussir avec un handicap. Cela m’a confronté à une image de moi-même – comme handicapé – pour la première fois. Mais j’ai eu du plaisir à les rencontrer et à échanger avec eux.

 

Côté médias, le seul coup de griffe est venu du journal Libération. Pour dire que la saison 2014 de Top chef était nulle et jouait sur le pathos, deux journalistes du quotidien ont écrit que Grégory était là pour « tirer les sanglots » en 2010. L’intéressé s’est alors payé le luxe d’une leçon d’élégance et de style, dans un droit de réponse qui mérite – lui – d’être lu (tapez « Cuilleron et Libé »).

Me faire traiter de manchot ne m’a pas fait boiter, s’amuse Gregory Cuilleron. Les handicapés sont peut-être réputés moins teigneux que d’autres minorités, alors des journalistes peuvent les attaquer juste pour ce qu’ils croient être un bon mot. 

Quand à penser que Greg fait pitié ? Il faut avoir de drôle de lunettes !

J’assume le handicap depuis mes 7 ans

Je n’ai pas de problème avec le handicap, mais honnêtement, avant de passer à la télé, je ne pensais pas qu’on focaliserait sur cette main qui me manque. Je me suis habitué à m’en passer sans chercher l’exploit. Je n’ai jamais eu besoin de prendre une revanche sur quoi que ce soit. Bien sûr, je savais depuis l’enfance que je ne serai pas neurochirurgien, mais pour le reste

Mes parents m’ont toujours encouragé à me débrouiller tout seul, tout en étant présents quand il le fallait. J’ai su faire mes lacets plus tard que les autres, mais j’y suis arrivé. Pour cacher mon agénésie, j’ai porté depuis tout petit une prothèse esthétique. À 7 ans, j’ai demandé à ma mère de ne plus la mettre parce que je la trouvais encombrante : elle m’a entendu et laissé faire. On ne niait pas mon handicap à la maison, mais ma vie n’a jamais tourné autour. Je souhaitais juste ne pas être freiné, ni être à part – comme n’importe quel enfant. D’ailleurs, c’est plutôt mon petit frère, très précoce, qui a eu une enfance un peu difficile et des rapports compliqués avec nos parents. Pas moi !

Cette philosophie, Grégory la tient d’une éducation très libre et d’un caractère affirmé et joyeux.

Le handicap : sa redécouverte et son engagement

Sa longue indifférence au handicap lui a fait découvrir ces dernières années un monde inconnu qu’il apprécie désormais.

Outre l’Agefiph, je me suis engagé pour l’Assedea, qui aide les enfants qui ont une agénésie comme moi. Avec les Jeux paralympiques et le Mondial d’athlétisme de Lyon que j’ai parrainé, j’ai fait connaissance des champions, et certains sont devenus de vrais potes. Enfant ou ado, je n’ai jamais essayé aucun handisport​ et, rétrospectivement, je me dis que c’était un peu bête. De fait, je m’étais tenu éloigné du monde du handicap jusqu’en 2009. Mais si je deviens pour certains un symbole positif et que cela peut aider, tant mieux !

 

Ressources

  • Bluffez vos enfants ! C’est le pari du dernier livre de Grégory Cuilleron. 40 recettes emblématiques de plats préparés, surgelés ou issus du fast-food, mais 100 % faits maison : chips, boulettes de boeuf, hamburger, kebbab, poisson pané, tacos, wraps, gnocchis à la carotte, lasagnes, milkshake, pâte à tartiner… Éd. Mango, 12,95 €, sortie en 2014.