Concilier autisme et vie professionnelle n’est pas une mince affaire. Comment agir avec mes collègues ? Comment (ne pas) décrypter leurs comportements au travail ? On a demandé à Philippe Jeanmichel, autiste Asperger spécialiste de l’insertion professionnelle des personnes handicapées, de nous aider à apprendre les codes de l’entreprise.

Règle de savoir-vivre en entreprise n°1 pour les Asperger

On m’a dit de saluer tous mes collègues le matin, mais cela prend 35 minutes. Qu’est-ce qui cloche ?
« Cette situation peut sembler démente pour un neurotypique. Elle est pourtant si commune chez les aspies qui prennent l’instruction à la lettre. Dois-je n’oublier personne au point de pénétrer dans tous les bureaux ? Dois-je saluer les collègues qui me sont familiers uniquement ? Autant de questions qui rendent la situation d’une complexité déconcertante et posent la problématique des codes sociaux en entreprise. Si vous avez un poste à responsabilités qui vous confère une autorité, vous pouvez tout à fait vous permettre de poser la question « dois-je saluer tout le monde ? ». Si vous êtes accompagné, l’idéal est de suivre votre collègue et de l’imiter. Le cas échéant, optez pour la solution la plus simple qui consiste à ne saluer que les personnes que vous croisez, ainsi que vos supérieurs hiérarchiques. »

 

Règle de savoir-vivre en entreprise n°2 pour les Asperger 

Saluer, oui, mais comment ? Dois-je leur serrer la main, leur baiser la joue ou leur faire simplement un signe ?

« Renseignez-vous sur les codes de l’entreprise afin de respecter les règles de savoir-vivre en entreprise  - la poignée de main étant la coutume la plus courante -. Puis faites-en des règles de conduite que vous vous obligerez à ne jamais enfreindre, sauf s’il s’agit d’un choix volontaire de votre part, auquel cas il vous faudra écrire cette nouvelle règle avant de la mettre en pratique. Vous serez ainsi à l’abri de toute forme d’improvisation, une des pires situations qu’un Asperger, adepte du prévisible, puisse rencontrer. Le « bonjour » verbal, avec inclinaison de la tête, est un salut plus froid. L’option la plus neutre est la poignée de main, d’autant plus que les autistes Asperger n’aiment pas le contact physique. La bise est donc une véritable épreuve. Quelque chose vous chagrine ? Attendez la fin de votre tour pour vous adonner à une introspection sur ce que vous venez de faire ou de ne pas faire qui pourrait vous déstabiliser. »

 

Règle de savoir-vivre en entreprise n°3 des Asperger 

Mon chef me pose des questions en passant mais n’attend pas la réponse. Dois-je lui répondre par mail ?

« Les adultes autistes Asperger ont la fâcheuse tendance d’être très cartésiens et factuels : à chaque question sa réponse. Les interrogations non formalisées deviennent alors problématiques. Pour un autiste Asperger il est très difficile de se mettre à la place des autres. Faites donc très attention aux interprétations : « il n’a pas attendu ma réponse car il pense que je n’en ai aucune / n’a pas confiance / ne veut pas me parler. Cessez cette spirale infernale !  Votre chef n’a certainement tout simplement pas eu le temps, pressé d’entrer en réunion ou de clore un dossier. N’anticipez aucunement une remise en cause de votre travail personnel.
Ces bases étant posées, ne courrez pas après votre patron pour lui apporter une réponse qu’il n’attend visiblement pas.  S’il vous demande si vous allez bien et qu’il s’en va, c’est que ça l’importe peu. Evitez donc de lui envoyer un mail pour lui expliquer combien vous êtes fatigué aujourd’hui. Si la question est d’ordre professionnel, notez-la immédiatement sur votre portable, un papier ou un post-it à portée de main. Dans ce cas précis il vous faudra en effet lui apporter une réponse. Votre supérieur hiérarchique est déjà loin ? Vous lui enverrez un mail dans lequel il trouvera une réponse courte, précise et factuelle.

 

Règle de savoir-vivre en entreprise n°4 pour les Asperger 

Comment  savoir si la personne à qui je m’adresse est intéressée par ce que je lui dis ?

«  La vraie question est : faut-il que cette personne soit intéressée ? Est-il nécessaire d’intéresser quelqu’un ? Ces problématiques renvoient à un déséquilibre, un besoin d’affect. Ce n’est pas à votre collègue de vous préciser son intérêt. C’est à vous de le deviner. Si votre mari ou votre épouse ne vous écoute plus, c’est embarrassant. Mais si c’est son voisin de quartier, et alors ? Dans le milieu du travail c’est la même chose. Il est plus important d’intéresser votre supérieur que votre collègue Henri qui appartient à un service avec lequel vous n’avez aucune interaction. Créez votre échelle de valeur, elle vous permettra de hiérarchiser vos priorités dans votre esprit. Vous pouvez également en parler à vos proches. Ils auront le recul nécessaire pour vous orienter objectivement. N’oubliez pas que le comportement autiste Asperger diffère de celui d’un neurotypique.»

 

Règle de savoir-vivre en entreprise n°5 pour les Asperger 

Mon collègue allume constamment la lumière, ce qui me gêne beaucoup, comment faire ?

« Si vous avez une reconnaissance handicapé (Rqth) , qui devrait engendrer un aménagement de votre poste de travail, exprimez-lui votre gêne gentiment, de façon calme et posée. Si ça ne fonctionne pas adressez-vous au service social ou à votre DRH. Dans tous les cas, il est primordial que vous soyez diagnostiqué autiste Asperger. La reconnaissance de travailleur handicapé vous facilitera votre confort de vie au travail. »

En savoir plus sur les devoirs de l’entreprise pour l’accès et le maintien à l’emploi des travailleurs handicapés

 

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