Etre porteur d’un trouble du spectre autistique, sans déficience intellectuelle, et trouver sa place dans le monde du travail ordinaire, c’est possible. C’est ce que démontre depuis trois ans le Save 68 (Service d’Accompagnement Vers l’Emploi du Haut Rhin) de l’association Marguerite Sinclair. Zoom sur son dispositif pour l’autisme et l’emploi. 

 

 « Cet accompagnement a permis à Brice (*) de surmonter sa grande anxiété et de retrouver la possibilité de se former avec un objectif à long terme au niveau de l’emploi.» Pour les parents du jeune homme de 26 ans, le dispositif de l’association Marguerite Sinclair a marqué un tournant dans le parcours de leur fils, porteur d’un trouble du spectre autistique sans déficience intellectuelle (TSA-SDI). Avec pour seul diplôme un brevet des collèges en raison des difficultés que lui a causées l’autisme en milieu scolaire, Brice a pu bénéficier comme déjà 18 autres jeunes adultes autistes du Haut-Rhin, de ce dispositif expérimental lancé en 2014. Aujourd’hui, après une formation d’auxiliaire bibliothécaire, il travaille comme aide documentaliste.

Le principe du Save 68 ? « Accompagner, de manière individualisée, des adultes avec un TSA –SDI mais qui ont toutes les compétences intellectuelles pour travailler en milieu ordinaire. Le candidat est suivi par un référent unique tout le long du parcours, qui peut durer de deux à trois ans selon les besoins », détaille François Gillet, directeur du pôle adultes de Sinclair.

 

Save 68: médiateur entre le travailleur autiste et l’entreprise 

Une fois son projet professionnel défini, l’entreprise est choisie avec l’accord de la personne autiste,  puis approchée sur la base de ses compétences « En accord avec lui  on annonce et on présente son handicap à l’employeur. Notre rôle est, d’un côté d’accompagner le candidat, de l’autre d’informer l’entreprise. On reste aux côtés de la personne, à temps plein au début pour nous effacer progressivement ensuite : il ne s’agit pas de faire son travail, mais plutôt de jouer les médiateurs entre les « neurotypiques » et le « travailleur autiste », souligne Stéphane Danvin, chef de service de l’association Marguerite Sinclair.  

 

Travailler en milieu ordinaire pour gagner en confiance et s’investir 

Car les employeurs, mais aussi les collègues, ont eux aussi besoin d’être accompagné. Pas évident, pour tout un chacun, de travailler avec un collègue handicapé et surtout comprendre les particularités d’un collègue autiste. « Je n’avais aucune connaissance de l’autisme en général. Lors de ma première rencontre avec m. Willem (*), j’ai fait la connaissance d’un garçon très fermé (…), raconte le dirigeant d’une des sociétés qui a joué le jeu. La référente Save 68  a été d’un grand soutien dans cette aventure. Elle nous a non seulement rassurés, mais aussi m. Willem qui a ainsi pu gagner en confiance et s’investir dans ses fonctions. Seul face à cette situation, je n’aurais pas pu faire en sorte que cette expérience soit une réussite extraordinaire. Notre employé remplit aujourd’hui parfaitement son rôle, consciencieusement. Polyvalent, il maîtrise plusieurs tournées de livraison et est capable de s’adapter au changement.» Le jeune adulte autiste, qui avait un CAP de peintre mais pas d’expérience professionnelle, a fait le choix de devenir chauffeur-livreur après cette expérimentation.

 

Le dispositif Save 68 au service des personnes autistes Asperger

Gain d’autonomie des personnes autistes

84 % des candidats autistes ont un emploi à l’issue de ce parcours, dont un tiers en CDI.  Au-delà des chiffres, la satisfaction est ailleurs : certaines entreprises sont déjà prêtes à accueillir un nouveau candidat avec le Save 68, pour les personnes autistes concernées, la vie a véritablement changé au quotidien, avec, des gains d’autonomie parfois impressionnants dont l’accès au logement indépendant pour certains, et une estime de soi reboostée pour tous. 

 

Comment bénéficier du dispositif Save 68 ?

Le Save 68 est un dispositif expérimental de l’association Marguerite Sinclair qui est en train de se pérenniser. Il est totalement gratuit pour les candidats et il n’y a pas de condition de diplôme. Tout est basé sur le volontariat et les candidats ont été orientés vers ce dispositif par Cap Emploi, Pôle Emploi, l’Agefiph, le Centre ressources autisme de Mulhouse ou les hôpitaux de jours de la région.