Retrouver un emploi après une interruption professionnelle n’est pas forcément un handicap qu’il faudrait cacher. Cependant, cette coupure, dont les causes sont personnelles, appartient au parcours d'un candidat et il faut la présenter lorsqu'on postule. Que dire au recruteur de sa situation ? Comment rédiger un bon CV à trous et se préparer à l'entretien d'embauche en 8 points.

Intégrer les périodes sans travail dans son CV

Le plus souvent, seul le CV est lu. Ce n’est donc pas judicieux de réserver des informations importantes pour la lettre. C’est vous qui décidez des éléments de votre CV. Sachez qu’ils serviront de base à l’entretien.

« Les périodes d’interruption sautent aux yeux du recruteur et lui font peur, expliqueOphélie Yviquel, manager de l’équipe recrutement de l'agence tertiaire Adecco de Nantes. Il vaut mieux le rassurer et lui faire gagner du temps, car un CV est parcouru en quelques dizaines de secondes. Elle préconise de mettre en évidence ces périodes par une petite marque, sans chercher à combler les trous en allongeant les périodes d’emploi. On peut noter par exemple : de telle date à telle date, période d’inactivité pour aider un enfant, un proche ou pour raison médicale. Cela permet de couper court à des questions embarrassantes et de démarrer l’entretien dans le vif du sujet : ses compétences et motivations. »

Penser que le recruteur aussi a des trous dans son CV

« Les raisons des interruptions de travail sont personnelles, elle relève de l’intime, explique Anne-Chantal Bourdillat, consultante, coach et formatrice, spécialiste des questions liées à la maladie chronique. Cependant, si on cherche la meilleure stratégie de camouflage sur le CV, ou à l’entretien, on peut être mal à l’aise et rester focalisé sur ses périodes d’interruption. On risque de manquer sa cible. Aujourd’hui, une personne sur deux a connu des périodes sans emploi. Le recruteur a pu y être confronté personnellement. Cette sensibilité potentielle n’augure pas de la réussite de l’entretien, mais le rend plus humain ».

Mettre en avant les compétences extra-professionnelles

Le CV par compétence est conseillé par les services d’accompagnement à l’emploi. Il est particulièrement adapté pour valoriser les périodes sans travail. Aussi, il focalise l’attention sur le projet professionnel et les compétences, notamment extra-professionnelles. Néanmoins, il faut y ajouter un CV chronologique pour rassurer les recruteurs. Cependant, un CV n’est qu’un outil. « Comme le rappelle Anne-Chantal Bourdillat, sa forme et son contenu dépendent avant tout du message que la personne veut faire passer au recruteur. »

La recherche d’emploi est une activité !

Après un congé pour longue maladie, un un congé proche aidant, la recherche d’emploi est, le plus souvent, consacrée à l’élaboration du projet professionnel. Ophélie Yviquel conseille la transparence. « On sait qu’un candidat qui s’est éloigné de l’emploi plus de 6 mois va mettre plus de temps à trouver un travail qui lui convienne. » Cette période d’accompagnement vers l’emploi est active : recherches, démarches, stages en entreprise, formations. Il faut la valoriser.

« Pour Anne-Chantal Bourdillat, intégrer cette période à son parcours professionnel montre qu’on est capable de se remettre en question, de réfléchir à la meilleure façon de se mettre en phase avec ses valeurs, de se confronter à la réalité, de s’adapter au changement. Ce sont des qualités que recherche l’entreprise. »

Valoriser les compétences acquises sur la période d’interruption

La période d’interruption de travail n’est pas une période d’inactivité. Elle a permis l’acquisition de compétences transférables, comme animer une réunion ou rédiger son compte-rendu. Nombreuses personnes se sont formées durant cette période. Il faut valoriser ces formations, qu’elles soient qualifiantes ou non, organisées ou autodidactes.  « Aujourd’hui, précise Ophélie Yviquel, de nombreux demandeurs d’emploi se sont formés tous seuls, avec des tutoriels, notamment. Aussi, ils ont appris à s’organiser, à chercher les informations au bon endroit. Ces compétences sont appréciées par les entreprises. »

Utiliser la RQTH comme un argument

Indiquer que l’on a une Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) est un choix personnel et stratégique. « Cependant, si des aménagements sont nécessaires, il vaut mieux l’indiquer sur le CV, conseille Ophélie Yviquel. Le candidat peut ainsi mieux gérer cet élément et recentrer l’entretien sur ses compétences. »

Ne pas hésiter à reporter l’entretien téléphonique si besoin

Lorsque votre CV est retenu, il est fréquent que le recruteur vous appelle pour valider la candidature et fixer le rendez-vous de l’entretien. C’est une forme de pré-sélection. Si vous êtes surpris de cours par l’appel ou peu disponible pour bien y répondre, Ophélie Yviquel conseille de ne pas hésiter à  reporter l’échange.  

S’entraîner à parler de ses périodes hors emploi sans émotion

Ophélie Yviquel préconise de s’entraîner à être clair et synthétique. Cela rassure l’employeur. Sans être dans la plainte, ni la colère, dire simplement : « je me suis arrêté pour raison de santé », plutôt que : « au bout de trois années de difficultés au travail à cause de ma santé, j’ai démissionné ».

Tout en fournissant l’information nécessaire, il vaut mieux ne pas donner d’éléments susceptibles d’entraîner d’autres questions. Être concis et clair car l’objet de l’entretien n’est pas la coupure, ni la maladie ou le handicap. Ophélie Yviquel rappelle « vous êtes un candidat comme les autres recruté sur ses compétences et son savoir-être. »

 

Remerciements : merci à

  • Gaëlle Martin Le Bouc’h, Responsable Pôle Handicap & Compétences – Groupe Adecco

  • Anne-Chantal Bourdillat, Consultante, coach et formatrice, spécialiste des questions liées à la maladie chronique

  • Ophelie Yviquel, Directrice du Pôle Spécialistes et solutions emploi à l'agence tertiaire Adecco de Nantes

 

 

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