Il peut être urgent de retravailler lorsqu’on a été malade, handicapé, ou qu’on a consacré son temps à un proche. Pourtant, il faut prendre le temps de procéder par étapes. L’élaboration d’un projet professionnel est un parcours unique et personnel, pour lequel lorsqu’on a connu une grosse coupure au travail, un accompagnement est indispensable.  

Se poser et réfléchir à son projet professionnel

Après un arrêt travail pour une longue maladie, un handicap, ou pour aider un proche, il faut s’autoriser à prendre le temps. « Quel que soit le dispositif choisi, bilan de compétences, accompagnement à l’emploi, coaching, il faut se faire accompagner, explique Anne-Chantal Bourdillat, consultante, coach et formatrice, spécialiste des questions liées à la maladie chronique. Une interruption a des conséquences sur les sphères personnelles, sociales, professionnelles et familiales. Tout l’écosystème de la personne est modifié par l’événement et l’interruption de travail qui en découle. La personne a dû reconstruire un équilibre. Quand elle se met dans la dynamique de retravailler, ce qui est positif pour elle, il va falloir réintégrer cette dimension travail au nouvel équilibre de vie. Je constate qu’il est essentiel, avant de s’engager dans une voie, d’étudier ce nouvel écosystème et de prendre le temps d’identifier toutes ses composantes : les valeurs, le sens, les besoins, les envies, les peurs, les nouvelles contraintes, physiques et financières. Dès que l’on se pose la question du travail,  se faire accompagner et procéder par étapes. »

Parallèlement, le projet de retravailler suscite des questions multiples, toutes d’importance et parfois contradictoires : « qu’est-ce que j’ai fait, qu’est-ce que j’ai envie de faire, quelles sont mes contraintes, dans quels délais je vais retrouver un travail, dans quel secteur ça recrute chez moi ? Sans accompagnement, c’est quasiment impossible de savoir par où commencer », rapporte Claire Caminade, Conseillère technique en charge du domaine emploi, insertion professionnelle à la FNCIDFF (Fédération nationale des Centres d’information sur les droits des femmes et des familles).

Lister les compétences acquises pendant la coupure

La période sans travail est souvent une période active.  On a fait une quantité de choses pendant la coupure, notamment les formations, y compris personnelles, et les engagements associatifs. Le travail bénévole (dans les associations de malades, d’entraide et de solidarité, de parents, de loisirs etc.) a permis de développer des compétences : rédiger des comptes-rendus, organiser des événements, se servir d’outils de communication, utiliser des logiciels de comptabilité.

Cette période de coupure a pu permettre de développer une connaissance du système médical et social, un savoir-faire pour accomplir les démarches administratives. Malade ou handicapé, on peut être devenu expert de sa maladie, de son handicap. Les aidants ont appris les gestes d’aide et de soutien, se sont parfois formés pour acquérir le savoir-faire de soins infirmiers.

« Toute seule devant une feuille blanche, il est difficile de considérer que son expérience extra-professionnelle est valorisable sur un CV. Cependant, en y réfléchissant avec nous, les femmes prennent conscience qu’elles ont développé des compétences, explique Claire Caminade. Une personne voudra peut-être faire tout autre chose, mais c’est à partir de ce qu’elle a fait, qu’elle peut construire son projet professionnel. Au départ, je conseille de ne pas se censurer ».

Des outils pour mettre en œuvre son projet professionnel

Claire Caminade explique qu’il s’agit ensuite de raccrocher ce qu’on a fait, et veut faire, à son projet professionnel. Il devient alors possible de le défendre : « ce que j’ai fait m’amène à vouloir exercer tel métier, dans tel domaine d’activité. ». Il faut ensuite associer son projet professionnel aux facteurs externes : le marché de l’emploi, les possibilités de formations. Quelles sont les étapes pour y aboutir ? « Est-ce que j’ai toutes les compétences requises pour faire ce métier ? Si je ne les ai pas, comment les acquérir ? Quelle formation ? Où va-t-elle se dérouler et avec quel financement ? »

Il existe des dispositifs pour tester la faisabilité de son projet, aussi bien vis-à-vis de ses motivations et contraintes, que vis-à-vis du marché de l’emploi.

Pôle emploi : pour tous les demandeurs d’emploi

Tous ceux qui cherchent un emploi peuvent s’y inscrire, qu’il soit indemnisé ou non, bénéficiaire de l’ASS (allocation de solidarité spécifique) ou du RSA (revenu de solidarité active). Pôle emploi finance des bilans de compétences, de 24 heures sur une période de trois mois, et des formations. Aussi, c’est l’un des organismes prescripteurs des stages en entreprise, appelés Période de mise en situation en milieu professionnel (PMSMP).

Les stages en entreprise

« L’expérience en entreprise permet de se confronter à la réalité du terrain, parce que parfois on a un peu idéalisé le métier, note Claire Caminade. Une bonne question par exemple : est-ce que les conditions et horaires de travail sont compatibles avec mes contraintes ? » 

Accessible à toute personne faisant l’objet d’un accompagnement social ou professionnel personnalisé, un stage (PMSMP) est une première confrontation avec monde de l’entreprise. D’autant plus que pour l’obtenir, il faut convaincre de son projet. Important : cette expérience s’intègre au parcours et elle a sa place sur le CV, car c’est un stage au cours duquel un travail est effectué, même s’il n’est pas rémunéré.

Le financement des formations

Le plus souvent, les financements acceptés par Pole emploi et le Conseil régional sont ceux de formations pour lesquelles il y a des débouchés dans le bassin d’emploi. Pour les obtenir, il faut montrer que son projet est réfléchi, qu’il tient compte par exemple des contraintes liées à la mobilité. D’autres dispositifs peuvent être utilisés, comme le Compte personnel de formation. Le CPF est un compte crédité en euros acquis lors des emplois précédents. Il peut prendre en charge du coût des formations (le plus souvent une partie), y compris du bilan de compétence.

Le bénévolat

Lorsqu’on a pris du temps pour soi et que l’on peut se projeter dans un travail compatible avec sa vie, on peut le tester progressivement. Travailler de façon bénévole est un moyen de regagner de la confiance en soi et en son projet, comme le suggère Anne-Chantal Bourdillat.

Retravailler : s'autoriser à se tromper de projet professionnel

Le projet n’est pas toujours réalisable. Par exemple, les dossiers sont clos pour la formation envisagée et la suivante débute l’année prochaine ou dans deux ans. Il faut revoir le projet, mais ce n’est pas perdu, explique Claire Caminade. « Tous les renseignements pris, les démarches effectuées, je les mets entre parenthèse pour le moment. Cela servira peut-être plus tard. En plus, ces démarches m’ont rendue active. Cela me remet dans le bain et c’est du temps pour moi. Elle ajoute, ce n’est pas rien quand on a passé cinq ans à s’occuper des autres, de prendre du temps pour soi. »

Financièrement, comment se donner du temps ?

La pension d’invalidité, versée par la Sécurité sociale, est une aide qui peut donner du temps. Elle est commuable avec d’autres revenus, notamment un salaire d’un travail à temps partiel.

Il existe aussi des fonds d’urgence au niveau de la sécurité sociale. Les assistantes sociales, employées par la Commune au CCAS ou par le Conseil départemental, peuvent vous aider à monter les dossiers de demande d’aide.

Témoignage endométriose : comment Elodie a trouvé sa voie

Elodie, présidente de l’association Likid Chokola en Guadeloupe

« En tant qu'infirmière, la maladie m’a placée de l'autre côté de la barrière soignant/soigné. Une prise de conscience et une belle et longue leçon d'humilité. J'ai quitté le milieu hospitalier car je ne me sentais plus à ma place en blouse blanche, à cause des arrêts à répétition, et surtout après les hospitalisations et les traitements lourds.

J'ai repris une activité d’infirmière à domicile qui a été rapidement invivable pour moi : physiquement (les horaires, les déplacements en position assise, le rythme effréné), l’absence de prise en charge des arrêts maladie en libéral, et l'implication émotionnelle dans l'intimité du patient que je ne pouvais plus endurer.

L'endométriose m'a orientée personnellement vers les problématiques de santé publique. J'ai profité de mon arrêt pour reprendre mes études. Puis, j'ai fini par trouver un poste en éducation à la santé avec des horaires variables, des temps de repos (surtout) et un épanouissement personnel. J'ai appris à être à l'écoute de mes besoins et j'ai trouvé ma place ailleurs dans le parcours de soins du patient.

Parallèlement à mon travail, je suis bénévole de l’association Likid Chokola, qui a pour objectif de participer à l'amélioration de la qualité de vie des femmes atteintes d'endométriose en Guadeloupe.

Mon conseil : prendre le temps pour se repositionner, se faire accompagner et être à l'écoute de soi. »

Une structure d’informations à connaître : le CIDFF 

On peut trouver un Centre d’informations sur les droits des femmes et des familles dans chaque département. Les CIDFF exercent une mission d’intérêt général confiée par l’Etat dont l’objectif est de favoriser l’autonomie sociale, professionnelle et personnelle des femmes. Ils informent, orientent et accompagnent le public dans les domaines de l’accès aux droits, de la lutte contre les violences sexistes, du soutien à la parentalité, de l’emploi et la création d’entreprise, de l’éducation et de la citoyenneté, de la sexualité et de la santé.

87 CIDFF disposent d’un service emploi et peuvent proposer des accompagnements quelle que soit la situation des personnes au regard de l’emploi. Le public reçu au sein des CIDFF est majoritairement féminin.

L’accompagnement proposé par les CIDFF repose sur l’approche globale et transversale. Il prend en compte tous les aspects de la situation des personnes pouvant avoir une influence ou être un frein à la reprise d’activité (garde d’enfants, situation d’aidance familiale, mobilité, violences…). C’est pourquoi chaque accompagnement est individualisé pour répondre au mieux aux attentes et besoins de chaque personne.

Les étapes de l’accompagnement sont donc variables (remobilisation, reprise de confiance en soi, levée des freins, élaboration du projet professionnel, travail sur les intérêts et les motivations, élargissement des choix professionnels, informations sur le bassin de l’emploi, recherche d’emploi ou de formation, projet de création d’entreprise, organisation familiale) et sa durée est adaptée pour permettre à la personne d’atteindre ses objectifs.

Le CIDFF est aussi le lieu, où rencontrer d’autres femmes qui traversent cette période de doute. Souvent, après les accompagnements en groupes, les participantes se retrouvent à l’extérieur du CIDFF, pour faire des démarches ensemble, aller à Pôle emploi, voir les entreprises. Ceci permet de recréer du lien. 

 

En savoir plus sur les pistes après rupture du parcours professionnel

 

Remerciements : Merci à

  • Anne-Chantale Bourdillat, consultante, coach et formatrice, spécialiste des questions liées à la maladie chronique

  • Claire Caminade, conseillère technique en charge du domaine emploi, insertion professionnelle des femmes au CIDFF

  • Barbara Mvogoh, co-fondatrice de l'association Endomind

  • Marie-Hélène Ortega, infirmière coordinatrice de la Maison des aidants

 

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