Encore convalescent, on peut être contraint à la reprise du travail après une longue maladie pour des raisons financières ou simplement pour reprendre le cours de sa vie. Une décision qu’il faut mûrir pour réussir sa reprise professionnelle. 

Prêt à retourner travailler après une longue maladie ?

Vous avez envie de franchir une étape de la convalescence, d’être au travail et non plus en maladie ? Le banquier tire la sonnette d’alarme ? La Sécurité sociale ou l’entreprise vous encouragent fermement à revenir ? Malgré les pressions, amicales, ou non, sachez que le passage entre maladie et reprise du travail est un moment-clé. Monique Sevellec, psychosociologue, souligne l’importance de prendre le temps de se reposer, de faire le point, de se reconstruire. Ce temps est un atout supplémentaire pour bien reprendre.

Même prudence chez Anne Pauthier, coordinatrice service coaching de la Ligue contre le cancer 75. « La difficulté est de passer de l’état de malade à celui de travailleur. Souvent, la personne vit une bascule identitaire. Les repères sont ébranlés. Il peut y avoir des impacts physiques, physiologiques, cognitifs et une grande fatigabilité, un ralentissement. On a changé après une longue maladie. La stabilité d’avant la maladie est rompue, on aspire à autre chose. Cependant, lors de la reprise, le milieu professionnel aura à terme les mêmes exigences. Il faut prendre du temps se poser la question : pourquoi on retourne travailler ? En fait, on n’est jamais prêt, mais il y a des arbitrages, des compromis et on peut se tromper. Par exemple découvrir face aux tâches demandées, qu’on a beaucoup plus de capacités qu’on le croyait ou l’inverse. » 

 

Anticiper avant la reprise du travail pour longue maladie

Dès que l’on est prêt à parler de la question du travail bien qu’on ait encore des problèmes de santé, il faut réfléchir à la reprise sans pour autant en fixer la date.  

Vous avez besoin de temps pour vous préparer personnellement. Cependant il faut tenir compte des délais d’attente pour obtenir un rendez-vous, du temps qui sépare le dépôt d’un dossier et la réponse qui lui sera donnée, des échéances (du congé, de l’inscription à une formation, des démarches à effectuer).

Sans avoir forcément d’idée précise du moment de la reprise du travail, vous pouvez rencontrer les assistants sociaux de la CARSAT (CRAMIF en Ile de France) qui vous guideront vers les différents interlocuteurs. Eux-mêmes contactent les personnes en arrêt depuis plus de trois mois pour leur proposer un accompagnement au maintien dans l’emploi. Cependant, vous êtes en arrêt de travail de longue durée et c’est vous qui décidez d’y répondre ou pas. Parfois ce n’est pas le moment.

 

Peur de reprendre le travail après un arrêt maladie ?

Anticiper, mais par où commencer ?  « Quand l’idée de reprise du travail fait son chemin, écoutez-vous et recherchez des interlocuteurs : un ami, un psychologue, le médecin traitant, une association de malade…, conseille Anne Roi, responsable d’Unirh Thransition. La période d’arrêt de travail de longue durée peut être active et doit l’être au moins dans la réflexion, mais la recherche d’informations et de conseils ne doit pas prendre la forme d’un marathon. Ce n’est pas une obligation et elle dépend de votre état de santé. Elle conseille de se faire aider dans la réflexion. Tout seul c’est très difficile de réfléchir à son avenir professionnel. Il y a des injonctions tout à fait paradoxales de la part de la famille, de l’entreprise, de ses propres besoins et désirs. La personne est au milieu de tout ça. »

 

Que dire à ses collègues sur les conséquences de la maladie ?

Il n’y a pas de règle, si ce n’est d’y réfléchir avant. Ceci d’autant plus que le handicap ne se voyant pas, les collègues l’oublieront peu après la reprise du travail. Faut-il en parler à son responsable, à son collègue le plus proche, à ceux de l’équipe ? Que dire ?

Anne Pauthier invite à, sans nécessairement parler de la pathologie, en expliquer ses conséquences. « Je suis plus fatigué, j’ai des effets secondaires qui font que je dors mal et que du coup je fatigue et que j’ai un manque de concentration. Ce n’est pas trahir sur ce que l’on a. C’est faire comprendre aux collègues, au manager, les conséquences que cela peut avoir dans le travail, dans le collectif de travail et dans le quotidien.»

 

Comment changer de métier avec une maladie chronique ?

Pour construire son projet professionnel, Anne Roi conseille vivement de se faire accompagner.

« Les personnes atteintes d’un cancer ont le souhait de repenser leur vie.  L’émergence d’un projet professionnel réaliste et réalisable qui se rapproche de leurs aspirations, c’est extrêmement important. Les traitements ont pu entraîner des incapacités qu’il faudra prendre en considération pour mettre en œuvre un projet qui tienne la route sur le plan personnel et économique.

Souvent, les personnes choisissent de reprendre leur poste pour s’appuyer sur quelque chose qu’ils connaissent avant de se lancer dans un autre projet. »

La RQTH peut être un outil pour faciliter sa reconversion professionnelle.

 

En savoir plus sur le retour au travail après une longue maladie :

Un livret qui rassemble des témoignages de convalescentes et les pièges à éviter pour réussir sa reprise.  Il a été réalisé en 2014, grâce à la coordination de Monique Sevellec, psychosociologue, et à la participation,  notamment des patientes de la Maison des patients et des proches de l’Institut Curie.

 

La Ligue contre le cancer, notamment à Paris, dans les Yvelines, en Essonne, propose un coaching individuel et des ateliers collectifs (cerner son rapport au travail – renforcer sa confiance en soi – information sur les dispositifs…)

 

Merci à

Anne Pauthier, coordinatrice service coaching de la Ligue contre le cancer 75.

Anne Roi, responsable de l’équipe Thransition à Union pour l’Insertion et la Réinsertion professionnelle des personnes Handicapées (UNIRH).