Après un arrêt maladie de longue durée, comment s’y prendre lorsque l’on n’a pas encore retrouvé toute sa forme ? A qui s’adresser ? Comment se saisir de ces droits ? Où sont les pièges ? Quelles sont les conséquences financières et professionnelles de la reprise au travail après une longue maladie ? Quels sont les risques de la convalescence au boulot ? 

Quel est le rôle du médecin du travail ?

Le médecin du travail est payé par l’employeur qui y est obligé. Cependant, le médecin du travail est un « salarié protégé », comme un délégué syndical. Il exerce ses missions dans un cadre réglementaire précis : notamment le code du travail qui garantit son indépendance technique et le code de déontologie médicale qui lui impose, comme tout médecin, de respecter le secret médical.

Il peut accompagner votre reprise de travail après une longue maladie, car il connait vos conditions de travail, en tenant compte de votre état de santé, car il est médecin. La visite médicale de pré reprise du travail fait partie des droits du convalescent.

Aussi, il peut, avec votre accord, se mettre en contact avec votre employeur et avec le spécialiste de votre pathologie. Cependant, vous restez seul à décider des informations que vous lui donnez.

« Nous avons été perçus comme des distributeurs d’inaptitude. Ce qui est souvent vécu comme un constat d’échec. En réalité notre objectif est le maintien dans l’emploi, explique Bruno Lozachmeur, médecin du travail à l’AMIEM, Service de santé au travail du Morbihan. Bien sûr si les gens le veulent. Si cela se passait mal au boulot avant la maladie, les salariés n’ont pas forcément la possibilité, ni l’envie d’y retourner après un arrêt de travail pour longue maladie.

On n’est pas là pour imposer un choix, sauf en cas d’obligation règlementaire de sécurité dans le poste du salarié. On est là pour construire avec la personne, à partir de ce qu’elle peut faire ou pas. Une balance à construire ensemble : quels sont bénéfices de retravailler et quels sont les risques ? »

 

Un risque d’être licencié après ma reprise du travail ?

  • Un salarié qui travaille à temps partiel pour raison de santé, sur un poste aménagé, ou sur un poste reclassé n’est pas plus protégé qu’un autre du licenciement économique ou pour faute.
  • Cependant, l’état de santé ne peut être un motif du licenciement.
  • Que l’on ait ou non gardé des liens avec son milieu professionnel, il faut s’assurer que le travail que l’on va reprendre soit défini le plus possible. Si vos horaires, vos missions ont changé, assurez-vous que les collègues et le responsable concernés en soient informés.

« Avant la reprise, Anne-Eve Mathieu, assistante sociale au service du personnel à l’hôpital de Bretagne Sud, conseille toujours de reprendre contact, au moins avec l’encadrement. Ceci permet d’organiser la reprise du travail après une longue maladie, de savoir quelles sont les tâches du poste, de se positionner sur ce qu’on peut faire ou ne pas faire. Un moyen aussi d’être rassuré sur le fait que les difficultés vont être entendues et que la fiche de poste de travail respecte les restrictions. »

 

Perte de salaire et reprise du travail après une longue maladie

Une enquête rapportée par la Ligue contre le cancer révèle que 30 % des personnes qui avait un emploi au moment du diagnostic, l’ont perdu ou quitté deux ans après. De plus un quart de ceux qui ont gardé leur emploi, s’est vu imposer un travail moins intéressant.

Il y a un risque important de perte de revenus si l’on change de métier ou de poste, explique EveAnne Mathieu. « Un aide-soignant, ayant une restriction au port de charge, par exemple, peut être reclassé sur un poste administratif. Cependant, il perd les primes inhérentes à la profession. Il y a aussi des conséquences sur le calcul de la retraite et l’âge du départ. »

Le plus souvent, une prévoyance d’entreprise complète les indemnités journalières de la Sécurité sociale. Votre cotisation est alors inscrite sur vos fiches de paye. Lors d’une reprise en mi-temps thérapeutique, vérifiez que cette prise en charge se poursuit pour la partie du temps non travaillée. Lorsqu’on n’est pas couvert par la prévoyance, on peut demander une aide à la CPAM.

 

La RQTH avec un cancer c’est possible ?

La RQTH peut faciliter la mise en place d’aménagements, l’accès à des formations spécifiques et/ ou à un accompagnement professionnel au cours desquels l’état de santé sera pris en compte. 

 « Le terme travailleur handicapé fait peur, mais la Reconnaissance de Qualité de Travailleur Handicapé est un outil. C’est la personne malade, qui la demande, qui en a la main et personne d’autre. Une arme que l’on a en réserve dont on n’est pas obligé de se servir.  La RQTH est confidentielle et temporaire, explique Anne Pauthier, coordinatrice service coaching de la Ligue contre le cancer 75.

Quand peut-on en faire la demande ? « Il faut que l’état de santé soit stabilisé. S’il y a encore trop de traitements, trop d’incertitude sur le rétablissement, c’est trop tôt. On peut le faire à partir de moment où l’état de santé a un impact d’au moins un an sur l’activité professionnelle. Si on pense que l’état de santé va être complètement rétabli au bout de six mois, la RQTH n’est pas le bon outil. »

 

Que faire en situation précaire avec une maladie invalidante ? 

Si vous êtes intérimaires ou en cours d’un CDD, vous êtes encore rattachés à l’entreprise et vous pouvez solliciter une visite médicale de pré reprise du travail, même si ne reprendrez pas votre travail dans cette entreprise.

Attention : La durée du congé maladie n’allonge pas celle du CDD.

 « Plus la reprise semble difficile en raison des difficultés de santé ou de la situation professionnelle, plus il faut y réfléchir bien avant la fin du congé maladie, explique Jean-Michel Hameau, médecin du travail et coordinateur référent maintien dans l’emploi à l’AMIEM. Pour les gens qui n’ont aucun garanti d’emploi, c’est compliqué. Par exemple, pour un intérimaire, la réglementation prévoit bien le principe de visite médicale de reprise après un arrêt maladie. Cependant, celle-ci est souvent oubliée par les entreprises de travail temporaire, soit parce que la mission est déjà terminée, soit parce qu’elles estiment inutile de demander un nouvel avis médical au regard des difficultés de santé décrites par la personne. »

C’est pourquoi, utilisez vos droits pour anticiper votre reprise du travail. Comme tous les salariés, vous pouvez mettre à profit la période d’arrêt de travail pour préparer votre retour à l’emploi. Consultez la CARSAT, le service social de la Sécurité social.

Si vous êtes demandeurs d’emploi, solliciter vivement un entretien avec un conseiller Pole emploi.

 

Merci à

Jean-Michel Hameau, médecin du travail et coordinateur référent maintien dans l’emploi et Bruno Lozachmeur, médecin du travail coordinateur à l’AMIEM, Service de santé au travail du Morbihan

Anne Pauthier, coordinatrice service coaching de la Ligue contre le cancer 75

EveAnne Mathieu, Assistante sociale au Service  du personnel à l’hôpital de Bretagne Sud