Vous l’avez accompagné depuis toujours et vous le voyez perdre son autonomie, ne plus savoir choisir, décider… Pourtant, vous hésitez à « faire à sa place » : un passage difficile à vivre dans un couple.

L’aider, une obligation de la loi

Les époux doivent s’entraider. C’est la loi qui le dit. Un devoir réciproque d'assistance pèse sur les époux en vertu de l'article 212 du Code civil français. Pas question, donc, de se dérober. « Celui qui est le plus en forme doit pallier les difficultés de l’autre, c’est une responsabilité, appuie Pierre Charazac. On parle ici de quelque chose qui va plus loin que le simple compagnon des bons et des mauvais moments. » Plus qu’un devoir moral personnel, venir en aide pour résoudre les problèmes est donc une obligation.

Trouver la juste mesure pour intervenir 

Quand surgit la question de savoir si le conjoint doit intervenir pour solutionner les choses, seul le jugement personnel aidera à la décision. « C’est comme une mère avec son enfant, note Pierre Charazac. Elle est capable de savoir à quel moment elle fait les choses bien, malgré les remarques parfois dures des enfants, car elle a des repères intérieurs suffisamment solides. » Pour décider à la place de l’autre, il faut donc trouver une juste mesure. Cela passe d’abord par la connaissance que l’on a de son conjoint. Et l’ajustement qu’il faut trouver entre la nécessité d’afficher ce que l’on fait, et le besoin d’agir sans le consentement explicite de l’autre. « Soit il faut afficher clairement les choses, soit il faut être dans la subtilité, tout dépend des situations », affirme Pierre Charazac.

Comprendre que c’est une nouvelle étape dans la relation

Dans la vie d’un couple qui dure depuis des années, des moments d’entraide sont forcément intervenus. C’est aussi comme cela que les conjoints construisent leur histoire. « Quand on en arrive à intervenir parce que l’autre régresse, la situation change, note ainsi Pierre Charazac. Cette régression rend le quotidien plus difficile. Il faut tenir compte de la détérioration cognitive du conjoint pour l’aider au mieux.

Le conjoint qui décrète à la place de, une situation pas simple 

Le psychologue concède aussi que le rôle du conjoint n’est pas simple. Surmonter sa peine seul est très difficile. « La situation du conjoint est paradoxale. Même s’il a des enfants, il est dans une grande solitude quand celui ou celle dont il partage la vie décline. » Repli, peur d’être jugé si l’on parle… Le conjoint cache souvent les difficultés de l’autre. Une prise de position compréhensible mais qu’il faut éviter au maximum.

Avant de pouvoir décider pour l’autre, être en paix avec soi-même

Ça peut paraître paradoxal, mais avant de penser à décider à la place de l’autre, il faut d’abord être en accord avec soi-même. « Le conjoint doit se sentir serein, avoir un rapport à soi riche et construit pour accepter ce qui va arriver, constate Pierre Charazac. C’est-à-dire savoir entendre les reproches, les choses négatives qui vont lui être dites. » Car la personne malade pourra parfois se montrer dure envers celle qui l’aide. Cette dernière devra alors être suffisamment forte pour se dire que ce qu’elle fait est bien.

 

En savoir plus sur l'article 212 du Code civil français.