La synthèse vocale ou de la parole pourrait bien, demain, apporter une aide considérable aux personnes âgées dépendantes et à leurs aidants. Une technologie encore balbutiante, mais en plein essor. 

Qu’est-ce que la synthèse vocale ?

Votre smartphone qui exécute docilement vos ordres lorsque vous lui demandez de composer un numéro, « ce n’est pas de la synthèse vocale, c’est de la reconnaissance vocale », explique Thierry Moudenc, patron de l’entreprise bretonne Voxygen. La synthèse vocale, c’est autre chose : c’est le fait de recréer informatiquement une voix, autrement dit, c’est le fait de faire parler une machine.

Mais quel est l’intérêt de la voix électronique pour l’aider aux personnes dépendantes ? Il est double, explique Thierry Moudenc, et englobe « de grands enjeux en termes de maintien à domicile des personnes âgées dépendantes ». Premier enjeu : les prothèses de voix. Second enjeu : les interfaces.

Prothèse de voix : recréer la voix d’une personne proche

Une prothèse de voix, c’est une voix réelle recréée informatiquement. Par exemple, une personne âgée dont les capacités locutives sont altérées pourrait bénéficier d’une telle technique, et activer, par un simple clic voire "par guidance oculaire", la prononciation d’une phrase… avec sa propre voix. Il deviendrait alors possible de faire une demande à un aidant (allumer la lumière, éteindre la télévision…) en faisant, en quelque sorte, parler un ordinateur à sa place.

Plus étonnant encore, on sait aujourd’hui recréer numériquement la voix d’un proche. « L’idée est d’activer une relation empathique, explique Thierry Moudenc, en faisant en sorte qu’une machine donne une information (« L’infirmière arrive dans 10 minutes ») mais avec la voix de son conjoint. Ou encore "d’utiliser" la voix de son petit-fils pour "lire" un mail du petit-fils en question. Toutes choses qui permettent d’améliorer le confort d’une personne âgée en lui offrant un environnement "rassurant".

Des applications pour alléger le travail des aidants

Ces technologies peuvent également être couplées à des applications de domotique ou applications de reconnaissance vocale pour qu’un véritable échange puisse avoir lieu entre la machine et la personne. Une machine peut demander à une personne si elle a pris ses médicaments (une version plus avancée des piluliers connectés), ou lui signaler que le kiné va arriver, et analyser ses réactions ou sa réponse. « De telles applications pourront être gérées à distance, par une association par exemple », explique Thierry Moudenc, et les réponses reçues pourront donner lieu à telle ou telle action. Ce qui, à terme, pourra certainement alléger le travail des aidants.

Tout cela reste du futur parce que, si la technologie existe, aucun de ces outils n’est encore en phrase industrielle. Mais, pour les spécialistes de ces techniques, cela ne saurait tarder.

La synthèse de la parole : de la glu socio-affective

Au-delà des applications d’aide à la vie quotidienne, des chercheurs travaillent d’ailleurs au rôle psycho-médical que pourraient jouer les techniques de synthèse vocale. C’est le cas de Véronique Aubergé, chercheuse au CNRS et directrice du département informatique intégrée en lettres, langues et langage à la faculté de Grenoble. Pour elle, la parole synthétisée peut permettre à des personnes âgées qui ont perdu « la compétence à tisser du lien » à le retrouver partiellement.

Entendre la musique, la prosodie d’une voix, permet de créer ce que les chercheurs appellent « de la glu socio-affective » et de « réhabituer les personnes à la dynamique interactionnelle ». L’idée n’étant nullement de remplacer les humains dans le rôle d’accompagnement d’une personne âgée dépendante, mais de « les ré-entraîner » et « à les aider à devenir meilleurs lorsqu’ils sont en contact avec des humains ». Les expériences menées par le laboratoire de Véronique Aubergé semblent prometteuses.

 

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