Après des années passées dans un établissement où tout est programmé, pas facile de se retrouver dans ses propres murs. Quelles sont les pistes d’apprentissage de l’autonomie pour un jeune handicapé ?

L’autonomie de la personne handicapée se travaille, selon le projet de vie et les attentes qu’elle formule.

Il s’agit d’abord de lui permettre d’exprimer ses souhaits et de voir où elle en est : avoir un logement, est-ce vraiment son envie à elle ?

interroge en amorce Coryne Husse, vice-présidente de l’Unapei (Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis).

Il faut faire attention aux fantasmes, ajoute Olivier Cartigny, responsable du Centre Ressource Habitat de LADAPT (association pour l’insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées) de Nouvelle-Aquitaine. La personne peut ne pas se rendre compte de ce qu’est un habitat en milieu ordinaire – surtout si elle a toujours vécu en institution. Certaines réalisent après coup que ce n’est pas si formidable et se retrouvent isolées socialement.

D’où la nécessité d’une information préalable complète et éclairée, présentant les différentes possibilités d’habitat – seul ou en colocation avec d’autre personne handicapée, en milieu ordinaire ou non.

Accompagner vers l’autonomie : le rôle des structures

Le projet de vie en autonomie doit être travaillé en amont avec des professionnels – ceux de l’institution où l’intéressée réside ou d’une autre structure travaillant sur l’acquisition de l’autonomie. Ils évalueront ses capacités et ses difficultés, avant de cibler précisément les types d’activités nécessaires pour le/la préparer à affronter sereinement le quotidien. A l’Institut du Mai, centre de formation et d’insertion sociale pour adultes atteints de handicap moteur, toute une équipe – aides-soignants, infirmiers, ergothérapeutes, conseillers en économie sociale et familiale, conseillers en insertion sociale– guide l’apprentissage de l’autonomie chez la personne handicapée de ceux qui désirent vivre hors d’un établissement spécialisé. Principal objectif : s’assurer « qu’ils puissent se déplacer seuls à l’extérieur, sachent piloter une tierce personne et soient capables de s’insérer socialement », résume Agnès Letremy, coordinatrice pédagogique du centre.

Comment développer l'autonomie au quotidien avec un handicap ?

Dans le détail, la formation se fait à la carte, selon le handicap, le degré d’autonomie et l’expérience de chacune. Pour celui qui n’a jamais eu l’occasion d’inviter quelqu’un chez lui, les formateurs proposeront une mise en situation lui montrant concrètement de quelle manière s’y prendre. Pour celui qui dépense trop – ou à l’inverse n’a pas l’habitude de s’acheter quoi que ce soit –, il faudra travailler le rapport à l’argent et la gestion du budget. L’accent est mis sur « la responsabilisation, précise pour sa part Coryne Husse : faire les courses, cuisiner des repas équilibrés, effectuer de petites réparations dans l’appartement, prendre soin de soi et de son hygiène, ne pas oublier ses médicaments, ne pas ouvrir à n’importe qui, adopter un comportement adéquat pour de bonnes relations avec les autres… Mais c’est aussi savoir faire appel à quelqu’un lorsqu’on a un problème – souvent, les personnes handicapées mentales n’osent pas déranger. »

Se déplacer en toute autonomie : se tester en situation

Nous travaillons également l’autonomie de déplacement dans le studio et à l’extérieur, ajoute Elodie Lasne, ergothérapeute à l’Institut du Mai. Nous allons d’abord à la gare qui se trouve à côté de l’institut, puis de plus en plus loin, vers un cinéma, la mairie, un magasin, jusqu’à ce que la personne puisse faire le trajet toute seule, sans danger pour elle et pour les autres. » Tous les « clients », comme l’Institut les appelle, disposent en outre d’un agenda pour apprendre à gérer leur temps : « Au début, nous sommes très présents, continue Elodie Lasne. Puis on les amène peu à peu à prendre rendez-vous avec nous en fonction de leurs besoins. Cela leur permet d’apprendre à gérer les différents créneaux des accompagnants, les rendez-vous, les activités de loisirs… 

Un apprentissage de l’autonomie personnalisé et progressif avant d’adopter la vie chez soi… ou pas. « Il faut viser des solutions d’habitat adapté avec des retours en arrière possibles, conseille ainsi Olivier Cartigny. Il existe toujours un risque à quitter un foyer pour intégrer directement un appartement si la personne n’a jamais été confrontée à cette situation. Avec une phase d’évaluation, on a davantage de garanties. » Des sortes de tests grandeur nature dans des appartements d’évaluation, comme le proposent L’Institut du Mai, l’association Les Papillons Blancs ou encore l’Association des paralysés de France.

 

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