Vivre chez soi avec un peu d’accompagnement, de la sécurité et pas mal de liberté ? C’est le souhait de nombreux jeunes handicapés. Bonne nouvelle : les solutions de logement se multiplient entre milieu protégé et vie ordinaire.

Longtemps, les jeunes atteints de handicap et parvenus à la majorité n’avaient guère que deux choix en termes de logement : revenir habiter chez leurs parents ou suivre l’orientation de la MDPH (Maison départementale des personnes handicapés) vers un établissement spécialisé pour adulte – foyer d’accueil spécialisé, maison d’accueil spécialisée, foyer de vie, etc. Mais « aujourd’hui et depuis la loi de 2005, les personnes ont de moins en moins envie d’aller dans ce type d’établissements et manifestent le désir d’une vie ordinaire – ou le plus proche possible d’une vie ordinaire », note Jean-Luc Charlot, sociologue et directeur de La Fabrik Autonomie & Habitat, association au service de l’habitat inclusif. C’est-à-dire ménageant de véritables espaces de liberté et d’intimité. Pour répondre à ce souhait, nombre d’initiatives ont vu le jour, offrant aux volontaires une possibilité de faire leurs premiers pas vers cette autonomie légitimement recherchée.

Les structures médico-sociales : vers l’habitat éclaté 

Première possibilité : rester en milieu protégé tout en gagnant en liberté. Car les institutions aussi ont changé. « Attention à ne pas avoir une vision caricaturale de l’établissement, avertit ainsi Olivier Cartigny, qui pilote le Centre Ressource Habitat de LADAPT (association pour l'insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées) de Nouvelle-Aquitaine. Il ne s’agit plus forcément de faire vivre les résidents tous ensemble : les structures réfléchissent à des types de logements plus souples, qui peuvent être un tremplin vers l’habitat inclusif ». Le concept des résidences-services pour personnes handicapées, par exemple, permet une vie plus autonome dans des logements adaptés situés dans un même immeuble, avec le soutien de professionnels. « Le système d’appel fonctionne 24h/24 et rassure à la fois les parents et les jeunes handicapés eux-mêmes. La simple possibilité de pouvoir bénéficier d’une présence à n’importe quel moment suffit à lever les angoisses – d’ailleurs les locataires n’appellent plus ou beaucoup moins », observe Coryne Husse, présidente des Papillon blancs de Roubaix-Tourcoing.

Projet de vie et autonomie : des écoles de la vie autonomes

Outre sa résidence-service, l’association propose également aux personnes souffrant de déficience intellectuelle et désireuses de développer un projet de vie en milieu inclusif, de faire un premier test dans une résidence de Neuville-en-Ferrain pour une période de six mois, renouvelable une fois. Lieu d’apprentissage et d’évaluation de l’habitat en autonomie, l’établissement offre de se confronter à la réalité en gardant un filet de sécurité – et la possibilité de changer d’avis.

Foyer d’accueil médicalisé établi à Chinon, l’Institut du Mai est une autre de ces écoles de la vie autonomes. Destiné à celles et ceux qui souffrent d’un handicap moteur, il les accompagne dans leur projet de vie autonome en proposant un parcours progressif en trois étapes : tout d’abord, l’intégration d’un studio privé et domotisé de l’institut ; puis l’emménagement dans un appartement adapté, également privé et domotisé, situé à Chinon ; enfin, l’installation dans une ville laissée au choix de l’intéressée. Une expérience hors les murs pour apprivoiser à son rythme le concept d’autonomie et les responsabilités qu’elle implique.

Les habitats regroupés : autonomes ensemble

Il s’agit soit d’un immeuble dans lequel plusieurs appartements adaptés sont dédiés aux personnes handicapées, soit d’un ensemble de maisons privatives situées à proximité les unes des autres. Espaces et service d’aide communs permettent de rassurer les locataires, tant sur leurs éventuelles craintes de la solitude que sur la question de la sécurité. « L’habitat regroupé est généralement celui qui rencontre le plus de succès aujourd’hui, note d’ailleurs Olivier Cartigny : c’est une solution intermédiaire où l’on dispose d’un vrai chez-soi, mais avec un accompagnement mutualisé. »

Nombreuses sont les associations qui gèrent elles-mêmes des logements collectifs pour personnes handicapés en milieu ordinaire, favorisant la mixité sociale et l’intergénérationnel. Il en est ainsi des Unités de logements et services (ULS) du Groupement pour l’insertion des personnes handicapées physiques (GIHP). Ces appartements regroupés sont adaptés – ici à la dépendance physique – et un service d’aide à domicile commun est disponible 24h/24, en sus des aides individuelles. Mais ici, tous les locataires des immeubles gérés ne sont pas handicapés : à Lyon, L’ULS Le Victoria accueille aux côtés des personnes atteintes de handicap moteur (au nombre de dix), des étudiants et des familles.

Les habitats partagés : vive la colocation

Pour celles et ceux qui craignent la vie en solo, d’autres solutions peuvent être plus séduisantes – notamment pour les jeunes. Il existe par exemple « des habitats de vie communautaire, indique Jean-Luc Charlot. Ce sont des projets d’associations comme Simon de Cyrène ou la Fédération de l’Arche, où les aidants [des salariés ou des volontaires, ndlr] partagent le lieu de vie des personnes handicapées ». Les plus indépendants peuvent également monter eux-mêmes un projet d’habitat inclusif, en constituant une colocation avec des personnes de leur choix partageant les mêmes problématiques et/ou le même projet de vie. Autre avantage : ils partagent le loyer comme les heures de PCH (Prestation de compensation du handicap). Olivier Cartigny évoque ainsi le cas de personnes cérébro-lésées qui avaient été orientées en MAS. Leur famille souhaitant pour elles un autre type de vie qu’en établissement, elles montèrent un projet d’habitation partagée, soutenu par l’hôpital. Les intéressés vivent désormais ensemble, dans une maison adaptée où ils bénéficient d’un accompagnement 24h/24 dont ils partagent le coût. « Leur quotidien est un peu moins encadré qu’en MAS, les rythmes sont plus souples et eux ne sont pas en danger. Et quand bien même ce type d’habitat serait plus risqué, ce qui reste à prouver, c’est aussi un choix de vie », poursuit le responsable du Centre Ressource Habitat. Un choix aujourd’hui de moins en moins limité grâce à la multitude de formules.

 

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