Tout se connecte, même les pieds. Et si les semelles intelligentes pouvaient repérer les signes précurseurs de la dépendance, retardant ainsi la perte d’autonomie ?

N’allez pas croire, les personnes âgées ne sont pas aussi réfractaires aux nouvelles technologies qu’on pourrait le croire. Et c’est tant mieux, car la recherche s’est penchée sur l’intérêt des objets connectés – notamment des objets connectés seniors. Les semelles intelligentes intéressent notamment les médecins, en ce qu’elle permettrait de savoir précisément combien de temps et à quelle vitesse marchent leurs patients. « Les interrogatoires sur ce point-là ne sont pas du tout fiables, explique Antoine Piau, gériatre au CHU de Toulouse. On a une idée très fausse du temps pendant lequel on marche – les gens croient souvent être actifs alors qu’ils ne le sont pas – et les données des outils actuellement dans le commerce – bracelets, montres, téléphones portables – sont complètement discordantes ».

Contrôler son activité physique réelle

Le CHU de Toulouse s’est donc tourné vers le LAAS-CNRS (Laboratoire d’analyse et d’architecture des systèmes) pour combler ce manque et travailler sur la mise au point d’une semelle capable d’évaluer la marche de l’individu qui la porte de façon très exacte. Baptisé Respect (Recueil et suivi dynamique des indicateurs de pré-dépendance des personnes âgées fragiles), le projet est le fruit d’un consortium et reçoit le financement de l’ANR (Agence nationale de la recherche- et du CNSA (Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie).

Actuellement en cours d’étude, la semelle en question, très fine (trois millimètres d’épaisseur), comporte de petits capteurs contrôlant l’activité quotidienne réelle – qui n’est pas le simple piétinement de celui qui fait un petit aller-retour entre le salon et la cuisine –, la vitesse de déplacement et l’évolution du poids. Enregistrées puis transmises automatiquement vers un serveur, ces données sont ensuite consultables par l’utilisateur sur tablette ou smartphone. « S’il lui est recommandé vingt minutes de marche active par jour, le patient saura par exemple qu’il est à 50 % de son objectif », résume le docteur Piau, coordinateur du projet.

Prévenir la dépendance des personnes âgées

Principalement destiné aux personnes âgées fragiles à risque de dépendance, le dispositif permettra au médecin traitant de déceler un éventuel risque de dépendance chez son patient. « La diminution de la vitesse de marche et du volume d’activité sont deux critères médicaux de la fragilité, continue le gériatre. La semelle connectée n’est ni un gadget ni un remède miracle, mais un outil de prévention de la perte d’autonomie. »

Encourager la marche ?

Après des tests en laboratoire puis dans la Maison intelligente de Blagnac, le produit est actuellement testé par plusieurs volontaires durant trois mois. L’étude a démontré la fiabilité des mesures, l’équipe attend à présent de savoir si l’utilisation de la semelle connectée est bien acceptée à long terme – notamment les manipulations qu’elle implique, lesquelles peuvent toutefois être prises en charge par l’aidant. « Nous n’en sommes pas encore à pouvoir inciter les gens à marcher, mais les données laissent penser que les recommandations encourageraient les patients… »

Le projet sera finalisé d’ici moins d’un an, ne restera plus alors qu’à trouver une entreprise intéressée par une commercialisation – une paire devrait coûter moins de 150 € et le dispositif peut d’ores et déjà être inclus dans une semelle orthopédique.

Il est à noter que d’autres types de semelles font l’objet de recherches, présentant des objectifs différents – par exemple à destination des diabétiques pour étudier la répartition des pressions sous le pied, ou encore pour vérifier si l’équilibre de l’utilisateur est bon et prévenir ainsi un risque de chute. Des outils précieux dans le cadre d’un accompagnement médical.

 

Ressources :

Respect, le site du projet conduit par le CHU de Toulouse

La société française des technologies pour l’autonomie et de gérontechnologie (SFTAG)