Notre blogueur Michel Sorine, auteur de « Extropied, Redonner de la patate au légume », nous livre son sentiment (mitigé et nuancé !) à propos de la mobilité pour tous et du déplacement en fauteuil roulant dans l’espace public. Son véhicule est à assistance électrique et il habite Lyon.

Comment percevez-vous l’accessibilité des lieux publics à l’heure actuelle ?

Tout dépend de l’endroit où on a la chance de vivre. À la campagne, c’est presque impossible, alors que la ville est déjà plus praticable, bien que ça dépende des quartiers. J’ai l’impression que les aménagements des nouveaux quartiers sont mieux pensés avec des trottoirs larges, des pentes douces, des traversées sécurisées… Les quartiers historiques sont moins bien lotis, avec leurs trottoirs serrés et leurs rues pavées. J’espère que les prochains travaux reverront leurs normes par secteur. Les villes au patrimoine historique marqué sont d’une manière générale très compliquées pour se déplacer en fauteuil roulant. Et il faut faire une croix sur tous les centres-villes en période de soldes ou autre raison de grosse affluence.

On peut aussi compter sur un réseau de transports en commun fourni si l’on habite une grande ville. Certains métros ne sont encore que très peu accessibles, à Lyon notamment. En surface, la traversée de tram se révèle parfois carrément impossible. Il faut être un peu casse-cou pour emprunter la ligne A, et les ascenseurs des stations sont en panne une fois sur deux. Mais les bus de grandes lignes sont, dans leur grande majorité, équipés de rampe électrique pour fauteuil roulant. Par contre, certains arrêts ne sont pas accessibles car trop bas ou dépourvus de bateau. Et en période de pointe, je dois renoncer au bus car il est trop plein pour accueillir un fauteuil.

Est-ce que la ville s’adapte à vos attentes dans l’espace public ?

Pour la personne qui débute sa carrière de handicapé, c’est vraiment compliqué. Il faut un temps pour s’habituer mais je réussis à me déplacer seul. Il faut dire que je choisis parfaitement mes itinéraires, je sais d’avance où je passerai aisément. Et je sais qu’en fauteuil roulant, il y aura certains quartiers comme des collines où je n’irai plus, il faut l’accepter.

Et dans les lieux culturels publics ?

Culturellement, je ne suis pas sûr de passer partout. Majoritairement, des aménagements des lieux publics pour les handicapés sont pensés, mais pour des spectacles comme l’amphithéâtre des Nuits de Fourvière, on rentre en premier et on sort en dernier. D’autres fois, et c’est fréquent, on a des places réservées aux personnes handicapées, mais tout devant ou tout derrière. Cela dit, j’imagine que les établissements publics anciens ne peuvent pas s’adapter sans limite…

Avez-vous déjà rencontré des obstacles bloquants dans vos déplacements ?

Il y a toujours matière à pester contre des poubelles ou des voitures garées sur les trottoirs, voire des travaux… Le plus pénible, c’est de devoir dépendre des autres pour se déplacer. Quand j’ai la flemme de demander de l’aide parce qu’un bateau est infranchissable ou absent, je fais le tour du pâté de maison.

Les normes pour se conformer à la loi de 2005, une bonne chose pour vous?

Il y a du bon dans ces règlementations. Mais comme toute norme, elle donne lieu à des situations incompréhensibles. Avec les stationnements PMR surélevés à la place du simple marquage au sol, les frais de voirie sont faramineux. On est deux handicapés à habiter dans la même rue, donc financièrement pour la Mairie, ça coince et je comprends !

 

Le respect des personnes handicapées, vous le constatez ?

Parfois dans les parkings, aucune place handicapée n’est disponible, et je doute que tous les propriétaires soit concernées soient en situation de handicap… Les ascenseurs des centres commerciaux sont squattés en permanence. De la part de certains publics, le regard doit évoluer vers plus de bienveillance. Cela dit, pour redonner le moral, je constate une extrême compassion des autres. Il ne se passe pas une journée sans qu’on me propose de l’aide. Les gens se poussent dans le bus pour me laisser passer et poinçonner mon ticket. Une entraide collective que je n’imaginais pas possible avant.

 

Vous dites vous déplacer souvent dans l’espace public, et pourtant, on voit si peu de personnes se déplacer en fauteuil roulant.

Pour moi, à part la pluie, me déplacer en fauteuil roulant en ville n’est pas un frein. Alors, je suis un peu neuf dans le milieu, mais je ne croise jamais de fauteuil ! C’est extrêmement rare qu’on soit deux dans un bus. Je pense que les gens ne sortent pas de chez eux car ils n’ont pas envie de se confronter au monde extérieur et aussi parce que c’est trop compliqué.

 

Merci à Michel Sorine, devenu tétraplégique après un accident de vélo en 2014. Retrouvez ses derniers billets sur son blog Hizy ou Extropied.

 

A lire aussi sur l’accessibilité et le handicap :