Oriane, parisienne de 34 ans, tient depuis 2012 un blog de sorties, voyage adapté et fooding. Sa particularité ? Elle se déplace en fauteuil et elle est donc bien placée pour noter et comparer la mobilité urbaine, dans la capitale comme ailleurs.

Avoir baptisé son blog « Paris est une fête en fauteuil » alors que la ville est connue pour être une des capitales les moins accessibles, c’est ironique ?

Pas forcément, ça reflète surtout mon caractère festif ! J’ai commencé ce blog en 2012, pendant l’écriture de ma thèse en pharmacie. Je sortais beaucoup. Mes amis me demandaient toujours de bons plans, et puis on m’a conseillé de relayer les infos pratiques pour mieux se déplacer en fauteuil roulant en ville. Par exemple, savoir que pour certaines salles de concerts, pour des places réservées aux personnes à mobilité réduite il vaut mieux réserver au téléphone qu’en ligne, pour d’autres non, etc.  Au départ le blog était assez généraliste : expos, concert, et au fil du temps je l’ai davantage orienté vers les restos et bons plans. Mon œil touristique c’est la bouffe ! 

 « Paris est une fête » aussi car mon idée du blog était d’être positive. Ma vie n’a jamais été tournée vers le handicap, mais vers l’inclusion, sur le fait de se débrouiller. Je me dis que le monde autour de nous ne sera jamais adapté à 100 %, mais en réponse je suis plutôt dans l’optique « trouvons des solutions, dépassons nos limites, il y a toujours moyen de faire des choses ».

Des solutions adaptées au personnes avec handicap : ça se traduit comment ?

Outre le blog, donc, nous avons créé avec mon mari une association L’atelier s’adapte. Elle est née du constat qu’il n’existe rien en matière de puériculture, par exemple, pour les personnes en fauteuil. On y échange des conseils, on fait du prêt de matériel. Nous avons d’abord créé une table à langer adaptée. En ce moment, on travaille sur une chaise percée de voyage. Une amie veut aménager un van pour faire un tour d’Europe. On aimerait aussi partir en Islande : l’idée c’est donc de pouvoir emporter ses toilettes mobiles partout avec soi ! Moi ma réponse c’est : « si ca n’existe pas, c’est pas grave, je l’invente. »

Vous voyagez beaucoup à l’étranger. Que donne la comparaison avec la France ?

Les choses sont souvent plus simples ailleurs. À Berlin, c’était le paradis : dès l’aéroport, une rampe adaptée géante en béton mène jusqu’au métro.  C’est plus facile pour tout le monde : valise, fauteuils… Dans les transports, on trouve des ascenseurs partout, on peut prendre son vélo dans le métro... Des gains de mobilité pour tous.  

J’ai aussi un bon souvenir de Copenhague. Dans l’ascenseur du métro quelqu’un nous est passé devant comme si elle ne nous voyait pas – ça nous arrive sans arrêt à Paris – un autre voyageur s’est arrêté pour la sermonner. C’est une question de mentalité de se dire que l’espace public est pour tout le monde. On en revient toujours à une question de l’humain ou de l’individu.

Vous êtes parisienne. Comment vous déplacez-vous dans votre ville ?

Je ne prends pratiquement plus le métro. 95 % de mes déplacements sont avec le PAM (Pour Aider à la Mobilité), un peu de bus, mais le métro… La seule fois où on a pris la ligne 14 avec mon copain, j’ai limite fait un selfie pour fêter ça ! (rires) Et pour sortir de la station Chatelet on a mis deux heures, mais on a quand même réussi ! 

L’accessibilité urbaine, ça évolue quand même. Les bus s’améliorent je crois que 80 % sont accessibles, les rampes marchent plus souvent qu’avant. De plus en plus de boutiques et de restos sont aux normes d’accessibilité handicapés, même s’il y a encore du boulot. Je pense à ces rampes qui atterrissent avec un angle abrupt sur le trottoir, ce qui n’a aucun intérêt. On préférerait encore une marche droite, classique. Imaginez descendre une rampe en soulevant les roues avant : c’est hyper compliqué.

Quelles difficultés vous dérangent le plus ?

Tout ce qui est administratif ! À Paris, je gare une voiture avec la carte de stationnement sur une place réservée aux handicapés : mais comme les PV sont automatisés, ça ne scanne pas le macaron et j’ai récolté une quinzaine d’amendes. Je dois tout. Quant au PAM, c’est à moi de faire les démarches pour ne pas que chaque trajet soit facturé… Entre tout cela et les démarches auprès de la MDPH – je suis en train de refaire ma demande de carte mobilité inclusion - c’est une perte de temps et d’énergie énorme.

 

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En savoir plus sur le blog Paris est une fête en fauteuil et l’association L’atelier s’adapte.