Hier, la semaine dernière, dans la rue ou à l’autre bout du pays… C’était quand, votre dernière sortie ? Et ça s’est passé comment de se déplacer en fauteuil roulant ? Voici vos expériences sur la mobilité urbaine et l’accessibilité, que vous soyez aidants, parent, ou personne atteinte de handicap.

Difficile de se déplacer en fauteuil roulant toute seule 

Corinne  :

Je vis à Fécamp en Seine-Maritime et je suis atteinte de la maladie de Charcot-Marie-Tooth, maladie génétique neuro-musculaire héréditaire et invalidante. Lorsqu'on ne peut pas marcher une heure, même pas très beau temps on reste chez soi surtout si les démarches pour un fauteuil électrique n'en sont qu'au début ! En attendant, lorsqu'on vit seule, le choix s'impose donc de ne pas profiter de très belles journées… 

Se promener à handi vélo triporteur !

Stéphanie :

Hier en rentrant, j'ai croisé un vélo spécial, en fait un triporteur.... son caisson est en bois verni, sur les côtés des logos « handicap ». Un monsieur pédale joyeusement, il promène sa fille handi, confortablement installée, elle rit aux éclats. C'est une idée formidable ! 

Sortir avec un enfant handicapé qui se met en danger

Céline :

Mon enfant a 9 ans, est atteint du syndrome de Prader Willi et sortir est un parcours du combattant car il m’échappe et il ne répond plus à la voix. Il se met en danger quand on se déplace en ville. File en trottinette et ne fait pas attention aux passages cloutés, ne regarde pas pour traverser. Si on ne prend pas la trottinette, il peut commencer de grosses colères difficiles à contenir. Dans les parcs, j’ai  peur qu’il se mette en danger sur les structures, il est souvent rejeté par ses pairs car incompris. Je n’ai plus 20 ans et le soir au retour de « notre promenade » les forces me manquent pour l’heure du bain et du repas de tous ! Il suffirait simplement que je sois épaulée par une personne aguerrie psychologiquement et physiquement mais que cela ne me coûte pas trop cher ! Aussi parfois j’ai remercié le ciel qu’il fasse si froid en hiver et que nous ne puissions pas sortir. Triste résolution n’est-ce pas ? 

Sortir avec un handicap : un parcours de body-building !

Anne-Catherine :

Ma sœur Julia, 27 ans, habite chez mes parents. Elle est polyhandicapée, en fauteuil roulant manuel. Si elle souhaite sortir de chez elle, elle doit d'abord demander de l'aide pour mettre ses chaussures, demander la permission, et prendre l'ascenseur extérieur. Ensuite, elle a le droit de faire le tour de la maison, et d'aller un peu dans la rue devant la maison. Mais pas plus loin, à cause des voitures. Pas plus loin parce que personne n'est disponible pour partir avec elle, et traverser la route en toute sécurité. Pas plus loin parce qu'il n'y a pas d'entraide entre voisins, qui puissent, puisqu'ils sont quasi tous retraités dans ce village, jeter un œil sur elle au long de sa promenade. Pas plus loin parce qu'il y a des chiens dangereux derrière des portails très bas. Elle pourrait se débrouiller toute seule, si un peu plus d'aménagement existait (passage piéton sécurisé) et un peu plus d'entraide/d'aide, car mes parents n'arrivent pas à être toujours à ses côtés. Pour aller plus loin que la rue, Julia est dépendante du bon vouloir de mes parents, elle est dépendante d’une voiture aménagée handicap, elle devrait demander un taxi adapté qui coûte très cher. Et si elle souhaitait retrouver des amis, encore une fois, il faudrait des gens, au moins une personne, pour veiller sur eux. Sans compter toute l'organisation matérielle pour les fauteuils roulants. Parce que malheureusement, aujourd'hui, les gens sont effrayés/dérangés par les personnes à besoins particuliers, parfois de telle sorte qu'ils refusent de les aider, qu'ils les repoussent hors de leur commerce, qu'ils ne leur parlent pas. Et c'est très triste. Et révoltant. Je ne parle même pas des trottoirs qui ont toujours un petit rebord, même à l'endroit le plus bas. Ni des pentes, même très douces, qui font d'une promenade sur terrain carrossable "plat" un parcours de body building. Tous ces soucis matériels demandent un accompagnateur. Et il n'y en a pas assez. 

Une meilleure accessibilité petit à petit, sauf les commerçants…

Corinne :

Mon mari est en fauteuil roulant électrique depuis trois ans… Nous habitons un village de 2000 habitants environ dans la Drôme. Tout devient accessible petit à petit, sauf certains commerces qui ne veulent rien faire malgré mes demandes.

S’inspirer de l’accessibilité urbaine de Tokyo ? 

Greg :

Moi y'a une semaine je me baladais à Tokyo ; le gouvernement français ferait bien d'aller y faire un tour et de prendre des leçons ... 


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