Votre partenaire malade ou handicapé se révèle agressif envers les professionnels qui l’accompagnent. Qu’exprime cette agressivité envers les aidants professionnels, faut-il alors intervenir et comment ?

Insultes, gestes d’opposition, réactions colériques, refus de coopérer, la personne malade ou en situation de handicap peut manifester de l’agressivité envers les soignants qui l’aident. Cette attitude, qui n’est pas gratuite, traduit de la souffrance. « Ces réactions de défense viennent souvent exprimer un sentiment de vulnérabilité, une souffrance psychologique à devoir renoncer à une partie de son autonomie  et à dépendre de personnes extérieures,». explique Judith Mollard, experte-psychologue pour l’association France Alzheimer. Cela peut également traduire des douleurs physiques liées à la maladie ou réveillées lors des manipulations. 

Pour le conjoint aidant familial, cette situation est éprouvante. Confronté lui aussi à la maladie de son partenaire, il va de plus le découvrir sous un jour nouveau : « Souvent, on n’a pas connu la personne comme ça. Il faut comprendre que cette colère, cette agressivité sont des conséquences de la maladie et ne pas se sentir responsable du comportement de son partenaire envers les autres ». Avant toute chose, il peut être intéressant de verbaliser avec son proche qu’il n’est sans doute pas évident pour lui de devoir déléguer ces tâches, mais que c’est nécessaire. « Recueillir la façon dont il souhaiterait que cette aide se mette en place, la restituer au professionnel, et aider à ce qu’il y ait une mise en confiance progressive », conseille Judith Mollard.

Le conjoint aidant doit dialoguer avec les aides-soignants

Le conjoint aidant peut assurer un rôle de transmission et d’intermédiaire auprès des soignants. Communiquer à ces derniers toutes les informations dont il dispose sur son partenaire : son histoire, son caractère, la manière dont s’expriment la maladie et le handicap. Il sait généralement mieux qu’eux décrypter ses réactions. Souvent, les auxiliaires de vie n’ont pas de formation spécifique sur la maladie dont souffre la personne dont elles doivent s’occuper.

Le conjoint peut alors leur permettre de mieux appréhender l’individu dans sa globalité. « La formation des professionnels est essentielle et le proche doit pouvoir  leur donner le plus d’informations possible. Par exemple, une personne peut ne plus comprendre la sensation de l’eau sur son corps pendant la toilette, la percevoir comme une agression avec des réactions de frayeur. Il faut alors, dans ce cas, commencer par les pieds tout doucement. Ce sont des choses que la famille a pu observer au quotidien et qu’il faut transmettre. »

Relation soignant aidant : une mise en confiance progressive

« Voir arriver des personnes extérieures dans le champ de l’intime, même si ce sont des professionnels, peut être vécu comme une intrusion par la personne malade.  Leur faire confiance, même si leurs compétences professionnelles sont tout à fait reconnues, n’est pas acquis. Les professionnels l’oublient parfois et s’attendent à ce que leur aide soit accueillie les bras ouverts », explique Judith Mollard. Le temps du dialogue avec les équipes est primordial  pour améliorer la confiance réciproque. 

Autre aspect essentiel : laisser à celui qui est dépendant la possibilité de faire des choix pour ne pas l’infantiliser. Demander : qu’est-ce que vous préférez ? », « Est-ce que des gestes vous dérangent ? »

Verbalisation et régularité pour intégrer le soignant

La personne malade peut aussi ne pas avoir compris qu’elle n’était plus totalement autonome.  « Ainsi dans la maladie d’Alzheimer, elle peut ne plus s’en rappeler. Une femme qui voit arriver une autre femme à son domicile peut développer de l’agressivité envers elle car elle a l’impression que son conjoint laisse entrer une rivale chez elle. Moins on a d’outils cognitifs, moins on comprend les choses qui nous arrivent, ce qui peut favoriser les réactions d’opposition », poursuit Judith Mollard.

Répéter la raison de la venue de la personne tous les matins peut être une piste, ne pas hésiter également à demander au personnel médical de verbaliser à chaque fois pourquoi il est là, quels sont les soins qui vont être pratiqués. La régularité dans les gestes, les horaires, peut aussi être un moyen d’apaiser les tensions, afin de permettre au patient de mieux intégrer le soignant dans son quotidien.

Accepter l’aide en tant que conjoint d’une personne malade

Enfin, il faut se questionner sur sa propre acceptation de la maladie et de l’aide qu’elle implique. « Pour le conjoint, ce n’est pas forcément simple d’accueillir quelqu’un chez soi. Il n’est pas toujours le mieux placé pour être un médiateur, car il est confronté à cette nécessité d’ouvrir son intime à l’extérieur. Il peut avoir l’impression qu’il a échoué dans sa mission et percevoir le professionnel comme un rival. Ce qui accentuera les réactions d’opposition de son partenaire. » Il peut aussi être utile de se faire accompagner en tant qu’aidant si ces sentiments deviennent négatifs et difficiles à gérer.

Soutien psychologique pour tous

Un psychologue peut également conduire la personne dépendante à accepter cette aide. Ainsi, les associations peuvent proposer des temps en individuel, des groupes de parole ou des formations des aidants familiaux. Et il peut intervenir aussi au sein de la structure ou de l’association pour que les professionnels ne reçoivent plus l’agressivité directement et apprennent à faire face à des réactions de défense. Il  arrive, comme dans toute relation humaine, que le contact ne puisse pas s’établir.  Il faut alors envisager, quand c’est possible, de passer le relais ou de faire remonter l’information afin que d’autres professionnels puissent intervenir.  

 

Remerciements : 

Merci à Judith Mollard, experte-psychologue de l'Association France Alzheimer