Nombreux sont les médicaments qui affectent le désir des patients. Et pour le partenaire pas facile non plus de composer sa vie de couple avec des effets pas si secondaires…

« Le traitement, ok, ça m’a vraiment fait du bien. Mais ma vie de femme dans tout ça ? Plus aucune envie, zéro. Je commence même à me demander si je ne vais pas suggérer à mon homme d’aller voir ailleurs pour éviter qu’il me quitte ! » Le témoignage de Rebecca*, 32 ans et atteinte de troubles bipolaires, est emblématique de tous ceux que l’on peut retrouver sur les forums d’entraide entre patients sous le mot-clé libido. Le plus souvent signés d’un pseudonyme, car le sujet reste délicat : la pathologie, son traitement et… le désir. « Mon médecin ne m’avait pas assez prévenue ! Je ne pensais pas que ça ferait effet à ce point sur mes envies ! », ajoute la jeune femme.

Baisse du désir interprétée comme baisse d’amour

Pourtant, la liste est longue des médicaments qui sont connus pour altérer le désir ou les fonctions sexuelles : bétabloquants, trithérapie, hormonothérapie, antipsychotiques, analgésiques, antiparkinsoniens, antihypertenseurs, anticancéreux, traitements pour le cœur… Que les raisons en soient hormonales ou mécaniques, l’effet est le même : baisse du désir ou plus du tout. Pour la personne sous traitement, c’est la double peine, et pour son partenaire, la frustration, qui souvent n’ose pas se dire. « En général, et en dépit des connaissances qu’on a sur le traitement médical, c’est la première chose que va penser l’autre : « il/elle ne m’aime plus, puisqu’il ne me désire plus », explique Caroline Le Roux, psychologue et sexologue. Elle reçoit notamment de nombreux couples au cours de traitements anticancéreux. « Ma première intervention est de rassurer devant une crainte bien humaine et fréquente. »

 

Pour certains couples, il est difficile d'aborder le sujet © Istock

« On garde pour soi ses rancœurs » 

« Pour le ou la partenaire, difficile d’en parler. On n’ose pas évoquer le sexe alors que l’autre est malade, cela semble incongru. Pourtant, apaiser la sphère intime aide les deux à aller bien », ajoute-t-elle. Et pour cela, le meilleur moyen reste de dépasser le tabou et… d’en parler, si possible avec l’intermédiaire d’un thérapeute qui pourra rassurer l’un et l’autre. « Quand l’un des deux prend un traitement au long cours, on vit à trois : les deux personnes qui forment le couple, et la maladie, donc le traitement. Et dire : « je me sens mal, je veux que tu me désires », c’est encore plus compliqué qu’à deux ! Alors trop souvent, on tend des perches, ça ne fonctionne pas… On garde pour soi ses rancoeurs », poursuit la thérapeute.

Ne pas renoncer à une vie intime

Pour éviter d’en arriver à l’ultimatum, il faut essayer de verbaliser : « Je sais que tu es malade, mais je me sens rejeté-e et incompris-e. Souvent, la personne sous traitement ne s’en rend pas compte, tant elle a « la tête dans » sa maladie et ses propres frustrations.

Une fois reconnue la souffrance de l’autre, pas question pour autant de renoncer à toute vie intime. « On suggère de revenir à des essentiels : les baisers, les câlins, avoir des petites attentions pour l’autre, passer des moments privilégiés ensemble… Il faut réinstaurer tout cela comme partie intégrante de la vie du couple. La vie intime va bien au-delà du seul rapport sexuel », assure Caroline Le Roux. Une affirmation que ne renie pas Marie*, dont l’ex était diabétique et pour qui toute pénétration était impossible. « Ça ne me dérangeait pas car il était si attentionné et sensuel : je me mettais dans ses bras et hop, je m’envolais ! C’était, bien sûr, frustrant parfois, mais c’était notre sexualité à nous, et ça nous allait bien. » Et dans le cas contraire ? Consultez notre article Conjoint malade : j’ai une baisse de désir sexuel.

 

*les prénoms ont été modifiés