Mon parent vieillit. Je vois bien qu’il aurait besoin d’aide dans les actes de la vie quotidienne. Cependant, il se braque dès que je parle d’auxiliaire de vie. Pourquoi refuse-t-il mes conseils ? Comment lui faire accepter de se faire aider ? Nos questions à Catherine Bergeret-Amselek, psychanalyste et auteure de La vie à l’épreuve du temps.

Mon père ne reconnait pas qu’il a besoin d’aide, est-ce grave ?

Si vieillir n’est pas une maladie, c’est une période qui impose un remaniement identitaire.  Vieillir est une expérience qui impose des renoncements et des pertes. Ce n’est pas facile d’accepter de changer, cela demande un travail sur soi. Cependant, celui-ci peut déboucher sur une ouverture et une renaissance à condition de ne pas dénier les difficultés. Il s’agit de dépasser les obstacles pour continuer de grandir et de s’ouvrir aux autres.

On n’a jamais vécu aussi longtemps et la majorité des personnes ont envie de vieillir chez elles. Cela demande d’accepter d’aménager sa maison pour prévenir les chutes qui sont fréquentes et périlleuses au grand âge, de s’équiper d’alarmes reliées à un proche quand on vit seul. Je n’emploie pas le mot maintien à domicile, car avec ce mot, on a l’impression qu’il désigne une contention qui ligote et dépersonnalise. C’est un terme qui chosifie la personne qui devient objet de soin. Or la personne âgée est un sujet à part entière qui ne doit pas perdre son statut d’adulte. Même dépendant, un vieux reste une personne.

C’est pourquoi, il faut aider son parent âgé avec tact, en lui laissant son statut de sujet et en le valorisant et en lui montrant ce qu’il peut encore faire, et non ce qu’il ne peut plus faire.

Comment convaincre son parent d’accepter de se faire aider ?

Ce n’est pas forcément l’enfant qui va convaincre son parent. C'est souvent un tiersqui aura le plus de chance d'être entendu, le médecin traitant qui dispose d’une certaine autorité, une amie, un voisin… L’aidant familial a à accepter qu’il ne peut pas tout, même lorsqu’il veut à tout prix sauver ses parents de l’isolement, du handicap et de la maladie.

Par exemple lorsqu’il refuse une opération de la cataracte, d’investir dans un appareil auditif, lorsqu’il ne prend pas son traitement, se nourrit peu ou mal, ce n’est pas la peine d’insister. Il suffit que ce soit son fils ou sa fille qui lui dise pour qu’il refuse. Parfois une mésentente qui date de longtemps resurgit. Le vieux parent devient agressif, parce qu’il ne se supporte plus, qu’il a honte de se sentir diminué ou d’être une charge pour son enfant, qui peut-être lui-même être agressif. C’est pourquoi il faut prendre tout cela avec recul et savoir utiliser l’humour pour mettre du jeu dans la relation.

Si une situation devient trop lourde à porter, un aidant doit accepter de se faire aider ou relayer. Faire une escale chez un psy pour poser une valise trop lourde peut permettre de remettre sa casquette d’aidant l’esprit plus léger.

On peut aussi avoir recours à un psy quand on est vieux, car vieillir est une étape qui demande d’être accompagné pour avancer.

Pourquoi mon parent refuse mes conseils ?

La relation entre des enfants, qui sont des adultes proches de la soixantaine, et leurs vieux parents qui ont 80, voire 90 ans, peut engendrer une crise existentielle chez chacun des protagonistes. Les enfants sont pris dans une ambivalence pour leurs parents, qui date de l’enfance. Ils reportent sur leurs parents d ‘aujourd’hui des sentiments qui s’adressent à leurs parents d ‘autrefois. De leurs côtés, les vieux parents parlent parfois à leur enfant qui est adulte comme quand il était petit ou reportent sur lui des sentiments qui s’adressent à leurs propres parents.

C’est là qu’un psy peut déminer un terrain familial pavé de bombes à retardement qui explosent dans ces relations familiales houleuses sans compter que les conjoints s’en mêlent parfois, ainsi que les frères et soeurs…

Si vieillir n’est pas facile, voir ses parents vieillir l’est tout autant. On finit par leur en vouloir de vieillir et par se sentir coupable de ne pas être capable de les sauver de ce naufrage annoncé. Et puis cela demande de la patience, d’être capable de s’accorder à leur rythme plus lent, souvent dans les déplacements ou la réflexion. C’est également très émouvant de voir un parent qu’on a connu vaillant devenir vulnérable. C’est aussi l’occasion de partager des moments où le temps est suspendu, de se dire qu’on s’aime et de rire ensemble.

Qu’est-ce que je peux faire pour aider mon parent vieillissant ?

Il me semble important de s’assurer que son parent ne soit pas isolé, qu’il ait une vie sociale sans non plus forcer les choses. Certains se ressourcent dans la solitude et le silence sans être dépressif, là où d’autres s’isolent dans le repli et la dépression. Il faut avoir un bon médecin traitant, voire un gériatre.

D’autre part. Il est important de se renseigner sur les aides sociales, sur les allocations, auxquelles son parent a droit. On peut se renseigner auprès d’une mairie, d’un CLIC (centre local d'information et de coordination gérontologique), d’une association, d’un site comme celui d’AgeVillage.

 

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