Quand un adolescent autiste devient physiquement plus fort et que sa souffrance se traduit en actes agressifs, que faire ? Autisme et agressivité : comment faire face aux crises de panique chez l’adolescent ? Quelques éléments de réponse donnés par des professionnels.

Crise d'angoisse violente, que faire ?

Lorsqu’une crise d’angoisse de l’adolescent (on parle d'ailleurs fréquemment d'autisme et agressivité) se transforme en violence contre l’entourage, notamment lors des déplacement en ville, et que seule la domination physique permet de reprendre le dessus, celle-ci ne doit jamais être une réponse violente. Elle se doit d’être précise et calculée. Des sports comme l’aïkido ou le judo, pratiqués par certains parents et éducateurs, permettent parfois de maîtriser le jeune adulte handicapé tranquillement, sans gestes brusques, voire de provoquer un contact physique rassurant en fin de prise. Cette attitude est doublement bénéfique : « L’adulte se sent protégé et rassuré d’avoir pu faire face aux crises de l’adolescent. Dans le même temps, cette maîtrise n’agresse pas le jeune, dont la violence peut en être diminuée d’autant », souligne Valérie Bernard, neuropsychologue. « Mais ces solutions sont mises en œuvre dans les situations d’extrême urgence. Nous proposons aussi d’autres types de réponses », précise Médéric Guérand, psychologue. Une vision partagée par Waldy Szczepaniak, coordinateur à Sésame Autisme, qui conseille de s’éloigner immédiatement des zones où un tiers pourrait intervenir – un surveillant, par exemple, qui n’aurait certainement pas la bonne attitude et aggraverait la situation.

Gestion colère autisme : le toucher avant la crise d’angoisse

Comment calmer un autiste en crise violente ? Lorsque la crise d’angoisse violente n’a pas encore éclaté, l’acte de toucher peut aider à rétablir la communication. « Un massage des mains ou des épaules, tout ce qui concerne la sensorialité, la relaxologie, rassure. Les parents doivent toujours essayer, tâtonner, souvent essuyer des échecs avant de trouver le geste le plus efficace pour leur enfant », souligne Médéric Guérand. « Deux doigts bien placés sur l’épaule, la glotte, ou au creux des reins sont parfois suffisants. Mais il faut savoir maîtriser ces petits gestes, les apprendre auprès des professionnels ou des institutions », insiste Waldy Szczepaniak.

Autiste comportement agressif : garder son calme

Quand on redoute la crise d’angoisse ou la crise de panique violente chez l’adolescent, mieux vaut ne pas trop montrer sa peur, dans la mesure du possible. « Rester calme, ferme, conserver son sang-froid face à un autiste qui crie. Cacher son trouble ou sa déstabilisation pour tenter de garder le dessus. Mettre entre parenthèses son côté paternel et ne jamais accepter de se faire agresser par son enfant autiste », conseille Waldy Szczepaniak. En fait, montrer qu’on peut être rassurant, même sans faire le poids physiquement. Savoir définir des limites claires, comprendre sans céder à tous les caprices, mais aussi décoder le malaise qui monte, l’agitation anormale, la sueur, les yeux affolés…

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Garder son calme face à la crise de panique violente © iStock

Détourner son attention pour éviter une crise d’angoisse

Les facteurs déclencheurs de la crise varient d’une personne à l’autre. Aussi faut-il être vigilant afin d’observer les bruits, les odeurs, les couleurs : tous les événements qui peuvent être à l’origine des crises d’angoisse violentes. Fait-il très chaud ? Y a-t-il des bruits persistants ? Une caisse, un haut parleur ? A-t-il envie d’aller aux toilettes ? Mal au ventre ? « On peut inviter l’adolescent à sortir du contexte dans lequel il se trouve, tenter de détourner son attention par l’humour, ou bien prendre le contre-pied de la situation d’angoisse, par exemple en dansant, en chantant, en le rassurant par la parole », souligne Waldy Szczepaniak. « L’inciter à se concentrer pour un temps sur une activité qu’il aime, qui le rassure et qui retient son attention peut aussi être efficace », ajoute Médéric Guérand.

Prévenir la crise d’angoisse par l’éducation et le sport

Les parents devraient habituer progressivement leur enfant à se rendre dans des lieux de passage car, il ne faut pas l’oublier, cette violence physique chez l’adolescent est défensive et liée à un problème de communication. « Trop de parents ne sortent plus pour éviter les problèmes, alors que l’enfant doit être familiarisé avec l’extérieur », regrette Médéric Guérand. « On peut par exemple, dans un premier temps, faire le choix d’une sortie d’une dizaine de minutes dans un supermarché. À la maison, la musico-relaxation et tous les systèmes (verbaux, visuels, tactiles, sonores) qui permettent à la personne autiste d’entrer en contact différemment avec une autre personne sont profitables, selon les cas et les déficiences observées. » Pour cela, on proposera des activités basées sur le souffle, l’eau, les sports qui offrent des contacts en douceur avec son corps et avec les autres. « Comme le judo, qui apprend à toucher l’autre sans l’agresser, à canaliser sa force, et offre des sensations corporelles bénéfiques », précise Sylvie Dehouck, secrétaire générale de Sésame Autisme. « La violence de l’adolescent et de l’adulte autiste n’est pas une fatalité. Si l’éducation est correcte et la prise en charge adaptée, les troubles du comportement peuvent se réduire significativement. Il est possible d’apprendre à communiquer même à 40 ans, et d’éliminer ainsi des problèmes de violence », souligne Danièle Artuso, d’ÉDI Formation.

Un traitement adapté face à une croise d’angoisse violente

Les professionnels sont de plus en plus prudents face à ce type de solutions. « Le médicament n’élimine pas la raison de la violence, et nous ne maîtrisons pas forcément tous ses effets secondaires », insiste Waldy Szczepaniak. « La plupart du temps, il ne s’impose pas, surtout quand on connaît le jeune. Je pense qu’il ne doit être prescrit qu’en cas de crise d’angoisse violente exceptionnelle et grave. » « Un traitement adapté n’est pas à rejeter d’office, comme la prise d’anxiolytiques lors de fortes crises d’angoisse. Mais il faut qu’il reste ponctuel », estime pour sa part Médéric Guérand.

 

En savoir plus sur la gestion des crises d'angoisse

Il grandit, son corps change et son désir d'indépendance ne cesse d'augmenter. Comment laisser à son adolescent le choix des soins et de son avenir, tout en continuant de le protéger ? Retrouvez dans ce guide pratique de nombreux témoignages de parents et des conseils de pros pour aider votre enfant à traverser cette délicate étape de l'adolescence.

Comment communiquer avec lui, l'aider à mieux appréhender son quotidien et l'emmener sur le chemin de l'autonomie ? Parents d'enfant autiste, atteint du syndrome d'Asperger ou autre forme de trouble envahissant du développement (TED), vous trouverez dans ce guide tous les conseils dont vous avez besoin pour accompagner votre enfant.

 

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