Décider de ne plus conduire n’a rien d’évident. Pourtant, nombreuses personnes âgées prennent conscience de leurs difficultés au volant. Aussi, elles décident de renoncer, plus ou moins progressivement, à ce gage d’autonomie. Cependant, que faire lorsque l’un de ses parents ne mesure pas les risques qu’il prend ? Quels sont les alliés ? Comment le convaincre sans décider à sa place ? Hizy fait le point pour vous. 

Grand âge, maladie et conduite automobile : que dit la loi ?

Une personne atteinte d'une affection médicale risquant de compromettre la sécurité routière, doit passer un contrôle médical auprès d’un médecin agréé par la Préfecture. En cas d'avis défavorable, elle doit restituer son permis de conduire. Cependant, rien n’oblige une personne à se soumettre à cette visite médicale. Ce n’est qu’en cas infraction ou d’accident, que le permis peut être retiré et que l’assureur a le droit de ne pas prendre en charge les dommages causés à lui-même. 

Un conducteur en incapacité de conduire est-il assuré ?

Ne cherchez pas, dans son contrat d’assurance auto, les clauses d’exclusion de garantie, relatives à l’état de santé, à la prise de médicaments contrindiqués ou au fait d’être âgé, Il n’y en a pas. Aussi, aucun certificat médical n’est exigé par l’assureur.

En revanche, vous pouvez sans mentir à votre père, le prévenir qu’il risque :

  • de ne pas être prise en charge par son assurance en cas d’accident
  • de voir son contrat résilié sans justification à l’échéance, lorsque l’assureur estime qu’il a trop d’accrochages et lui conseiller de s’éviter cette sanction

A savoir : Dans les accidents, les personnes âgées sont plus souvent victimes que responsables. « Or statistiquement, cette situation est un signe de mauvaise conduite, car cela traduit une difficulté à éviter les mauvais conducteurs, explique Maître Eric Caumont, avocat au barreau de Paris, spécialisé dans la sécurité routière.

Conduite des personnes âgées : le rôle de son médecin traitant

Le médecin traitant évalue sur la base d’éléments concrets la capacité à la conduite automobile. S’il n’a pas le pouvoir d’interdire à son patient de conduire, il peut le lui déconseiller fermement. Il connait son patient et il saura comment lui parler pour le convaincre.

Une façon d’encourager son proche à consulter est de l’accompagner et de l’aider à parler de ses difficultés : tourner la tête, à embrayer, de ses oublis, du fait qu’il se perde souvent, de ses problèmes de vue ou d’audition.

Certaines personnes âgées ont peur de devoir changer leurs habitudes. Elles disent qu’elles ne veulent pas, notamment en cas de troubles de mémoire, aller chez le médecin, car il va leur interdire de prendre le volant. « Cependant cette peur est infondée, explique Maï Panchal, directrice scientifique de la Fondation Vaincre Alzheimer. En effet, le médecin parlera de contrindication à la conduite automobile, uniquement dans le cas d’un diagnostic d’Alzheimer.  Il ne peut pas dire d’arrêter de conduire pour cause de dépression.

En revanche, dans le cas d’une maladie qui dégénère au fil du temps et qui va causer de plus en plus un problème de dépendance et d’autonomie, il y a des anticipations à faire sur la conduite, la gestion d’un budget. C’est compliqué pour les gens qui viennent d’apprendre qu’ils ont Alzheimer de renoncer à conduire. Cependant, cela est, à terme indispensable, même si à un stade précoce de la maladie, le patient peut encore conduire. Aussi, c’est vraiment important de pouvoir l’anticiper.

Qu’est-ce que je peux faire pour aider mon parent vieillissant ?

  • Parlez-lui de vos inquiétudes face à sa conduite

 « J’ai peur que tu sois en danger sur la route » et non « tu fais trop d’erreurs, tu es en danger » ou pire « tu es un danger ! » En effet, il pourrait se sentir mis en accusation et penser que vous voulez décider à sa place, car vous ne l’en jugez pas capable. En revanche, si vous lui montrer que c’est parce que vous vous faites du souci pour lui que vous voulez le convaincre de ne plus conduire, cette sollicitude alimentera sa réflexion personnelle.

  • Permettez-lui de ne pas renoncer à son autonomie

Ne plus conduire implique d’organiser ses déplacements. C’est difficile, d’autant plus qu’on est âgé et qu’on n’a jamais été obligé de compter sur les autres pour sortir de chez soi. Aidez-le à le faire. 

Faites le point avec lui sur l’usage de sa voiture : courses, médecin, relations sociales, sorties, voyage…

Imaginez avec lui et rechercher un mode de transport de substitution adapté à chacun de ses déplacements : à pieds, en voiture avec sa famille, ses amis et voisins, les auxiliaires de vie qui interviennent chez lui, les services de conduite accompagnée, les taxis, en transport en commun (réseau de routier, ferroviaire, aérien). Aussi, pensez aux services à la personne à domicile (livreur, coiffeur, esthéticienne, pédicure…).

Le choix d’un mode de transport dépend, notamment du coût. Aussi, c’est l’occasion de comparer. « Au fait papa, elle te revient à combien ta voiture ? »

  • Faites un échange : empruntez sa voiture et devenez son chauffeur

Personne n’osait parler au grand-père de Cathy qui avait la maladie de Parkinson d’arrêter de conduire. Un jour, elle lui a dit : j’ai besoin d’une voiture pour travailler, est-ce que tu voudrais bien me prêter la tienne ? Je te conduirais où tu veux. ». Lorsqu’elle a, pour une seconde mission, renouveler sa demande, il lui a dit : elle est à toi maintenant, garde les clefs. »

Conduite des personnes âgées : ce que dit la loi

Entretien avec Maître de Caumont, avocat au barreau de Paris, spécialisé dans la sécurité routière

Juridiquement Il n’y a que deux solutions : convaincre ou dénoncer

  • convaincre, c’est trouver des solutions pour préserver son autonomie.
  • dénoncer veut dire signaler à la Préfecture que son état est vraiment incompatible avec la conduite.

Personnellement, je ne pourrais pas dire à ma mère : « Je vais signaler tes problèmes de santé à la Préfecture pour que tu ne conduises plus, parce que je t’aime et que je tiens à toi », alors que je sais qu’elle va mourir à petit feu isolée.

Donc il faut convaincre la personne âgée d’arrêter de conduire ?

Oui, mais si on veut que son vieux père renonce à conduire, c’est qu’on l’aime et qu’on veut le protéger des dangers de la route. Or, ceci implique, s’il vit éloigné des réseaux de transport et des commerces, qu’il renonce à son autonomie. Cependant, on veut également le protéger de l’isolement.

L’assurance de pouvoir rester autonome sans voiture participe à son choix et à notre détermination à le convaincre. En effet, ce n’est pas pareil, de convaincre un proche qui habite en ville et pour qui ne plus conduire n’est pas une question d’autonomie, mais plutôt de fierté personnelle, qu’un proche qui voudrait bien se passer de sa voiture, mais qui n’a aucune solution de remplacement pour rester autonome chez lui. En effet, déménager en centre-ville n’est ni souhaité, ni accessible pour bien des retraités.

On est plus convaincant si l’on peut dire : « Papa tu n’es plus en état de conduire et tu le sais très bien. Cela devient dangereux pour toi et je ne veux pas te perdre. Que fais-tu avec ta voiture que tu ne pourrais pas faire en bus ? »

Comment faire en l’absence de transport en commun ? 

Convaincre les élus des collectivités territoriales de mettre en place des transports en commun adaptés pour permettre aux vieux de continuer à vivre chez eux. Malheureusement, c’est plus facile de convaincre un vieux qu’un élu.

Pourtant, il faut concilier la sécurité routière et le droit des personnes âgées à une vieillesse heureuse et autonome en dehors des villes. En temps qu’enfant, je solliciterai ma mairie, mon Conseil départemental pour que le transport des vieux soit pris en compte dans le budget des collectivités, à l’instar des collectivités qui ont déjà organisé des systèmes de taxis collectifs. Ceux-ci permettent à ceux qui ne peuvent pas conduire, ou n’ont pas les moyens d’avoir une voiture, de se déplacer et d’avoir une vie sociale.

 

En savoir plus sur la conduite des personnes âgées

Cette brochure en ligne s’adresse à toutes les personnes âgées fragilisées au volant, quel que soit leur difficulté, et à leurs proches. Un chapitre est réservé aux précautions particulières que les proches doivent observer dans le cas de troubles neurovégétatifs.

Les affections, dont la liste est longue, touchent particulièrement les personnes âgées : troubles cardiovasculaires, maladies neurodégénératives, affections neurologiques, troubles du sommeil. Il s’y ajoute les affections impactant la mobilité, pour lesquelles un avis favorable sous conditions d’aménagement du véhicule (rétroviseur bilatéral, siège adapté, embrayage automatique).

Ce dispositif s’adresse aux personnes de plus de 75 ans qui vivent chez elles. Elles peuvent bénéficier de CESU (chèque emploi service universel) pour financer un transport accompagné.

Certains départements, comme celui des Yvelines, ont mis en place un dispositif de transport à la demande, destiné aux bénéficiaires de l’APA ou de la carte d’invalidé.

 

A lire aussi sur l'aidant débutant