« Le médecin va me dire que j’ai Alzheimer. De toute façon, il n’y a pas de traitement des difficultés cognitives. » Or, les troubles de la mémoire peuvent être causés par d’autres problèmes qui eux se soignent. Comment le convaincre de consulter ? Dr Maï Panchal, directrice scientifique de la Fondation Vaincre Alzheimer, répond à nos questions.

Quels arguments pour convaincre un parent de consulter pour troubles cognitifs ?

Lorsqu’on se plaint de sa mémoire, on va aller voir un médecin, non pas pour savoir si on, a ou pas, la maladie d'Alzheimer, mais pour savoir si on a quelque chose qui peut être soigné.

Aussi, lorsqu’une personne dit qu’elle ne veut pas voir le médecin parce que cela ne sert à rien pour la maladie d’Alzheimer, lui dire que le diagnostic permettra une meilleure prise en charge médicale n’est pas suffisant. Il vaut mieux l’informer que 30 % des personnes qui présentent des symptômes de la maladie d'Alzheimer n’en sont pas atteints.

Les pertes de mémoires peuvent avoir de nombreuses causes de nature très différente : des troubles de la thyroïde, des carences en certaines vitamines, des troubles du sommeil, un stress, une anxiété, une dépression non traitée, un AVC passé inaperçu, la prise de certains médicaments. Tous ces facteurs peuvent engendrer un problème cognitif qui n’est pas forcément dû à une maladie d'Alzheimer. C’est pourquoi, aller voir un médecin ouvre la perspective d’avoir un traitement et une prise en charge spécifique pour quelque chose qui se guérit. Un AVC passé inaperçu, par exemple, peut entrainer des troubles de la mémoire et/ou du langage qui se soignent, notamment par une rééducation cognitive spécifique et un traitement médicamenteux.

Comment convaincre mon père d’aller voir son médecin ?

Tout en défendant l’idée que ce serait vraiment triste de passer à côté d’une pathologie qui peut être traitée, c’est bien de l’aider à faire le pas en l’accompagnant chez le médecin. On peut aussi faire le bilan avec lui ; sincèrement d’ailleurs car il n’y a pas d’âge pour prendre soin de sa mémoire

Aussi, les formulations sont importantes. Ne pas dire « tu as des problèmes, il faut que tu ailles consulter ». La personne se sent jugée. Ne pas la mettre en échec en disant : « tu ne te rappelles plus comme avant, tu as encore oublié tes clefs sur la porte ». Ecouter ses plaintes, sans surenchérir. Rassurer, suggérer une consultation, comme on le ferait, s’il se plaignait de son mal de dos.

Qui consulter pour son proche qui perd la mémoire ?

Je conseille dans un premier temps de voir le médecin traitant, car c’est son travail de faire un premier bilan. Lors de la consultation, il peut faire quelques tests cognitifs simples. Cependant avant tout, il doit prescrire une prise de sang, pour contrôler par l’analyse biologique l’absence de carence ou les troubles de la thyroïde. Pour aller plus loin, il prescrit une IRM qui permet de voir s’il n’y a pas un vaisseau touché, à la suite d’un AVC passé inaperçu par exemple.

Souvent, les personnes âgées prennent trop de médicaments. Or, la prise d’anxiolytiques, notamment, est fréquente et peut provoquer des troubles de la mémoire. Aussi, dans le cadre de l’examen, le médecin fait le point sur l’ensemble des traitements pris. Aussi, il peut proposer un ajustement de l’ordonnance. En même temps, il étude le profil familial et les antécédents avec son patient. C’est à force d’échanger que des éléments de diagnostic apparaissent. Le médecin généraliste est là pour cela.

C’est vrai que le neurologue a les cartes en main, avec des tests neuropsychologiques, pour être capable de dire en demi-heure si c’est de l’anxiété, une dépression ou s’il faudra faire d’autres examens pour diagnostiquer une possible maladie neurodégénérative. Mais avant d’aller le voir, je conseille de consulter le médecin traitant. De surcroit, cette démarche est moins anxiogène.

Quand la consultation chez un spécialiste est-elle nécessaire ?

Lorsque les examens prescrits par le médecin traitant n’ont pas mis en évidence d’autres causes pouvant expliquer les troubles de la mémoire, celui-ci va adresser son patient à un spécialiste (neurologue, psychiatre ou gériatre). La personne est libre de s’y rendre ou pas. Chacun est libre de se soumettre à un diagnostic ou non, même si ceci est dommageable pour elle.

En effet, le diagnostic de la maladie d’Alzheimer permet notamment une meilleure prise en charge médicale. De nombreux médicaments et d’actes médicaux sont contrindiqués : savoir qu’on est malade permet de ne pas aggraver les symptômes. Après une anesthésie générale, lorsque la personne n’est plus la même, c’est souvent parce qu’elle était malade avant, mais qu’on ne le savait pas. L’anesthésie a révélé la maladie déjà présente.

Jusqu’où on peut aller pour quelqu’un qui ne veut pas consulter ?

Certains cachent leurs troubles ou ne veulent pas les voir. Un médecin, même lorsqu’il connait son patient depuis longtemps, ne pourra pas deviner ses difficultés cognitives, si celui-ci ne lui parle pas. Si sa famille s’en rendre compte, elle peut les évoquer avec son parent et lui proposer d’en informer le médecin à sa place. C’est vraiment important de pouvoir le faire avec l’accord de la personne concernée. Le médecin pourra prendre le relai, d’autant plus facilement qu’il est extérieur au cercle familial et qu’il peut s’appuyer sur son autorité médicale.

 

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