L’adolescence est l’époque des premières amours, des premiers baisers… pour eux aussi, même si le handicap génère bien des craintes et des tabous. Comment aborder l’intimité des personnes handicapées en institution ?

Le premier amour chez les handicapés

« Un jeune garçon et une jeune fille de 15 et 16 ans s’étaient cachés dans l’un des recoins de l’établissement pour flirter, explique Françoise Bottet, chef du service éducation du CEM de la Fondation Richard. La réaction des parents des jeunes handicapés, mis au courant, a été la même de chaque côté : “Ils en sont déjà là ? Ça y est, les problèmes vont commencer.” Comme s’il s’agissait d’un problème ! C’est malheureusement souvent avec ce genre d’événement que certains parents découvrent que leur ado n’est pas différent des autres. »

Les établissements face à la sexualité des jeunes handicapés

« Nous avons commencé à travailler sur la question du handicap et vie intime il y a quatre ans, d’abord avec les jeunes majeurs et depuis peu avec les mineurs, poursuit Françoise Bottet. La sexualité fait partie de l’être humain et il aura fallu vingt-six ans pour qu’un projet soit enfin lancé dans notre établissement… Si les professionnels et parents n’en parlent pas et ne portent pas ces projets de groupes de parole, rien ne se fera. » De plus en plus d’établissements comme ce CEM instaurent des lieux d’échanges sur le thème de la vie intime d'une personne handicapée et réfléchissent à la façon d’aborder les questions liées à la sexualité. D’autres, en revanche, ne sont pas en avance et interdisent toute relation entre les jeunes, y compris le simple flirt. « Certains établissements inscrivent dans leur règlement qu’il est interdit de se tenir par la main ou de se faire la bise ! regrette Nadine Montagne, conseillère conjugale et matrimoniale dans un Planning familial. Les jeunes handicapés sont perdus face à toutes ces questions, et on ne peut pas les laisser seuls sans leur apporter un minimum de réponses. »

Il faut parler de sexualité aux jeunes handicapés

Dans les familles, on ne parle pas toujours de la sexualité ou du fonctionnement du corps aux ados, handicapés ou non. Tout dépend du contexte familial et culturel, de l’éducation que les parents ont eux-mêmes reçue. Lorsque le handicap s’ajoute à l’adolescence, en discuter devient parfois plus compliqué. « Des parents étaient offusqués à l’idée que l’on parle de sexualité à de jeunes handicapés, constate Denis Vaginay, psychologue dans un IME (lire ci-dessous). Il y a encore cette crainte, pour certains parents ou professionnels, qu’en parlant on déclenche des pulsions terribles. Il n’est pas question d’encourager une pratique sexuelle précoce, mais il faut simplement comprendre que le jeune n’est pas destiné à passer toute sa vie avec ses parents et qu’il a besoin de se construire une vie personnelle. Par exemple, il est important qu’il puisse se balader avec des copains et copines. Et que ses parents ne sachent pas toujours ce qui se passe à ce moment-là est tout à fait normal. »

Accompagnement sexuel des personnes en situation de handicap

Le collectif interassociatif Handicaps et sexualités s’est créé autour de quatre organisations : l’Association des paralysés de France (APF), l’Association française contre les myopathies (AFM), la Coordination Handicap et autonomie (CHA) et Handicap International. Son objectif est notamment de faire en sorte que les questions liées à l’intimité et à la sexualité des jeunes handicapés soient prises en compte dans la formation des professionnels des secteurs sanitaire et médicosocial. À l’initiative de ce collectif, l’association CH(S)OSE a vu le jour en 2011. Son but : militer en faveur de l’accès des personnes en situation de handicap à une vie affective et sexuelle - notamment à travers la création de services d’accompagnement sexuel.

Avis d’expert : Groupes de parole sur la sexualité en établissement

Depuis quelques années, des groupes de parole sur la sexualité ont été mis en place au sein de l’IME de Fourvière, à Lyon. Denis Vaginay est psychologue et intervient dans cet établissement.

« La plupart des éducateurs de l’IME entendaient des questions auxquelles certains n’osaient pas répondre, par gêne, mais aussi par crainte de ne pas y être autorisés par les familles ou par l’établissement. L’Association lyonnaise de gestion d’établissements pour personnes déficientes (Alged) a formé pendant deux ans les quatre cents personnes qui travaillent dans ses structures. Depuis, nous animons au sein de l’IME des groupes de parole pour les 12-16 ans et pour les 16-20 ans. Aux plus jeunes, on parle davantage du corps, de l’hygiène, de la procréation, etc., comme pourrait le faire un enseignant de collège, mais avec un vocabulaire adapté. Lorsqu’ils sont un peu plus âgés, on leur explique que le règlement ne leur interdit pas de flirter, la seule limite imposée étant celle de la décence. Ils ont le droit de s’embrasser, mais seulement si l’autre est d’accord. La masturbation est quelque chose de naturel, mais pas au milieu de l’établissement ou dans la rue. Encore faut-il leur laisser des espaces d’intimité. Sans cela, ils en arrivent à se réfugier dans des lieux inadaptés et on les soupçonne d’être “tordus”, alors qu’ils se débrouillent simplement comme ils peuvent. »