Attraper une balle, ajuster ses tirs, se frayer un passage entre 
des adversaires... Bon nombre d’activités sportives font travailler l’audition, la vision, l’ouïe, le toucher... Oui, mais pour quelles habiletés et quelles améliorations de son handicap ? Le point de vue d’experts et le témoignage d’une maman de championne trisomique.

Le sport pour appréhender les difficultés du handicap

Fabien Dworczak, enseignant-chercheur et auteur de Neurosciences de l'éducation, cerveau et apprentissage, explique en quoi le sport permet de résoudre des problèmes liés à son handicap :

« Il y a un lien entre apprentissage, sommeil et activité physique et chaque élément vient consolider l’autre. Bien dormir et bien bouger sont des facteurs clés de bonne mémorisation. Les gestes fins, concentration et perspicacité – sont autant d’habiletés que l’enfant acquiert, par exemple, avec les jeux de balles – ping-pong, tennis, foot... Cela pourra l’aider dans l’écriture, la lecture et même plus globalement. Intellectuelle ou physique, la difficulté demande de se dépasser pour résoudre un problème et de mettre en place une tactique contre l’adversaire ou pour se vaincre soi-même. Le sport est aussi l’occasion de tester ses limites pour mieux doser son effort. En prenant conscience de soi-même et en gagnant en confiance, l’enfant devient capable de s’auto-évaluer et de s’auto-corriger : c’est la meilleure motivation pour surmonter les obstacles du handicap. »

Apprendre en manipulant

Laurent Talbot, docteur en sciences de l’éducation, auteur de Pratiques d'enseignement et difficultés d'apprentissage, raconte à quel point l’enfant apprend en appréhendant le monde qui l’entoure :

« Selon les théories constructivistes, on apprend en étant actif. Le jeune enfant apprend à compter en manipulant. C’est vrai pour tout, apprendre à conduire, faire du cheval... La manipulation psychomotrice passe par l’action avant de se faire dans la tête. Si l’on se réfère à la théorie des intelligences multiples, mise en avant en 1983 par Howard Gardner, il n’existe pas une seule forme d’intelligence. Le psychologue américain parle de l’intelligence linguistique, logico-mathématique, spatiale, intra- personnelle (représentation de soi), interpersonnelle (l’individu avec les autres), corporelle-kinesthésique, musicale, naturaliste et existentielle. Or, les sports participent grandement au développement de bon nombre d’entre elles. Ainsi, devenir plus intelligent, ça passe par découvrir d’autres envies, s’adapter aux mondes, aux autres. »

Les compétitions de haut niveau, des progrès pour le quotidien

Selon Nadine Rapicano, maman de Carla, championne de natation et trisomique âgée de 23 ans, « les compétitions de natation de haut niveau ont été la clé de ses progrès » :

« Carla baigne dans le milieu de la natation depuis ses 6 mois.
 Très stimulée dès toute petite, par son orthophoniste notamment, on n’a pas noté de nettes améliorations cognitives grâce 
à la nage par rapport à sa trisomie, mais c’est une fois en compétition, passés 18 ans,
 qu’on a vu que son activité physique portait ses fruits.
 Au fil des années déjà, elle a pu acquérir de l’autonomie.
 Vers ses 11 ans, je l’ai poussée à se débrouiller seule au vestiaire.
 Et, une fois en haut niveau, elle a commencé à prendre le train
 seule pour se rendre sur les stages, le bus pour aller aux entraînements... Elle a acquis une facilité d’adaptation en cassant ses rituels pour se faire aux environnements et situations.
 Plus curieuse, il lui arrive désormais de chercher des vidéos 
Youtube pour s’améliorer. D’ailleurs, elle a également pu travailler sa mémorisation en devant se rappeler les nombreuses techniques des différentes nages, comme de se rappeler quand anticiper
 un virage, penser au placement de sa tête et ses doigts, synchroniser ses mouvements. Des éléments qui lui ont demandé d’être attentive, ce qui l’a aidée dans la vie de tous les jours pour évoluer. »

 

Remerciements :

  • Fabien Dworczak, enseignant, chercheur 
au GREPH (Groupe de recherche en épistémologie politique et historique) à l’Institut d’études politiques de Lyon.


  • Laurent Talbot, docteur
en sciences de l’éducation, maître de conférences
à l’Université Toulouse
–Jean-Jaurès département sciences de l’éducation, chargé de cours à l’Université libre de Bruxelles (ULB)
en Belgique.

 

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