Activité physique et intelligence : ça se passe dans le cerveau

Tout ce que l’enfant mobilise pour manipuler des objets, se déplacer ou entrer en contact avec autrui, booste son activité cérébrale. Bouger favorise les capacités d’apprentissage, la résolution des problèmes et la vigilance. En d’autres termes, ça rend plus intelligent ! Mais, comme le rappelle Sibylle Gonzalez, neurologue auprès d’enfants dys, ce n’est pas la seule clé du développement. Des enfants très peu mobiles peuvent avoir de bonnes performances cognitives. Et comme pour tout, il faut ne rien forcer. L’activité physique peut être néfaste si l’enfant est mis en échec ou si les règles sont trop exigeantes: il peut perdre sa motivation et son estime de soi.

Une aide au diagnostic et une rééducation

« L’activité physique peut être révélatrice chez les enfants dys, notamment dyspraxiques, analyse Sibylle Gonzalez. Il arrive qu’un enfant camoufle sa dyspraxie ou compense son trouble au quotidien, mais lorsqu’il doit fournir une grande précision en sport, il n’y arrive plus. À l’inverse, un enfant malhabile dans la vie quotidienne peut montrer une bonne rigueur sportive, preuve qu’il focalise son attention grâce à une forte motivation. »

Le contexte sportif est favorable à la concentration d’après la neurologue: « Dans le cas d’enfants dys, l’activité physique peut faciliter l’apprentissage par la mémoire procédurale, celle qui permet inconsciemment l’acquisition de compétences motrices, des gestes habituels pour automatiser certaines actions. Le sport peut jouer le rôle de rééducation de l’apprentissage, dans un contexte plus ludique, motivant et moins contraignant que les tâches scolaires. »

Mieux que bouger : ressentir !

En cas de handicap sévère, il est encore plus indispensable de tirer parti au maximum de toutes les possibilités motrices. « Chaque progrès naît de petites avancées successives, explique Jean-Paul Pes, psychomotricien d’athlètes de haut niveau. Pour aller vers plus de mobilité, il est important de prendre conscience de ses sensations, si minimes soient- elles, pour permettre une réalisation gestuelle durable, car un mouvement est d’autant mieux enregistré quand il est senti ». « Se mouvoir est une question de conscience de soi, confirme Suzanne Robert-Ouvray, psychomotricienne émotionnelle et psychothérapeute. Le corps qui bouge met en route de nouveaux circuits dans le cerveau. La coordination et les sensations s’affinent, et en ce sens, l’activité physique devient un soin. Et pour majorer les effets, il faut mettre l’enfant dans de bonnes conditions. Les parents peuvent acheter un hamac et bercer leur enfant, une détente musculaire et neurologique qui favorise l’apprentissage. »

Exercices à faire avec son enfant handicapé

Un carnet d’exos proposé par Suzanne Robert-Ouvray.

Il appréhende mal le monde
des objets

Avec un enfant polyhandicapé, on peut passer une
balle à picots le long de ses jambes, lui fait prendre un objet très léger puis
lourd pour sentir la différence. Des actions qui font grandir sa confiance sensorielle, c’est-à-dire la capacité à mettre ses sensations en opposition pour nourrir ses sens. Lorsqu’il verra un caillou ou une balle en mousse au sol, il anticipera sur la matière pour savoir s’il peut shooter dedans, ou pas! Il augmente ainsi sa capacité d’agir.

Il ne comprend pas l’espace

Pour un enfant qui trébuche, on peut placer un tabouret de trois marches et l’aider à les gravir ou mettre un petit obstacle comme un balai pour qu’il l’enjambe. Ceci pour faire en sorte que l’apprentissage des obstacles devienne un automatisme, afin que l’enfant se situe dans l’espace, anticipe. Il sera plus ouvert, plus apte à regarder ce qui se passe autour de lui.

Il n’arrive pas à reproduire un geste

On peut agir avec des exercices que l’on fait devant l’enfant. On ouvre une poignée d’une porte devant lui en lui montrant le mouvement et l’effet. Cela mobilise dans son cerveau des « neurone miroirs » qui sont une aide pour l’apprentissage du mouvement réel. On peut aussi lui montrer la vidéo d’un homme qui court, qui nage, qui grimpe, en nommant l’action pour que l’enfant coordonne l’image au mot. On parle alors d’identification : l’enfant se met à la place de la personne en action. Et le fait de voir les mouvements améliore la conscience de son corps.

 

Merci à :

  • Suzanne Robert-Ouvray, psychothérapeute en cabinet, docteur en psychologie clinique, psychomotricienne et psychologue.


  • Jean-Paul Pes, psychomotricien en cabinet libéral, chercheur en science de l’éducation, préparateur des pentathlètes Élodie Clouvel et Valentin Belaud.

  • Sibylle Gonzalez-Monge, neurologue au Centre 
de rééducation fonctionnelle pédiatrique (Escale) à l’HFME (Hôpital Femme-mère-enfant) à Lyon.


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