Nombreux facteurs physiques favorisent la prise de poids de votre enfant handicapé. Quand faudrait-il s’inquiéter de son surpoids ? Comment lui faire perdre du poids ? Quel est le bon régime alimentaire à adopter ? Conseils de deux médecins nutritionnistes.

Un surhandicap favorise la prise de poids

Maladies métaboliques, problèmes endocriniens, prédispositions génétiques, troubles de la mastication, immobilisation motrice : de nombreux facteurs physiques peuvent favoriser l’apparition d’un surpoids de votre enfant handicapé. Mais c’est bien, comme dans la population générale, le mode de vie qui est le plus souvent en cause, ou qui s’ajoute aux facteurs physiques. Avec pour conséquence un surhandicap qui peut être important : difficultés motrices accentuées, transferts compliqués, largeur du fauteuil ne permettant plus d’accéder à certains lieux, risques orthopédiques accrus, marginalisation sociale, aggravation des affections cardiaques et respiratoires… Pourtant, il y a toujours quelque chose à faire. Que l’on ait un handicap ou non, la prise de poids est rarement une fatalité.

 

Quand s’inquiéter du surpoids de son enfant ?

Les parents sont parfois les derniers à s’apercevoir de la prise de poids de leur enfant handicapé. Déshabillage complexe, immobilité dans le fauteuil… Les proches sont d’autant moins attentifs aux changements de silhouette peu perceptibles. « Il faut commencer à s’inquiéter si, vers l’âge de 3 ans, l’enfant ne perd pas son allure de poupon », souligne Claire Boyer, médecin nutritionniste. Et ne pas oublier de vérifier l’indice de masse corporelle (IMC). Mais attention, son interprétation n’est pas la même que pour un adulte. Le mieux est de faire le calcul (poids divisé par le carré de la taille) avec son médecin et de se référer aux graphiques figurant dans le carnet de santé du jeune. Plus d’infos aussi sur le site Manger Bouger.

Équilibrer les menus

« L’enfant doit prendre trois repas par jour et un goûter, de préférence à heures fixes, insiste Patrick Serog, médecin nutritionniste. Au petit-déjeuner : laitage, pain, céréales, confiture, un peu de beurre.

Aux repas : entrée (crudités ou potage), plat principal (avec, au choix, viande, oeufs ou poisson et légumes verts/féculents), laitage et fruits. Au goûter : pain et chocolat. » L’organisme doit se sentir rassasié. C’est pourquoi il faut rester attentif à la façon de manger des jeunes handicapés qui souffrent de problèmes de développement des mandibules : s’ils ne mâchent pas correctement et avalent tout rond une partie de leur nourriture, ils risquent de garder toute la journée une sensation de faim propice au grignotage. Autre point essentiel, les rations alimentaires doivent être peu grasses et adaptées à l’âge : un enfant de 10 ans mange 100 grammes de viande par jour, 125 grammes de yaourt… « Les céréales, c’est bien ; les noix de pécan avec : trop gras. Le poisson, oui. La panure autour : non », résume Patrick Serog. Il convient d’adapter les plats du soir en fonction de ceux du midi. « Les repas des institutions sont souvent riches en graisse pour être attrayants, de même que les produits achetés tout cuisinés, déplore Claire Boyer. Cela nécessite une surveillance encore plus accrue. »

Privilégier un régime équilibré et pas punitif

Pas question de restreindre la quantité de nourriture : le jeune doit pouvoir manger à sa faim. « Il ne faut pas bouleverser brutalement l’alimentation, mais modifier le contenu de l’assiette petit à petit, en gardant la notion de plaisir », souligne Claire Boyer. L’enfant en croissance, surtout si celle-ci est déjà ralentie par la maladie, a besoin d’un repas complet et équilibré. Dans certains IME (et cela peut s’organiser à la maison), les jeunes adolescents apprennent, par le jeu, à construire un repas équilibré : cartes avec les valeurs caloriques, dessins, objectifs à atteindre, etc. Les méthodes d’apprentissage sont adaptables en fonction du niveau de compréhension de l’enfant. Les éventuelles causes psychologiques de la prise de poids ne sont pas à négliger. Un enfant qui déprime en raison de son handicap compense parfois par le grignotage entre les repas, de même que le jeune qui s’ennuie car il n’a pas accès à des activités variées.

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Pas question de restreindre la quantité de nourriture : le jeune doit pouvoir manger à sa faim. © Istock

Exercice physique adapté

Maanger équilibré, c'est bon pour la santé mais cela ne suffit pas. Pour prévenir le surpoids de votre enfant handicapé, la dépense calorique par le mouvement du corps est indispensable. Dès le plus jeune âge de l’enfant, il faut veiller à ce qu’il puisse avoir une activité physique adaptée à son handicap… et qui lui plaise. Si des problèmes de poids sont là, il ne faut pas vouloir les résoudre en poussant le jeune dans une pratique sportive acharnée. Cette erreur est encore faite par des institutions. Or imposer un sport violent à un enfant pour lui faire perdre ses kilos en trop risque plutôt de lui créer des problèmes physiques supplémentaires. L’avis d’un médecin du sport peut alors se révéler opportun. Les nutritionnistes estiment qu’en règle générale, une activité physique d’intensité modérée, à condition qu’elle soit quotidienne, se révèle plus efficace. Ainsi, marcher entre une demi-heure et trois quarts d’heure par jour, pour l’enfant valide, est déjà significatif : aller à pied à l’école, faire quelques courses pédestres en famille, jouer au ballon… La natation, une fois par semaine, est aussi recommandée. Mais si le handicap empêche l’enfant de se dépenser physiquement, le médecin devra évaluer avec vous les adaptations de ration alimentaire éventuellement nécessaires.

 

Obésité infantile en France préoccupante

On estimait en 2011 que 18 % des enfants étaient en surpoids (dont 4 % d’obèses) alors qu’ils étaient seulement 5 % en 1980 et encore 16 % en 2000. Des chiffres préoccupants, même s’ils semblent se stabiliser. Car sans prise en charge adaptée, les enfants obèses risquent de le rester à l’âge adulte, ce qui pourrait leur faire perdre treize ans d’espérance de vie. Pour lutter contre ce fléau, les établissements scolaires font souvent appel aux conseils des diététiciens. L’école pourrait en effet devenir un bon relais d’éducation alimentaire, puisque plusieurs expériences menées dans ce cadre semblent montrer qu’une information nutritionnelle diffusée à l’école et auprès des parents d’élèves porte ses fruits pour toute la famille. Dans cet esprit, les distributeurs automatiques de boissons viennent d’être supprimés dans les collèges et lycées.

Merci à Claire Boyer et à Patrick Serog, médecins nutritionnistes.