La plupart des nouveau-nés font rapidement leurs nuits. En cas d’atteinte neurologique, il arrive pourtant que cette stabilisation tarde à venir, mettant les nerfs des parents à rude épreuve…

Les enfants qui souffrent d’un trouble du développement ont très fréquemment du mal à acquérir un bon rythme de veille et de sommeil. Et, en particulier, ceux qui présentent un syndrome d’Angelman ne dorment souvent que quelques heures par nuit. « Ces difficultés sont très significatives, même si elles ne se retrouvent pas dans tous les cas », note le docteur Marie-Odile Livet, neuropédiatre, qui a beaucoup travaillé sur ce syndrome. « Nous constatons, sans pouvoir l’expliquer, que le cycle veille-sommeil s’installe difficilement chez ces enfants et qu’il est très fragile, poursuit-elle. Ils sont plus excitables et leur régulation du sommeil peut être troublée. »

Bébés qui dorment peu : pas grave !

Dormir très peu n’a pas d’effet grave sur la santé des petits, qui récupèrent la journée en piquant un somme quand ils en ont besoin. En revanche, ils mettent souvent à mal l’organisation du foyer en réduisant les temps de sommeil des autres membres de la famille. En règle générale, les problèmes les plus lourds s’améliorent vers l’âge de 3 ans, et disparaissent presque toujours vers 6 ou 7 ans.

La nuit se prépare pendant la journée 

Même si elle n’est pas suffisante dans les cas les plus préoccupants, l’adoption d’un rythme de vie régulier peut donner de bons résultats. Il convient de réveiller l’enfant tous les jours à la même heure le matin, sans trop de variation entre les vacances et les moments où ses prises en charge, ou bien vos propres obligations, demandent un réveil précoce. Ne supprimez pas la sieste, qui n’est pas responsable des troubles du sommeil de votre bébé, mais ne le laissez pas dormir plus de deux heures s’il a moins de 3 ans, et une heure ensuite. Évitez autant que possible les jeux stimulants le soir. « Cette dernière exigence est difficile à réaliser quand les parents rentrent tard, ou lorsque les pères ne voient leur enfant qu’au retour du travail. Pourtant, l’agitation en soirée ne le prépare pas à dormir. » Il faut tenter d’instaurer des ambiances calmes, progressivement, en fin de journée.

Des activités bénéfiques pour le sommeil

Les problèmes les plus perturbants se situent surtout pendant les premières années de l’enfant, ce qui exclue souvent la possibilité qu’il se défoule physiquement. On remarque pourtant que certains dorment mieux les jours où ils ont eu une activité organisée, s’ils sont sortis au moins pour une promenade en poussette, quand ils ont passé un après-midi en crèche, en halte-garderie ou au parc. « Il n’y a pas de règle dans ce domaine », précise le docteur Marie-Odile Livet, « mais c’est une carte à jouer. » Le grand air, les balades, les jeux où l’enfant peut se dépenser physiquement, rencontrer des petits de son âge et des adultes, sont plutôt bénéfiques pour retrouver les rythmes veille sommeil.

 

Conserver l'indispensable rituel du coucher est essentiel © Istock

Conserver l’indispensable rituel du coucher

Les habitudes du soir sont très personnelles. À vous de les inventer, de les répéter avec suffisamment de constance pour qu’elles deviennent un repère rassurant pour le bébé. Plus tard, il fera lui-même ses choix : la petite histoire, une musique douce, une berceuse, une lumière bleue qui s’éteint au bout de dix ou vingt minutes, sans oublier le baiser et les mots des parents. Ce passage de la journée au calme du lit doit être, par définition, assez court. Un rituel de deux heures, c’est une autre façon pour l’enfant de prolonger son temps d’éveil. Ceux qui se sont attachés à un doudou, un bout de tissu ou une peluche, ont un allié supplémentaire pour accepter de “décrocher” le soir. Malheureusement, les bébés au développement troublé n’y ont recours que très tardivement. Proposez-le quand même et laissez-le s’imprégner d’une odeur rassurante pour l’enfant. N’hésitez pas à expliquer à ce dernier qu’il faut dormir, qu’il est petit, que ses parents veillent sur son sommeil et que rien ne peut lui arriver dans le noir.

Notre bébé dort très bien… dans notre lit

Si certaines insomnies des bébés ont des causes probablement neurologiques, cela n’empêche pas que se greffent, de surcroît, des difficultés banales de séparation. Les petits supportent mal qu’on ne s’occupe pas exclusivement d’eux. Et les parents, pour peu qu’ils se sentent coupables de ne pas en faire assez, n’ont pas le cœur d’exiger une séparation, même la nuit. Les bébés ressentent très vite cette ambivalence, et par une opération bien délicate à expliquer, mais que les pédiatres constatent quotidiennement, ils répondent à l’anxiété de leurs parents en refusant de dormir. « Le handicap majore souvent les problèmes relationnels courants », estime le docteur Marie-Odile Livet. « Un soutien sous forme de guidance parentale, apporté par un pédiatre ou dans un Camsp, peut ramener un peu de sérénité. »

Les somnifères pour bébé ? En dernier ressort

Lorsque toutes les méthodes ont échoué et que l’approche de la soirée devient une épreuve pour toute la famille, mieux vaut, de façon transitoire, se tourner vers les somnifères. « Leur prescription est difficile, car les enfants qui souffrent d’un syndrome d’Angelman n’y répondent pas toujours bien. Il faut rechercher patiemment le bon traitement et l’utiliser avec prudence, par petites cures de huit à dix jours, le temps qu’un cycle normal de veille et de sommeil se mette en place. » Administré de cette façon, et en veillant bien à ce que l’habitude ne s’installe pas, le somnifère ne présente pas de risque pour l’enfant. De toute évidence, il faut parfois en venir là quand les parents, mais aussi les frères et sœurs, ont à leur tour le sommeil troublé par l’insomnie du bébé.