Transformer sa douleur chronique en un compagnon de route : c’est la promesse de la méditation de pleine conscience. Stéphany Orain-Pelissolo, psychologue clinicienne et psychothérapeute formée à l’EMDR et au protocole MBCT, auteur d’un ouvrage paru aux Éditions Odile Jacob, a répondu à nos questions.

© Stephany Pelissolo

La douleur est inhérente à notre condition d’être humain, nous ne pouvons pas l’éviter, note Stéphany Orain-Pelissolo. La souffrance, elle, émerge dès lors que nous refusons de vivre une expérience douloureuse (tristesse lors d’un deuil, douleurs neuropathiques...). Dans ce cas, des mécanismes se mettent en place (lutte contre la douleur ou fusion avec elle) qui transforment, petit à petit, la douleur en une souffrance bien plus globale et pénible.  Avec la thérapie basée sur la pleine conscience, l'objectif est de réduire cette souffrance-là même si la douleur initiale persiste.

L’origine de la thérapie cognitive basée sur la pleine conscience

L’Américain Jon Kabat-Zinn a créé le protocole MBSR (Mindfulness Based Stress Reduction) dans les années 70.

Dans sa clinique, les médecins lui envoyaient les patients trop en souffrance pour lesquels ils ne pouvaient plus rien, raconte la psychothérapeute Stéphany Orain-Pelissolo. Il a donc conçu son programme pour aider ces personnes à vivre avec leur douleur. Une théorie proche de la philosophie bouddhiste.

Aujourd’hui, la psychologue met en place ce principe dans son cabinet à travers le protocole MBTC (Mindfulness-Based Cognitive Therapy), une adaptation du protocole MBSR pour accompagner les personnes souffrant de douleurs chroniques ou neuropathiques comme la sclérose en plaques, les traitements contre le cancer, les handicaps physiques comme les hémiplégies/paralysies.

La méditation pour lutter contre la douleur physique et psychique

Dans les groupes de thérapie basée sur la pleine conscience, elle reçoit aussi bien des personnes souffrant de douleurs psychiques (trouble de l’humeur, trouble anxieux, trouble du comportement alimentaire…) que de douleurs physiques. Quel que soit le mal, Stéphany Orain-Pelissolo ne parle jamais de diagnostic :

Ça déstigmatise et élargit le champ d’attention. Finalement, peu importante la manière d’aborder la douleur physique ou morale, elle est universelle. C’est aussi une façon de rappeler que les personnes qui sont là sont venues en tant qu’êtres humains, elles n’ont pas à rentrer dans des cases.

La thérapie cognitive basée sur la pleine conscience en pratique

Déroulé d’une séance de méditation de pleine conscience 

Stéphany Orain-Pelissolo fonctionne avec un groupe de 15 à 18 personnes sur 8 semaines, après un 1er entretien individuel préalable. Ses patients lui sont envoyés par des neurologues de la Pitié Salpêtrière ou des médecins généralistes. Un suivi est effectué en salle de méditation, à raison de 2h30 hebdomadaires et d’une journée complète.

Le coût de la thérapie de la médiation de pleine conscience

Tout dépend du praticien à qui on s’adresse. Un médecin ou un psychologue formé au protocole MBCT, expérimenté et connu dans le milieu médical, sera plus onéreux mais aussi plus aguerri. Il faudra compter entre 500 et 700 € pour la thérapie complète en libéral. Des frais pris en charge à 100 % à l’hôpital « sauf que trop peu le pratiquent encore », précise la psychologue, qui milite pour que ce remboursement soit élargi. Néanmoins, elle précise que certaines mutuelles peuvent participer à une partie des frais.

Méditation thérapeutique : distinguer douleur et souffrance

La souffrance émerge dès lors que nous refusons une expérience douloureuse. Avoir mal est inhérent à notre condition d’être humain ; cette approche ne nous permettra pas d’éviter la douleur. Par contre, nous allons modifier notre manière d’être en relation avec la douleur et ainsi éviter de souffrir.» Un rapport qu’elle qualifie d’accueil bienveillant : « La douleur est là, il ne peut en être autrement. Lutter contre la douleur fait souffrir davantage. Il faut apprendre à vivre avec. Pour ça, on s’aide de sa respiration, on apprend à ressentir la douleur telle qu’elle est et ainsi à éviter de se fixer sur elle. 

Gérer la douleur grâce à la méditation en 3 étapes 

Après avoir présenté les mécanismes en jeu aux participants quand ils sont confrontés à la maladie, la psychothérapeute développe son suivi en 3 temps, des images mentales pour contrer notre attention volatile :

Rééduquer l’attention 

On apprend à désengager l’attention de la douleur pour l’orienter vers d’autres sensations (sons, odeurs, parties du corps moins douloureuses…) en travaillant avec tous les sens. L’intérêt de la pleine conscience : porter son attention ailleurs pour cultiver les sensations agréables.

Apprendre à dézoomer 

Avec la médiation de pleine conscience, on élargit le champ de l’attention. On accueille la douleur en étant conscient de tous les autres ressentis. « 

Vous n’êtes pas que cette douleur, vous n’êtes pas que cette maladie », martèle Stéphany Orain-Pelissolo. Le mécanisme en jeu ici est la défusion avec la douleur, la prise de recul. « Pour ça, on se concentre sur sa verticalité, sa respiration, la sensation du corps assis sur la chaise…  Ce qui dilue la douleur et la rend moins intense.

Accueillir la douleur : aller à sa rencontre

Toute émotion douloureuse a une résonnance physique et les pensées au sujet de celle-ci ne font qu’augmenter la douleur. On apprend à revoir le lien qu’on a avec elle. Au lieu d’anticiper sur les répercussions de ces maux, on aborde les choses avec une approche corporelle : on se demande où se situe la douleur précisément, quelle est sa forme, sa texture, son intensité… Avec un travail de respiration, on invite son attention à se diriger au cœur de cette douleur, sans chercher à la modifier, juste la ressentir . Sur la 3e étape, pour ne pas souffrir, on propose aux pratiquants de la méditation de pleine conscience de traiter la douleur en allant à la rencontre de leur douleur. Une démarche qui exige un passage obligé par les deux premières phases.

Les bienfaits de la méditation de pleine conscience

Les patients réalisent que leur rapport à la douleur évolue. Avant, elle était un ennemi à abattre et devient un compagnon de route. Ils réalisent que ce n’est pas en combattant la douleur de manière agressive qu’il y arriveront, 

raconte la spécialiste qui relève une réduction des prises d’antalgiques.

Limites de la thérapie cognitive basée sur la pleine conscience 

Ce n’est pas si simple que ça. Ça demande des efforts avec de l’entraînement chez soi tous les jours. On travaille sur des automatismes présents depuis longtemps, on joue sur la plasticité cérébrale pour en modifier le fonctionnement. Une rééducation qui prend du temps », prévient Stéphany Orain-Pelissolo. Or, souvent, ses patients n’ont pas l’habitude de prendre du temps pour eux. « Il n’y a pas de prérequis mais je leur explique en début de thérapie que je vais avoir besoin de leur aide, qu’ils fournissent un vrai effort.

De plus, des réactions incontrôlées peuvent survenir. La psychologue se souvient d’une femme ayant le cancer du sein avec double mastectomie qui a fondu en larmes car elle était dans le rejet de ce corps-là. Elle n’était pas encore prête. 

La démarche n’est pas forcément faite pour tout le monde, car il faut être persévérant et instaurer une bienveillance vis-à-vis de soi, explique Stéphany Orain-Pelissolo. Certaines personnes ont plus ou moins de facilité à ressentir cette bienveillance et cette compassion.

Lutter contre les idées reçues sur la méditation

Et pour ceux qui sont réticents, Stéphany Orain-Pelissolo rappelle que non, la méditation n’est pas une religion, c’est une thérapie laïque. Ce n’est pas non plus une absence de pensée, ni de la relaxation. Souvent, les gens espèrent se sentir relaxés, alors que ce n’est pas le but premier. Et ce n’est pas une forme de transe non plus, ni une expérience mystique.

 

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lEMDR Eye Movement Desensitization and Reprocessing

MBCT : Mindfulness Based Cognitive Therapy